Art. 11b – Un AR express en Dominique (seconde partie)

(Tous les mots suivis d’un * sont expliqués dans le glossaire figurant au bas de l’article)

Lorsque je me réveille deux heures plus tard et que je rejoins les autres dans le cockpit, c’est le « capitaine » qui est à la barre. John et Mac sont autour de lui. Edward lui est absent. Les garçons m’expliquent qu’il y a eu une fuite de diesel. Lors des manipulations du moteur d’il y a quelques heures pour le faire redémarrer, l’un des injecteurs a été abîmé… Un petit trou de la taille d’une tête d’épingle… Il est question de s’arrêter en Martinique pour tenter de faire faire une soudure si Mac n’arrive pas à trouver une solution alternative…

22196468_10154716956560810_628107477914432587_nEdward fait une apparition à 7 heures du matin. Il a dormi toute la nuit sans même s’inquiéter de nous donner un coup de main. Nous n’avons même pas le droit un simple sourire pour nous dire bonjour. Et le pire, c’est qu’il sort du bateau pour se rallonger immédiatement sur une banquette après avoir avaler un semblant de petit déjeuner ! Incroyable !!!

La journée s’écoule doucement. Nous passons les uns derrière les autres à la barre – sauf Edward, bien entendu, qui ne fait toujours rien à part dormir en prenant tout une banquette dans le cockpit… Il m’agace d’autant plus qu’avec le vent, son tee-shirt se soulève régulièrement exposant sa bonne bedaine aux regards de tous et que je me passerait bien de ce spectacle ! Dire qu’à moi, on m’a demandé de m’habiller « modestement » et qu’à lui, on le lui dit rien… Ben voyons…

Nouveau rebondissement ce dimanche à 14 heures ! Cette fois-ci, on a de l’eau plein la cale en plus du diesel. Mac est de nouveau sur le coup. Il est impressionnant, je trouve ! Et d’un, il est pasteur et je n’aurais jamais imaginé qu’un pasteur puisse ainsi mettre les mains dans la graisse, et de deux, il n’est pas navigateur à la base et depuis le départ, il a passé quelques heures le nez dans les effluves du moteur au ponton, comme en navigation, sans jamais se plaindre s’il avait quelques nausées ! On met la pompe de cale en route et pour aller plus vite, on rajoute la petite qui nous a servi à vider le réservoir de diesel précédemment… Je goûte l’eau à la sortie du tuyau qui se déverse dans la mer : c’est un mélange de gasoil et d’eau de mer… Je prends la barre et John et Mac partent à la recherche de l’origine de l’entrée de l’eau salée. Ils vérifient d’abord que ce n’est pas le presse-étoupe(*). S’il s’agit de cela, c’est une catastrophe, cela signifierait que de l’eau entre directement par là où l’arbre rentre dans la coque du bateau. Heureusement, ce n’est pas ça, c’est « juste » le tuyau d’arrivée d’eau de mer de l’évier de la cuisine qui a cassé, il a suffit de fermer la vanne pour régler le problème. Un petit coup de pompe (on commence à avoir l’habitude) et c’est reparti ! Pete n’a même pas eu le temps de réaliser ce qu’il était en train de se passer pendant qu’il se reposait dans le cockpit !

Edward est reparti se coucher dans la cabine arrière à la demande de John qui lui a fait comprendre que seules les personnes actives avaient le droit d’occuper le cockpit. Il libère donc enfin une banquette entière ! Tant mieux ! Qu’est-ce qu’il peut m’agacer celui-là ! Dire qu’il s’est fait passer pour un as et qu’il a menti ! Un pasteur ! Et en plus, dès qu’il peut étaler un peu de culture, il fait comme avec la confiture, il l’étale, il l’étale, il l’étale et tant pis s’il s’agit de conneries… A la limite, il reconnaitrait ne rien y savoir en navigation et il chercherait à nous aider en nous préparant à manger par exemple, ça le ferait, mais il est de tellement mauvaise fois que même lorsque je lui suggère très fortement qu’il serait extrêmement sympathique qu’il nous sorte du placard un bout de pain et quelques petits trucs à mettre dessus, il n’exécute que la moitié de la tâche sous prétexte « qu’il n’a pas trouvé le reste »… Hum, ce gars n’a pas l’air bien motivé dans la vie, heureusement pour lui qu’il a trouvé une « voie »…

La nuit tombe. Mac, à force de trifouiller dans le moteur, a trouvé une solution qui nous évitera un stop en Martinique donc on passe loin de sa côte. Les vagues sont hautes dans le canal entre la Martinique et la Dominique. Certaines déferlent et éclaboussent le pont. Je rentre un instant à l’intérieur, ma frontale sur le front. Je m’aperçois avec surprise que certains cartons sont mouillés et que mon téléphone que j’ai posé exprès dans un petit compartiment de la table nage dans un bon centimètre d’eau ! Mon nouveau téléphone qui a trois semaines à peine !!!! Celui-là même qui a remplacé mon défunt premier smartphone qui a fini sa vie au fond de la marina du Marin… Moi qui l’avait posé exprès là pour éviter qu’il tombe ou qu’il prenne l’eau, c’est raté !!! Et tout ça à cause de quelqu’un (personne n’a voulu se dénoncer) qui a mal fermé un des hublots du pont !!! Scrogneugneu !!!! Il va me coûter cher cet aller-retour en Dominique…

Le canal est traversé et nous approchons la côte sous le vent de la Dominique. Le moteur a accepté de redémarrer grâce à Mac surnommé « Mac Gyver » par John et heureusement car sinon le trajet nous demanderait quelques heures de plus vu le faible vent ressenti sous la côte…

Après m’être reposée un peu, je reprends la barre de minuit jusqu’à 3h45. Nous longeons doucement la côte et, autour de moi, tout le monde dort, épuisé. Nous sommes proches de la ville de Roseau, la capitale de la Dominique. Des rumeurs sur le net parlent de pirates qui détroussent les voiliers tentant d’apporter de l’aide. Je reste donc attentive à toute lumière ou bateau suspect autour de nous.

Pete prend ma relève à la barre et je m’endors dans le cockpit à côté de lui. A 5h30, il me réveille de nouveau pour le remplacer. Nous sommes devant Portsmouth, l’autre grande ville de la Dominique, et il faut qu’on attende le grand jour pour rentrer dans la baie. J’envoie Pete à moitié paître. Pourquoi moi encore ? Il n’a qu’à demander à Edward de surveiller un peu ce qu’il se passe ! Il y a peu de vent, le moteur tourne, il ne peut pas faire beaucoup de bêtises… Et je referme les yeux…

Je me réveille au son d’une bouteille en plastique qui tombe à côté de moi. John et Mac sont réveillés. C’est John qui m’a lancé la bouteille. Ils se moquent gentiment d’Edward qui fait faire des zigzag au voilier sur une eau plate pourtant comme un lac. Et celui-ci demande d’ailleurs rapidement à John de le remplacer car soit-disant « les vagues le poussent sur la côte » !?!? Quel navigateur vraiment, jusqu’au bout il aura joué le boulet…

Nous entamons enfin notre entrée dans la baie de Portsmouth. Le spectacle est impressionnant : les reliefs de l’île montrent des arbres nus comme s’il s’agissait de l’automne en France sauf qu’ici c’est le vent qui a arraché les feuilles et pas le froid qui les a fait tomber. De nombreuses habitations montrent des toits arrachés en partie ou totalement. Les tôles sont maintenant dans l’eau tout le long de la côte. Des bateaux sont échoués ici et là. D’autres, à flot, montrent des blessures flagrantes…

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Nous arrimons le bateau au quai et nous débarquons heureux de pouvoir se dégourdir les jambes et pressés de débarquer les marchandises. Edward, le boulet, arrive tout de même à trébucher en sortant du bateau ! J’ai même cru un instant qu’il allait finir entre le quai et la coque… Jusqu’au bout vraiment, il se sera montré en-dessous de tout…

22154716_10154716957905810_6365271551503893338_nLa première étape, c’est la douane afin de faire les formalités d’entrée. Leur entrepôt a été soufflé, il ne reste que les murs. Leur bureau n’a plus de toit. Les douaniers sont donc contraints de faire remplir les papiers dans leur 4×4. Ils nous autorisent à débarquer les vivres. Une camionnette conduite par des paroissiens appartenant aux églises en lien avec l’opération arrive. Et une chaîne humaine se forme pour y transférer les marchandises.

Des parents de la famille de John viennent nous retrouver sur le ponton, notamment Mike, un vrai rasta man ! Il a le physique d’un rugbyman avec des rasta. Il explique avoir tout perdu : sa maison et son bateau qu’il venait à peine de finir de retaper. Mais il garde le sourire car il est en vie et que sa famille va bien. Et d’ailleurs, il n’est pas le seul à réagir comme cela. En effet, les dominicains que je rencontre gardent le sourire malgré les circonstances. Ils ont tout perdu mais ils sont en vie et c’est cela qui compte à leurs yeux !!!

Je retrouve sur le ponton un autre rasta man d’un physique plus « classique » va-t-on dire. C’est Yellow. Il est sûre de m’avoir déjà croisée quelque part… En Martinique d’après lui… Et je me rappelle, oui !!! A la station à essence : il était venu discuter quelques minutes avec moi après m’avoir vu remplir des bidons de gasoil et d’essence et les transférer toute seule du ponton à mon petit dinghy. Il avait semblé surpris de savoir que j’étais seule à gérer mon voilier et m’avait fait un petit numéro de charme à l’effet, euh…, tout relatif dirons-nous !

John et moi, nous laissons les pasteurs et les paroissiens traiter leurs affaires et nous suivons Yellow qui nous promet de nous aider à trouver une bière quelque part. Je pars avec une bouteille d’eau encore fraîche grâce à l’énorme glacière remplie de glace que nous traînons sur le pont du bateau (le frigo du bord ne fonctionnant pas). On me fait rapidement comprendre que me balader avec cette belle eau glacée n’est pas une bonne idée ici… Il n’y a pas d’eau courante. L’électricité est coupée depuis presque deux semaines, la simple idée d’une gorgée d’eau glacée pourrait donner de mauvaises idées à certains paraît-ils… Je la laisse à des membres de la famille de John que nous croisons sur la route.

Les rues sont quasiment désertes. Elles sont jonchées de détritus divers dont les plus gros ont repoussés sur le côté. Nous enjambons des câbles électriques tombés à terre. Nous passons à côté de poteaux pouvant concourir avec la tour de Pise. Les magasins sont fermés forcément. La vie est loin d’avoir repris son cours normal en deux semaines.

Yellow nous emmène dans une petite gargote qui a encore des réserves de bières, dont le réfrigérateur fonctionne grâce à un générateur et qui pratique des prix normaux ! Nous dégustons avec délice quelques bières bien méritées debout à l’extérieur du bar bondé avec vue directe sur les dégâts aux alentours…

P1040466Yellow nous emmène ensuite dans un autre endroit qui est l’un des seuls en mesure de proposer un plat chaud. Attention, ce n’est pas un restaurant, ni un bar… non, non, une sorte de minuscule magasin, l’un des très rares déjà ouverts, avec un comptoir et qui vend également quelques produits de première nécessité. Pas le choix bien évidemment, aujourd’hui c’est coquillettes et ribs. John et moi partageons l’assiette en plastique. C’est bizarre, il me laisse la plus grosse partie des ribs… Et je me demande pourquoi il demande avec tant d’insistance à la vendeuse ce que c’est comme viande ? C’est vrai que ce sont de toutes petites ribs mais je m’en fous, j’ai faim et on a mangé essentiellement du pain avec de la confiture et du beurre de cacahuète depuis qu’on est parti (note pour plus tard : ne pas laisser les pasteurs s’occuper de la bouffe à bord !!!). Les os sont bien moins gros que d’habitude mais c’est bon, super bon même… La femme refuse de lui répondre, bizarre. Elle dit qu’elle ne sait pas… Nous sortons du magasin et c’est seulement à ce moment là que John m’avoue qu’il pense que c’est du chien… « Du chien ? Comment ça du chien ? » Il me regarde l’air étonné : « T’as pas remarqué la taille des os ? T’as déjà vu des ribs si petites ? Et comment tu crois qu’ils ont eu de la viande dans les conditions actuelles ? »… Décidément, je suis bien naïve… Alors si c’est du chien, euh…, ben j’ai quand même trouvé ça bon…

Yellow nous raccompagne près du ponton où est arrimé le bateau. Nous y rencontrons d’autres membres de la famille de John. Charles, l’un de ses cousins, et Deb sa fille. Cette dernière nous emmène faire un tour en voiture dans les environs après que nous ayons négocié un peu d’essence. A l’heure actuelle, ils limitent tous les déplacements car le carburant est vendu au compte-goutte à certains endroits seulement.

Avec Deb comme chauffeur, nous traversons la ville de Portsmouth et nous longeons ensuite la route en bord de mer en direction de l’autre principale ville, Roseau. C’est une succession de paysages de désolation. Dans les villes, ce sont des toitures manquantes, des poteaux électriques tombés à terre ou faisant concurrence à la tour de Pise, de nombreux câbles électriques ou téléphonique jonchant le sol. Tous les magasins sont fermés bien évidemment à part quelques très rares endroits où l’on croise un peu de vie…

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Roseau, au sud de l’île, a priori, a été plus durement touchée que Portsmouth, au nord. Les rues du centre-ville ont été désencombrées, on va dire, et de part et d’autre de chacune d’entre elles, il y a un monticule de terre et de débris divers montrant l’énorme quantité de boue qui s’est déversée dans la ville, la dévastant. Les murs sont encore marqués et on peut aisément voir jusqu’où l’eau est montée au cours du passage de l’ouragan. Les rares passants que l’on croise portent tous des masques pour protéger leurs voies respiratoires. J’apprendrais d’ailleurs, dans les jours suivants, que de nombreux Dominicains, souffrent de problèmes respiratoires sévères suite à tout ce qui a volé dans l’air durant et après le cyclone.

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Nous n’avions pas emmené d’eau potable pensant qu’avec les nombreuses sources de la Dominique, les gens ne manqueraient pas d’eau là bas. Hé bien, non… Impossible de boire l’eau juste après un cyclone en raison des animaux morts qui traînent dans les cours d’eau, des arbres qui sont tombés dedans, l’amoncellement de débris divers la rend impropre à la consommation, quand les canalisations n’ont pas été détruites bien évidemment ! Ce problème d’eau cause des problèmes de diarrhées en plus des problèmes respiratoires… L’eau des inondations favorisent la pullulation des moustiques et tout le lot de maladies qu’ils peuvent transmettre du genre dengue, zika ou chikungunya… L’eau stagnante et les débris qui ne peuvent pas être retirés de suite attire également les rats dont la pisse peut donner la leptospirose… Et la proximité des personnes qui ont trouvé refuge chez les uns ou les autres après que leur maison ait été détruite favorisent la transmission de ces maladies…

Dans ce contexte particulier, se rajoutent les faits que l’hôpital a été détruit, la fac de médecine a été vidée, les professeurs ayant fui l’île et les apprentis médecins étant partis finir leurs études dans une autre île… Pas le choix, ici, il n’y a plus rien. Je prends meilleure conscience de ce que signifie le passage d’un cyclone sur une île. C’est une chose de voir des photos ou des reportages, c’est autre chose de voir les faits par soi-même ! Les blessés et malades sont laissés à eux-mêmes… Je prends conscience de l’ampleur des dégâts et du temps qu’il faudra à la Dominique pour se relever. Ce n’est pas une question de semaines ou de mois, mais d’années véritablement… Si peu de temps après le passage du cyclone, ils manquent de tout : nourriture, produits d’hygiène de base, générateurs, dessalinisateurs mais aussi matériaux de reconstruction…

Nous rentrons doucement en direction de la baie de Portsmouth. Nous rejoignons les pasteurs sur le quai auquel le bateau est apponté. Il est question de ramener une famille à Saint Vincent. John s’en mêle. Il ne veut pas trop de monde à bord et il compte également ramener sa nièce à bord pour l’héberger à Bequia et l’aider à trouver du travail pour qu’elle puisse aider sa famille ici. La discussion s’enflamme un peu. John rumine… Il s’éloigne un instant. J’en profite pour lui soumettre l’idée que, s’il s’agit d’une question de nombre de personnes et de poids, euh… comment dire… pourquoi ne pas laisser sur place Edward qui s’était révélé un bon poids mort durant tout l’aller ? Je vois le visage de John s’éclairer. Visiblement, mon idée le réjouit ! Il retourne négocier. Quelques minutes plus tard, il revient tout sourire. Demain matin, nous embarquons deux femmes et deux enfants que nous déposerons à Saint-Vincent où ils ont de la famille ainsi que Donna, sa cousine. Edward reste à terre, il se débrouille de son côté… Nous ne posons aucune question. Ce soir là donc, nous ne sommes plus que quatre à dormir sur le bateau. Edward a préparé ses affaires et est parti rapidement.

Mac en profite pour se lâcher un peu sur son compte. Il nous raconte que la nuit précédente, alors qu’il dormait dans la cabine avant, après avoir assuré son quart, il a entendu Edward allait aux toilettes toute proches. Il n’a pas pu s’empêcher de se demander comment Edward pouvait se faufiler dedans et réussir à fermer la porte derrière lui (c’était déjà limite pour moi, alors lui….). Et après que celui-ci ait fini sa petite affaire, il n’a rien trouvé de mieux que d’aller s’allonger à côté de Mac dans la cabine avant au lieu de repartir à l’arrière et le laisser tranquille… Du coup Mac a été incapable de se rendormir et est parti nous rejoindre dans le cockpit plus rapidement qu’il ne l’escomptait…

Le lendemain matin, je fais une petite toilette de chat après avoir sauté dans l’eau pour me réveiller. Peu après, habillée, dans l’attente de voir arriver nos « invités », je me penche un instant au-dessus des filières pour observer une grosse branche qui est passée sous le ponton et qui me semble un peu trop proche de la coque et là, j’ai dû faire un faux mouvement… En un instant, je sens une forte douleur dans mon cou, et j’ai l’impression de ne plus pouvoir le maintenir en place, je m’accroupis comme je peux en me tenant la tête entre les mains… Il faut que les autres m’aident à m’allonger dans le cockpit tout en m’aidant à soutenir ma tête… Je me suis coincée un nerf ou je ne sais pas… Je réfléchis à toute allure : je suis sur une île qui vient d’être dévastée par un cyclone, il n’y a aucune structure médicale debout, aucun médecin, encore moins de chiropracteurs ou d’ostéopathes et je ne peux pas bouger. Ce n’est pas un torticolis, je n’ai pas juste mal quand je bouge, je ne peux pas soutenir ma tête !!! Dans trente minutes, les personnes que nous attendons vont arriver et je devrais soit débarquer du bateau, soit y rester si tout se remet en place. Je désespère… Charles, le père de Deb, passe nous voir au bateau. Il découvre mon état et fait un aller et retour chez lui pour me ramener un spray chauffant magique ! De toute manière, je n’ai pas le choix… A son retour, Pete m’aide à me relever et m’en enduit le cou et la base des épaules. J’ai même le droit à un rapide massage de sa part, un massage d’un pasteur ! Hahahah ! Je me rallonge. Le produit chauffe, je ne sens pas d’évolution particulière. J’attends… Les minutes passent… Mais doucement, les choses évoluent. Je finis, toujours avec de l’aide, par me redresser et j’arrive à maintenir ma tête sans utiliser mes mains. Cette fois-ci, ça n’a plus l’air que d’un vilain torticolis… Ça va être dur pour les manœuvres mais au moins, je peux bouger sur le bateau… Non mais, quelle histoire !!!

Peu de temps après, nos « invités » arrivent. Une maman et ses trois enfants, ainsi que leur grand-mère. Donna les suit de près. Tout le monde embarque, trouve sa place et nous mettons les voiles. Enfin, on essaye… Je vois avec surprise Mac et Pete tenter de lever la grand-voile alors que nous sommes vent arrière et pas face au vent… Que dire… Il semble que Pete ait oublié certains trucs élémentaires de son lourd passé de voileux… Bref, après ce petit couac, nous mettons les voiles en direction de Saint-Vincent où nous allons déposer la petite famille ainsi que Pete qui vit là bas.

En longeant la côte sous le vent de la Dominique, de plein jour cette fois-ci, nous réalisons que nous avons eu de la chance lors de notre arrivée de nuit. Nous croisons plusieurs fois de gros troncs d’arbres qui, en cas de collision, seraient susceptibles de faire pas mal de dégâts sur la coque…

Le retour se fait rapidement. Toute la petite famille est très cool et se fait discrète l’essentiel du voyage. Cette fois-ci, pas de couac. En tout cas, pas avant de rejoindre la petite marina au sud de l’île de Saint-Vincent. Nous y entrons au petit matin. Et là, à peine l’entrée dépassée, le bateau est stoppé par un banc de sable… Il s’avère que le chenal qui mène aux pontons un peu plus loin est relativement étroit et qu’il faut presque frôler les voiliers amarrés aux premières bouées près des balises signalant l’entrée du chenal… Bref, branle-bas le combat à bord ! John tente la marche arrière toute, sans succès… Le bateau ne bronche pas. Après 10 minutes de manœuvres variées au moteur, il invite toutes les personnes à bord à sortir et à se poster le plus à l’avant possible pour soulager l’arrière du bateau. Et nous voilà tous servant de contrepoids à l’avant sous le regard narquois de quelques spectateurs au mouillage. Enfin, le bateau accepte de bouger et nous atteignons enfin les pontons.

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Nous débarquons femmes et enfants ainsi que Pete qui vit également sur l’île. Après des au revoir chaleureux, le reste de la trouve, à savoir John, Mac, Donna et moi, rejoignons Bequia, cette fois-ci, sans aucune encombre…

Donna s’est par la suite installée dans la chambre d’ami de John quelques jours. Au cours de cette période, nous avons vécu un fort orage. Pour ma part, c’était les coups de tonnerre les plus violents que j’ai entendu de ma vie, c’est vous dire ! Et bien, Donna m’a raconté avoir passé sa nuit à courir entre sa chambre et la salle de bain car elle avait eu l’impression qu’un nouvel ouragan s’abattait sur elle. Les éclairs, les coups de tonnerre, tout était similaire à ce qu’elle avait vécu pour Maria. Elle avait donc passé la majorité de sa nuit, accroupie dans la salle de bain, la seule pièce assez rassurante pour elle avec ses murs tout autour sans fenêtre, son sac dans ses bras… Je vous laisse imaginer le traumatisme que ces personnes ont vécu… Elle est repartie pour la Dominique quelques jours après seulement pour rejoindre son père tombé malade d’une maladie respiratoire infectieuse. Elle n’avait pas le cœur à le laisser se débrouiller tout seul… Et depuis pas de nouvelles, la Dominique n’ayant toujours pas pu remettre son réseau de communication en était de marche…


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A très vite !


PS : Cette histoire raconte ce que j’ai vécu mais afin de respecter l’anonymat des personnes qui ont croisées ma route, j’utilise des prénoms d’emprunt – sauf autorisation expresse obtenue de leur part.


GLOSSAIRE :

Presse-étoupe : pièce garnie d’un joint assurant l’étanchéité de l’arbre de transmission. En gros (en très gros), l’hélice est fixé sur un tube (l’arbre) qui rentre dans la coque du bateau et c’est ce fameux presse-étoupe qui permet de ne pas couler par cet endroit.

Art. 11a – Un AR express en Dominique (première partie)

(Tous les mots suivis d’un * sont expliqués dans le glossaire figurant au bas de l’article)

Le surlendemain du passage du cyclone Maria, les conditions météo s’améliorent nettement. La houle est moins forte et les premiers bateaux repartent en direction de la Martinique ou d’ailleurs.

Je m’apprête à les imiter. Le moteur de Nautigirl ronronne déjà. Je suis sur le point de quitter la bouée, une amarre dans les mains, lorsque je vois un zodiac(*) s’approcher. C’est « African » le propriétaire de la bouée qui passe me voir (ils sont nombreux ici à avoir un surnom par lequel ils préfèrent se faire appeler). C’est un géant qui pèse aisément son quintal ! Il est impressionnant à voir : aussi grand que large ou presque. Il me convainc de rester quelques jours de plus sur Bequia(*) pour me détendre un peu plutôt que de remonter aussi vite en Martinique sans même avoir pris le temps de poser un pied à terre. C’est vrai que c’est dommage. Je rattache l’amarre que je venais de libérer, éteins mon moteur et je le suis sur son dinghy(*) pour qu’il me dépose à terre (mon annexe est déjà gentiment sanglée et dégonflée sur le pont et je n’ai pas du tout envie de la remettre à flot de suite).

En chemin, nous stoppons un moment sur son catamaran à bord duquel il fait régulièrement du charter et il m’y offre un verre de jus frais. Ça faisait longtemps ! C’est délicieux ! Et ça me rappelle à quel point un frigo à bord, c’est parfois bien pratique… Nous repartons rapidement en direction de la terre ferme où African me dépose.

J’en profite pour faire ma clearance(*) et j’explore un peu les environs à la recherche d’une connexion internet. Je suis coupée du monde depuis déjà plusieurs jours et j’aimerai savoir ce qu’a donné Maria exactement…

C’est ainsi que j’aboutis au « Maria’s Café », oui, oui, du même nom que le cyclone ! En m’y connectant à internet pour la première fois depuis que j’ai quitté la Martinique à la hâte, je lis un message Facebook daté du jour de mon arrivée à Bequia par un pote qui m’annonce avoir un très bon ami sur place qui a réservé une bouée pour moi… Pffffff…. Dommage que je n’ai pas pu me connecter à internet avant… Ça m’aurait évité une nuit blanche comme celle que j’ai passé sur le mouillage avec mon ancre qui n’accrochait pas… Et ce très bon ami de mon pote, c’est John, le propriétaire du « Maria’s Café » justement. Celui-ci m’accueille comme si j’étais une de ses amies de longue date et me met tout de suite à l’aise.

Je suis à Bequia depuis maintenant quelques jours. Les gens d’ici sont accueillants et cet endroit me fait penser à la Polynésie qui me manque tant. Le contact est facile, les locaux sont souriants, le mouillage est sympa, bref, ça me fait du bien. Tous les jours, je squatte le wifi du bar-restaurant pour bosser en ligne la théorie du Yachtmaster, mon nouveau défi. Une fois les cours finis, je pourrais valider à distance cette formation et ne passer que la pratique dans une école affiliée à la RYA, comme celle de Grenade.

C’est ainsi que tous les matins, je suis la première à arriver au « Maria’s Café ». John m’y offre le petit déjeuner et nous faisons tous les jours plus ample connaissance autour de notre café matinal.

J’apprends ainsi qu’il s’apprête à prêter un voilier pour permettre à une église de rapatrier des vivres en Dominique(*) durement touchée par l’ouragan. Il me présente Mac, un ami à lui, pasteur, qui fera partie du convoi. Celui-ci n’a aucune expérience en tant que marin mais il est volontaire et bricoleur, ce qui peut s’avérer utile sur un bateau comme celui sur lequel il va partir.

Ce voilier, mis à disposition par John, c’est un bateau dont le propriétaire, trop endetté, ne s’occupe plus et dont ce dernier a convenu de lui laisser à disposition en échange des sommes engagées par John pour la maintenance, le mouillage et la surveillance du bateau.

John propose à Mac d’aller lui montrer le bateau en attendant l’arrivée du capitaine, un autre pasteur (!?!), qui fera la route jusqu’en Dominique. Je les accompagne, curieuse. Le bateau fait 40 pieds, il a l’air solide mais l’intérieur est sale : il y a de l’huile partout sur les planchers, les bouts(*) sont emmêlés, certains sont bien usés, trop même. Il y a du travail pour le mettre suffisamment en état pour la navigation prévue ! Mac s’y met de suite, aidé dans cette tâche par un homme à tout faire travaillant pour John.

Le lendemain, depuis la terrasse du café, d’où je vois le bateau en question, je vois Mac s’activer dessus accompagné par un autre homme, beaucoup plus petit, il arrive à peine à la hauteur de la bôme(*) ! C’est le capitaine censé mener ce bateau jusqu’en Dominique. Il vient d’arriver en ferry depuis Saint-Vincent(*) où il vit. C’est également un pasteur ! Ils gréent(*) les voiles, démêlent les drisses(*), mettent tranquillement les choses en place.

Je fais la connaissance du capitaine, Pete, un peu plus tard dans la journée. Il a 71 ans !!! Il me parle de ses expériences de navigation, de sa vie dans les îles Marshall… Je découvrirais rapidement que tous ces souvenirs datent du début des années 80 soit presque 40 ans auparavant et que depuis, il a peu navigué !

John discute avec les pasteurs. Il semble inquiet à l’idée de leur laisser la responsabilité du bateau en raison de l’âge du capitaine… Mac est une personne qu’il connaît depuis un bout de temps, ils s’entraident souvent et c’est pour cette raison qu’il décide de leur proposer de les accompagner. Par contre, l’idée de n’être entouré que de pasteurs au cours de longues heures de navigation ne l’enchante guère. Il me propose donc de faire partie du voyage. C’est l’occasion pour moi de donner un coup de main à une île sinistrée, je saisis ma chance !

Nous voilà bientôt tous réunis autour d’une table au café. John leur fait part de son idée. Ils sont enchantés de sa proposition de les assister au cours du voyage. Par contre, ma présence à bord les fait un peu grincer des dents. Pete précise qu’ils sont déjà cinq pasteurs à partir et qu’avec nous deux, nous serions sept. Trop de poids, moins de vivres à emmener. Ils ne sont pas d’accord. John discute, négocie, il ne voit pas l’intérêt d’avoir autant d’hommes d’église à bord, tous néophytes… Finalement, Pete décide de nous emmener tous les deux et de réduire le nombre de pasteurs à bord à trois : lui, Mac et un autre pasteur nommé Edward fraîchement débarqué de Saint-Vincent lui aussi.

Edward est un gros bébé tout rondouillard à la bedaine bien prononcé. Il se présente à moi heureux de m’annoncer qu’il parle français parfaitement et qu’il pourra m’aider à me faire comprendre à bord. Je réaliserai rapidement que sa soit-disant maîtrise du français est très largement surévaluée tout comme d’autres aspects de sa personnalité…

Pete me prend en aparté. Il m’explique qu’étant pasteurs, tout ce petit monde attend de moi que je m’habille « modestement ». Interloquée, je lui demande ce qu’il sous-entend par là. Il se contente de me répondre que comme je suis (short et tee-shirt), ça va… Sous-entendu, je pense, pas de haut de bikini à bord et ne pas se trimballer en maillot de bain devant eux…Ben, voyons… Vive la libération de la femme et l’absence de préjugés…

Samedi 30 septembre 2017, au matin, nous nous apprêtons à quitter Bequia à bord du voilier. Pete, le capitaine, nous réunit dans le cockpit. Il veut prier (?!?) avant de quitter le mouillage… Je les regarde faire, un peu à l’écart. Ce rite me paraît un peu étrange mais de la part de pasteurs, je ne devrais pas être étonnée. La prière cède la place à un petit discours… Pete précise que c’est lui le capitaine, que John est là en tant que propriétaire du voilier, qu’il attend de nous que nous obéissions lorsqu’on nous donne un ordre et que si conflit il doit y avoir, ça ne peut être qu’entre lui et John de part leur position respective : les autres doivent la fermer et obéir. Si quelqu’un est malade, il attend de lui de faire sa part des tâches…. Hé ben, ça promet pense-je !

Nous quittons le mouillage. Pete prend son rôle de capitaine très à coeur visiblement. Il est déjà à l’avant du bateau à – je pense – ranger les amarres(*) ou remonter les para-battages(*). Pas du tout en fait… Quand je passe à l’avant pour vérifier qu’aucun bout ne traîne sur le pont, qu’aucun pare-battage n’a été oublié, je me rends compte qu’il n’a rien fait, ça me surprend ! Je ne dis rien et je gère donc à moi seule l’ensemble des amarres et pare-battages. J’arrime(*) le tout solidement sur le balcon(*) arrière et rejoint tout le monde dans le cockpit. J’entends John demander à Pete d’aller attacher l’ancre à l’avant mais ce dernier lui répond qu’il préfère regarder comment John s’y prend. Surprenant pour un capitaine ! Il semble ne pas savoir comment sécuriser l’ancre ! John passe donc à l’avant pour s’en occuper suivi par Pete qui, décidément, me donne une confiance très moyenne en ses capacités de capitaine…Par contre, il adore donner des ordres et des instructions… La preuve, alors que j’essayais d’expliquer en anglais à Edward comment faire un nœud de chaise, il m’a vertement rabrouée en disant que ce n’était pas le moment… Hum hum… Je ne dis rien, je baisse la tête… Après tout, il ne faut pas contrarier les ancêtres !

Un peu après, il m’explique avec tout le sérieux du monde que la meilleure cabine est celle de l’arrière mais qu’il la destine à accueillir des vivres, que lui se réserve la banquette bâbord dans le cockpit(*)… Genre, il va veiller toute la nuit et nous, les autres, on n’a qu’à s’arranger ensemble… Après cela, il me confie son téléphone pour que je le pose à côté de la descente(*), ce que je fais. Cinq minutes après, il descend dans le carré(*) faire je ne sais pas quoi et soudain je l’entends m’interpeller sèchement : « Diane ! Qu’est ce que tu as fait de mon téléphone ? ». Je lui désigne du doigt l’endroit exact où il m’a vu poser son téléphone quelques minutes à peine avant. Il paraît étonné mais ne murmure pas même une excuse ou un merci en s’en emparant… Bon sang ! Ça promet ce voyage !!! Le temps d’atteindre l’île de Saint-Vincent où l’on doit récupérer les vivres, je l’entends raconter à qui veut l’entendre toutes ses aventures vécues en bateau… le plus grand bateau sur lequel il a navigué, le plus haut mât sur lequel il a grimpé, le trajet le plus « rout’s » qu’il ait vécu sans électricité sur le voilier, sans coussin, sans éclairage, sans rien… Tout ces souvenirs datent des années 80 tout de même !!! Il remue beaucoup, beaucoup de souvenirs qui datent…

John, qui barrait jusqu’à présent, laisse à Edward le soin de diriger le bateau. Ce dernier lui a dit qu’il savait faire du bateau et qu’il avait même participé à des régates. John lui confie donc la barre du bateau en tout confiance. Rapidement, le voilier commence à zigzaguer à gauche et à droite… Visiblement il ne sait pas barrer si bien que ça, et ce, malgré la présence de Pete à ses côté qui tente de lui prodiguer des conseils… Il semblerait qu’un pasteur puisse mentir éhontément ! Je me répète mais ça promet vraiment, d’autant plus que le pilote automatique refuse de fonctionner, il faudra donc barrer tout du long… Et il y a environ 25 heures de trajet.

En aparté, John me fait comprendre que nous serons sûrement les deux seuls à assurer les quarts(*) de nuit. Il voit mal les autres faire. Mac est volontaire mais n’a pas d’expérience. Edward a visiblement menti sur son expérience de navigateur. Pete est dans un rêve éveillé où il se voit capitaine alors qu’il n’en a pas les compétences et il n’a pas la force physique nécessaire pour agir comme il le faudrait sur le bateau. Il n’arrive pas à border seul l’écoute(*) de grand-voile par exemple.

A 12h30, après un peu plus d’une heure de navigation, nous arrivons à la pointe sud de Saint-Vincent dans une petite marina dans laquelle nous devons récupérer les vivres collectés par les paroisses auxquelles appartiennent ces pasteurs.

Je connais un peu Saint-Vincent mais pas cette marina. Je découvre une minuscule enclave entourée d’un récif et à laquelle on accède pour une toute petite passe définie par deux balises(*) classiques rouge et verte. John, qui a repris la barre, faufile le voilier à travers cette petite entrée. On pourrait presque (si j’étais marseillaise) toucher depuis le pont du bateau les balises qui la délimitent. Je suis impressionnée. Je regarde le logiciel de navigation Navionics sur l’Ipad qui montre la carte détaillée de l’endroit et notamment les profondeurs. Pour accéder aux pontons, il faut veiller à ne pas s’écarter du chenal de navigation qui n’est pas marqué en surface (aucune bouée pour le baliser), il faut donc garder un œil constant sur l’Ipad.

Nous arrivons enfin au ponton d’où les vivres vont être chargés. Certains volontaires de la paroisse nous attendent, prêts à faire monter les vivres à bord. Je pars avec la femme de Pete – qui nous attendait de pied ferme – récupérer les aliments pour nourrir l’équipage durant le trajet. Je reviens les déposer au bateau et je commence à organiser le coin cuisine. Pendant ce temps là, John gère les pleins d’eau et de gasoil, et Mac commence à descendre dans le bateau des sacs de riz, de farine et des cartons de conserves pour la Dominique. Il suit les instructions de John qui souhaite que tout soit centré non loin du mât pour répartir uniformément le poids.

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A la demande de John, Mac vérifie que les réservoirs d’eau se remplissent tranquillement. Il ouvre la trappe d’accès mais ne voient que des réservoirs vides… Pourtant, les employés de la marina ont bien mis un tuyau dans l’un des nables(*) sur le pont et de l’eau s’écoule du tuyau alors où va-t-elle ? Je monte sur le pont et je m’aperçois que le tuyau est enfoncé dans un nable intitulé « waste » (déchets en anglais) et non « water » (eau en anglais). Résultat, l’eau s’est déversé directement dans le réservoir de gasoil auquel ce tuyau « waste » a sans doute été raccordé par l’ancien propriétaire… Le moteur qui tournait encore a calé…

On passe l’après-midi entière à tenter de siphonner le réservoir pour se débarrasser de l’eau et pouvoir redémarrer le moteur. Bien évidemment, on est samedi, tout est fermé et nous n’avons qu’une minuscule pompe qui génère un tout petit débit. C’est mieux que rien mais ce n’est pas terrible… Au fur et à mesure qu’on vide le réservoir, on remplit des seaux de ce mélange de gasoil et d’eau qu’on doit ensuite aller porter jusqu’à un récipient plus loin dans la marina qui autorise le déversement de gasoil. Ce sont des va et vient constants durant plusieurs heures. Le réservoir semble sans fin. Dans le doute, Mac décide de vérifier la profondeur du réservoir et ne trouve rien de mieux que d’y glisser un bout de canne à pêche qu’il laisse tomber à l’intérieur par inadvertance par une ouverture à peine plus grande que mon poing… Décidément, pas de chance… Le bout de canne a disparu à l’intérieur. Impossible de le récupérer…

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Au bout de plusieurs heures d’effort, on arrive finalement au bout : canne à pêche toujours coincée mais réservoir vidé, moteur purgé et filtres changés par les bons soins de Mac. Nous redémarrons enfin le moteur dans la soirée. Il fait nuit noire quand nous quittons enfin le ponton ! Le bateau est chargé à bloc. Nous avons préservé la cabine avant et la cabine arrière pour l’équipage et l’ensemble des vivres est entassé dans le carré. Nous marchons sur les sacs de riz et de farine pour atteindre les seules toilettes qui fonctionnent et la cabine à l’avant.

Je suis de nouveau la seule à me charger des amarres et des pare-battages. John est à la barre, Mac est auprès de lui, Edward est assis dans le cockpit près d’eux et Pete est à l’avant avec sa lampe torche étanche dont il ne cesse de clamer les qualités pour assister John dans la sortie étroite de la marina. On n’y voit rien avec sa lampe ! Je finis de ranger les pare-battages et je demande à Mac de me donner le projecteur que j’ai emprunté à Nautigirl pour le trajet. Il me le tend et j’éclaire un instant vers l’avant pour voir où l’on en est et aider Pete dans sa recherche des bouées de signalisation. Au moment où je braque mon projecteur vers l’avant, je me rends compte que l’on s’apprête à dépasser les deux balises par leur droite !!! On est complètement à côté du chenal qu’on aurait dû emprunter et on s’apprête à finir sur un banc de sable ou pire un récif ! Je crie pour attirer leur attention dans le cockpit. Ils prennent enfin conscience de leur erreur ! Marche arrière toute, demi-tour et repassage au bon endroit du chenal pour franchir cette foutue porte !!!! Heureusement que j’avais pensé à emmener ce foutu projecteur de pont, sans cela, on arrêtait le voyage là… sur le récif… A quelques milles seulement de notre point de départ…

Après nous être un peu éloignés, je prends la barre pour commencer mon quart de nuit. Pete est sur mon dos. Il est assis devant la capote(*) sur le radeau de survie et observe les flots noirs… Et il commente en me donnant des ordres : « Fais +10° sur ta route pour éviter un courant »… Comme si il pouvait voir la moindre indication d’un courant par cette nuit sombre… 10 minutes après, il se retourne vers moi pour me dire de reprendre ma route normale… Comme s’il avait pu observer un « micro-courant » sur quelques centaines de mètres et qu’il avait su – de par sa précision – nous éviter de nous dévier de notre route… Ralahaha !!! Cette manière d’essayer d’imposer son statut de capitaine me court fortement sur le système…

Edward, quant à lui, en rajoute une couche en se permettant de faire des réflexions dès qu’il voit sur l’Ipad ma route réelle s’écarter de la route théorique… C’est qu’il commence à me gonfler aussi celui-là ! En plus, il ne fout rien… Quand il n’est pas allongé de tout son long dans le cockpit immobilisant une banquette entière, il est assis. Quand il faut border(*) le génois(*), il faut lui indiquer sur quelle « corde » il faut tirer vu qu’il n’en a aucune idée visiblement… Et quand enfin on lui met l’écoute dans la main, il faut encore l’enrouler pour lui autour du winch(*) sinon il ne la mettrait pas dans le bon sens… Et quand il ne lui reste plus qu’à activer le winch, il fait un semblant de démonstration de force en faisant tourner la manivelle de winch sans même prendre la peine de regarder l’impact de son action sur la voile d’avant… Soi-disant qu’il ne peut pas regarder vers l’avant à cause de  ça… Ben mon p’tit, tu fais comme tout le monde, tu te mets à genoux sur la banquette et tu tends la tête vers l’extérieur pour regarder le génois en même temps que tu le bordes, purée !!!! Heureusement, il part tôt se coucher dans la cabine arrière.

Le vent est quasi-inexistant sous le vent de Saint-Vincent. Nous devons rapidement soutenir les voiles au moteur. A 2 heures du matin, je pars remplacer John dans la cabine avant. Je viens à peine de me trouver une position confortable pour tenter de trouver le sommeil que j’entends le moteur s’éteindre. C’est le branle-bas de combat sur le pont, j’ai l’impression. Des éclats de voix… Il semble y avoir un problème avec le moteur de nouveau… Je n’ai même pas la force de me lever pour aller me renseigner… De toute manière, ils sont déjà assez nombreux sur le pont. J’entends les voiles claquer…

A SUIVRE !


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A très vite !


PS : Cette histoire raconte ce que j’ai vécu mais afin de respecter l’anonymat des personnes qui ont croisées ma route, j’utilise des prénoms d’emprunt – sauf autorisation expresse obtenue de leur part.


GLOSSAIRE :

Amarre : grosse “corde” utilisée par les bateaux pour se “garer” le long d’un quai ou d’un autre bateau ou pour s’attacher à un corps-mort.

Amarrer : comme dirait le dictionnaire Larousse, c’est attacher un navire au moyen d’amarres.

Arrimer : Fixer solidement le chargement d’un navire.

Balcon : structure métallique à l’avant (et parfois à l’arrière) du bateau.

Balise : marque latérale fixe ou flottante indiquant un chenal ou un danger par exemple. Elles ont toutes une couleur bien déterminée fonction des rôles qu’elles jouent.

Bequia : île du Sud des Antilles faisant partie de l’état de Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Bequia se situe au sud de l’île de Saint-Vincent. C’est la plus grande île des Grenadines. La population est d’environ 6.000 habitants.

Bôme : barre rigide à la perpendiculaire du mât d’un voilier sur laquelle est fixée la partie inférieure de la grand-voile et qui permet de l’orienter.

Border : sur un voilier, border signifie ramener une voile plus près du bordé, c’est-à-dire la coque du bateau. On se sert pour cela de l’écoute de la voile concerné (le cordage attaché au bout de la voile) sur laquelle on tire pour rapprocher la voile.

Bout : (se prononce « boute ») cela désigne, de façon générale, un cordage sur le navire car le mot « cordage » n’est jamais utilisé par les navigateurs.

Carré : pièce intérieure du bateau où l’on peut se réunir.

Capote : couverture amovible qui protège des vagues et de la pluie l’entrée du bateau.

Clearance : faire sa clearance, c’est faire les démarches douanières nécessaires pour entrer ou sortir d’un pays.

Cockpit : emplacement situé à l’arrière d’un bateau de plaisance, où se tient le barreur.

Descente : petit ensemble de marches qui mène à l’intérieur du voilier.

Dinghy : annexe en anglais. Les deux mots sont couramment employés pour définir la même chose. Voir la définition d’annexe plus haut.

Dominique (Dominica en anglais) : pays et île de l’archipel des Caraïbes, située entre les îles françaises des Saintes et de Marie-Galante (deux dépendances de la Guadeloupe) au nord et l’île de la Martinique au sud. La population est d’environ 73.000 habitants.

Drisse : “corde” que l’on voit courir le long du mat et qui sert à hisser ou affaler une voile.

Ecoute : “corde” fixée au coin de la voile et qui sert à régler l’angle de la voile par rapport au vent (en la tendant plus ou moins fort).

Génois : voile d’avant avec un recouvrement important de la grand-voile (i.e, le point d’attache des écoutes est bien en arrière du mât).

Gréer : équiper un voilier de tout ce dont il a besoin pour être en état de naviguer.

Nable : trou dans le pont – fermant grâce à un couvercle qu’on visse hermétiquement – reliant un réservoir avec l’extérieur grâce à un tuyau qui court le long de la coque d’un voilier et généralement masqué de la vue.

Pare-battage : sorte de bouée gonflée d’air servant à amortir et à protéger la coque face à d’éventuels chocs sur un quai ou un autre bateau (on parle également de « défense »).

Quart (de nuit) : tour de veille à la barre la nuit (tranche allant de 2 à 4 heures généralement).

Saint-Vincent : île du Sud des Antilles faisant partie de l’état de Saint-Vincent-et-les-Grenadines. C’est l’île principale. La population est d’environ 110.000 habitants.

Winch : avec sa manivelle, sorte de gros moulin à café sur lequel vient s’enrouler la “corde” qu’on cherche à tendre. Il permet de démultiplier les efforts.

Zodiac : il s’agit d’une marque déposée qui désigne un canot pneumatique généralement à moteur (voir aussi la définition d’une annexe).

Une femme à bord, ça porte malheur ?

Autrefois, les navires étaient moins rapides qu’à l’heure actuelle, ce qui signifiait de longues traversées de plusieurs mois parfois. Dans un espace restreint, avec beaucoup d’hommes à bord, loin de leur famille et de leur femme, il est apparu plus simple d’interdire les femmes à bord pour éviter toutes tensions (convoitises, jalousies, brutalités) pouvant aller jusqu’à mettre le bateau en danger. Sachant que les marins sont très superstitieux, rien de plus facile pour cela de faire courir le bruit qu’elles portaient malheur à bord !!!

D’ailleurs, si une femme devait venir à bord en tant que passagère, s’il se passait quoi que ce soit à bord, c’était forcément de sa faute et elle pouvait être maltraitée !

Le Roi de France, lui-même avait promulgué la règle suivante : « Par ordre du Roi, la présence de toute femme sur un bateau de Sa Majesté est interdite, sauf pour une courte visite ; un mois de suspension sera requis contre l’officier qui contreviendrait à cet ordre et quinze jours de fer pour un membre de l’équipage qui, lui-même, n’y souscrirait point ».

La superstition a d’ailleurs tenu bon jusqu’au 18ème siècle. Toutefois, certaines femmes de l’époque ont su s’intégrer à des équipages de pirates, comme Anne Bonny ou Mary Read, les deux les plus connues. Ok, elles se faisaient passer pour des garçons, mais tout de même ! On connait moins, Jeanne Barret, qui est la première femme à avoir fait le tour du monde, elle-aussi déguisé en homme, en embarquant sous le nom de « Jean Baré » pour une expédition dirigée par Louis-Antoine de Bougainville en 1766.

Aujourd’hui, les femmes sont acceptées à bord même si certains équipages refusent encore totalement toute présence féminine à bord, notamment dans le secteur de la pêche. La marine, d’ailleurs, compte de plus en plus de femmes dans ses rangs. Elles sont également de plus en plus nombreuses à participer à des courses au large : Florence Arthaud, Ellen Mc Arthur, Anne Caseneuve ou encore Samantha Davies. Toutefois, il est encore difficile pour elles de prendre place dans des équipages mixtes à cause de la promiscuité ou de la différence de force physique comme l’explique Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) « Pouvoir vivre à bord d’un bateau, pendant quinze jours, trois semaines ou un mois dans un petit espace, ça peut être plus compliqué pour un équipage mixte, en raison de la promiscuité » et Franck Cammas qui préfère les équipages 100% masculins sur la Volvo Ocean Race « parce que les femmes manquent de force physique. C’est comme si on demandait pourquoi il n’y a pas de femme en équipe de France de rugby. C’est une évidence. On recherche des gabarits puissants ».

Une nouvelle règle de la Volvo Ocean Race vise d’ailleurs à féminiser les équipages en imposant des quotas… Vive l’évolution des mentalités !

 

Art. 10b – Maria (seconde partie)

(Tous les mots suivis d’un * sont expliqués dans le glossaire figurant au bas de l’article)

En attendant que Pierre arrive, je tente de commencer à remonter l’ancre. C’est peine perdue ! Entre les vagues qui semblent sur le point de déferler, le vent et la coque qui ne prend pas la houle de face, même avec le pilote automatique en place et l’appui du moteur, je n’y arrive pas. Trop de tension dans la chaîne ! Je manque même m’y coincer les doigts à un moment et un pied ensuite… Ne manquerait plus que ça que je me blesse…

Heureusement, Pierre arrive rapidement. Il monte à bord tant bien que mal et pilote le bateau en suivant les instructions que je lui donne. Il faut qu’il fasse avancer le bateau à vitesse réduite en suivant la direction de la chaîne afin d’en diminuer la tension. Petit à petit, j’arrive à la remonter malgré les creux et les rafales de vent… Je sens enfin l’ancre qui se libère. Il ne reste plus qu’à tirer un bon coup sec pour faire monter l’ancre dans le davier(*)

Merde !! J’ai dû y aller avec un peu trop d’entrain et la houle aidant, la chaîne a sauté hors du davier et s’est coincée entre le bas de l’enrouleur(*) du génois et le davier lui-même… J’ai beau tirer dessus de toutes mes forces, rien n’y fait ! Il faut pourtant que j’y arrive si je veux ancrer ailleurs ! De plus, avec les creux que nous subissons dans le mouillage, la tête de l’ancre n’arrête pas de cogner sur la coque, d’y rebondir, pour mieux cogner une nouvelle fois dessus… Maudite chaîne ! Putain !!! C’est pas le moment de faire chier !!!

Je remplace Pierre à la barre qui tente sa chance pour débloquer la chaîne. Sans succès… Il me suggère d’utiliser un gros tournevis pour m’en servir de levier et il récupère la barre. Je fonce à l’intérieur, me saisit d’un outil de bonne taille et retourne à l’avant tout en me cramponnant où je peux. Après quelques essais infructueux, j’arrive à dégager la chaine du tunnel étroit dans lequel elle s’est fichée. Je termine de remonter l’ancre et la fixe solidement de manière à l’empêcher de taper la coque.

Nous faisons un grand tour dans le mouillage pour que j’arrive à décider où je peux m’installer. Ici, trop près des cailloux. Là, trop près d’autres bateaux, si je dérape… Là ! J’aperçois une grosse bouée rose et bleue dont l’enveloppe extérieure semble en mauvais état mais vu sa taille, dans mon esprit, ça signifie « gros corps mort ». Pierre fait la manoeuvre d’approche, je me saisis de la bouée et attache à son anneau deux amarres. Dans la foulée, je plonge avec un masque pour voir si je peux fixer une autre amarre directement sur la chaine qui doit la lier au corps mort. Il y a 10 mètres de fond, en apnée, je n’y arriverais pas mais je peux atteindre 5 à 7 mètres sans trop de souci. Je longe la corde à laquelle la bouée est attachée. Je sonde mais je ne vois aucune chaine, juste de la corde. L’eau est sombre, je ne peux pas voir le corps mort en lui même. Le bout en tout cas est très épais et à l’air en bon état. Je décide de lui faire confiance. Je remonte sur Nautigirl, finis d’ajuster la longueur de mes amarres et laisse Pierre s’éloigner dans son annexe.

Je suis heureuse d’avoir trouvé ce nouveau spot. J’ai bien un bateau pas très loin du mien qu’il va falloir que je surveille. Si le vent tourne dans une certaine direction, j’ai peur que le cul de Nautigirl frôle son avant mais bon, normalement, ça devrait bien se passer.

Je profite du reste de la journée pour rattraper un peu de sommeil perdu. Je vois les autres voiliers jouer aux montagnes russes un peu plus loin. Décidément, comparé à eux, c’est bien plus raisonnable ici la taille de la houle… Dans l’après-midi, je tente une escapade à terre pour faire mes formalités d’entrée. Mais je réalise que les accès à terre sont impraticables tellement la houle est forte ! Je fais donc demi-tour et remonte sur le bateau. Le calme relatif de mon mouillage me permet de m’octroyer le plaisir de me mettre un petit film sans craindre de faire tomber l’ordinateur de la table à la prochaine vague…

La nuit est tombée. Tout en regardant mon film, je jette parfois un coup d’œil dehors et je vois le nez de mon annexe être régulièrement propulsé en l’air par la houle. Si je laisse les choses ainsi, j’ai peur de retrouver l’annexe cul par dessus tête, moteur noyé. Je décide alors de l’attacher à couple(*) avec Nautigirl. J’attache un premier pare-battage(*) à la filière de manière à ce qu’il soit à la hauteur du boudin de l’annexe. Je fais mon noeud de cabestan habituel… enfin, je le crois. J’ai le second en main et je suis sur le point de l’attacher lorsque je réalise que le premier s’est fait la malle ?!? Je le vois passer au cul de Nautigirl, puis commencer à prendre la poudre d’escampette. « Ha, non !!! ». Je saisis le bout par lequel l’annexe est attaché à l’arrière du voilier, la rapproche, saute dedans, me casse la figure, me relève et m’étend tout de mon long sur le boudin pour atteindre le fuyard !!! Juste à temps !!! Et sans tomber dans l’eau !!! Je remonte dans le cockpit du bateau et je rattache le pare-battage en veillant à ce que le noeud tienne… Je n’ai aucune idée de ce que j’ai mal fait dans le précédent noeud… J’attache deux autres pare-battages puis rapproche l’annexe de manière à la mettre parallèle au bateau, les pare-battages comme remparts. Un bout à l’avant attaché à un chandelier(*) et un bout à l’arrière attaché au taquet(*). Mais ça ne suffit pas à stabiliser l’embarcation. J’ai alors l’idée d’attacher le moteur à mon portique(*) pour soulager un peu de poids sur l’arrière et éviter ces bonds intempestifs… Je teste… Mauvaise idée, je vais finir par arracher le moteur du tableau arrière et le noyer… Ou arracher tout simplement le tableau arrière… Pas le choix, il va falloir que je remonte le hors bord sur Nautigirl si je veux dormir sereinement…

Je donne un peu de mou au dinghy pour que l’arrière se rapproche de l’échelle de bain de Nautigirl au-dessus de laquelle pend le palan fait maison. J’accroche celui-ci à la tête du hors-bord et je saute dans l’annexe pour dévisser les attaches du moteur. Je remonte sur le voilier et commence à hisser le moteur. Bien évidemment, les mouvements du bateau ne rendent pas la tâche facile. Du coup, je hisse en une seule fois et à bout de bras le hors-bord pour l’accrocher d’un unique geste à sa chaise(*) qui l’attend sagement sur le balcon(*). Mais en le saisissant, je fais une fausse manœuvre et fait pivoter les mâchoires censées se fixer sur la chaise. Purée !!! c’est pas le moment ! Avec un équilibre précaire, j’ai peur de glisser dans l’eau et d’entrainer le moteur ou de me blesser dans la manoeuvre. J’arrive néanmoins à changer de position et à réaligner les mâchoires pour qu’elles s’encastrent sur la chaise. Vite, je visse les attaches pour le sécuriser… Un problème de réglé !!! Tant pis si l’annexe se retourne maintenant qu’elle traîne de nouveau derrière le bateau. Au moins, le moteur sera sain et sauf !

Je finis mon film. Les VHF fixe et portable sont toujours allumées. J’entends parfois quelques commentaires sur la météo sur le canal VHF 69 que je partage avec Pierre et d’autres navigateurs que je ne connais pas. Il paraît que MARIA est passée catégorie 4 à 18h et que son centre toucherait plutôt la zone Guadeloupe/Saintes… Moi qui en était restée à catégorie 1 ou 2 sur la Martinique, ça a bien évolué… J’entends d’ailleurs des plaintes sur les ancres qui ne tiennent pas, sur la houle énorme que nous subissons tous. Certains comptent d’ores et déjà ne pas fermer l’œil de la nuit… Je n’arrive pas à capter le Wifi de la Marina et je ne suis pas la seule dans le cas. Et hors de question d’utiliser ma 3G, à 18 EUR le méga-octet à l’étranger, je vais faire exploser le compteur… Du coup, je tends l’oreille à chaque information utilise. D’ailleurs, quelqu’un qui a réussi à chopper du Wifi nous fait généreusement part sur la VHF du dernier point météo dont il a pris connaissance.

Je me couche ultra tôt… J’entrouvre un œil vers minuit et plus par hasard que par acquis de conscience, je jette un coup d’œil dehors. Et là, à ma grande surprise, je vois que Nautigirl et le petit bateau que j’avais repéré bien plus tôt sont presque à couple… Encore un mètre et je pourrais quasiment grimper dessus !!! J’essaie de réfléchir rapidement tout en mettant des pare-battages par sécurité sur le bord côté collision… Le vent a tourné ? Oui mais c’est pas ça… Son ancre s’est décroché et le bateau a glissé ? Impossible vu la position initiale des deux bateaux. Seule conclusion possible : Nautigirl est trop lourde pour le corps mort actuel et vues les conditions actuelles de houle et de vent, ça a tiré tellement fort sur la bouée que c’est moi qui est glissé sur mon voisin !!!
Je bondis à l’intérieur pour démarrer le moteur. Je choppe au passage un gros projecteur et je fonce à l’avant pour me libérer de la bouée. Les amarres me résistent. Je tire comme une folle sur elles pour qu’elles coulissent dans l’anneau de la bouée et que je puisse les récupérer. Sitôt que c’est fait, je fonce à l’arrière prendre la barre et je jette les amarres en vrac dans le cockpit. Merde !!! J’ai oublié que j’avais attaché la barre avec une corde pour éviter qu’elle bouge avec la houle. Dans le stress du moment, je perds encore quelques précieuses secondes à défaire le noeud. Enfin, je peux lancer la marche avant et m’éloigner du voisin avant même de l’effleurer ! Oufff ! Je vérifie que mon annexe me suit bien attachée à l’arrière de Nautigirl.

Résumé de la situation… Il est minuit, c’est la nuit du lundi 18 au mardi 19 septembre, au moment où le cyclone est censé passer sur les îles un peu plus au nord, donc houle maximale et bonnes rafales de vent entre 30 et 35 nœuds… Il fait nuit noire. Je n’y vois pas grand chose. Et il faut que je trouve d’urgence un autre endroit où mouiller ou une autre bouée… J’ai le projecteur au bout d’une main, la barre dans l’autre, je gère la puissance du moteur avec le pied sur la manette et j’essaie de garder mon équilibre avec des creux importants… J’ai des bateaux tout autour de moi, certains avec leur feux de mouillage et d’autre non…Bref, je suis dans la merde !!!

Je tente un appel à l’aide en français sur la VHF canal 16. Si quelqu’un est dans le coin et peut venir m’aider, j’apprécierai car j’ai du mal à tout gérer toute seule !!! Pas une seule réponse… Soit ils dorment, soit ils ont eux même leur propre bateau à gérer et mettre une annexe à l’eau dans ces conditions là, ça paraît relever d’un numéro de cirque, soit ils ont éteint leur VHF… M’enfin… le résultat est le même : il va falloir que je me débrouille toute seule…

Je commence mon petit tour d’inspection du mouillage. Je balaye la zone avec le projecteur à la recherche d’un endroit protégé. Je cherche un espace assez grand pour tenter de m’ancrer sans craindre que le vent ou la houle me pousse vers un autre bateau. J’en repère un avec une profondeur réduite… Je me place face au vent, réduit la puissance du moteur au maximum et file à l’avant en abandonnant la barre. Je jette presque le projecteur sur le pont en faisant attention à ce qu’il ne passe pas par dessus bord pour m’occuper de l’ancre. Vite je la balance à l’eau et laisse glisser 20 mètres de chaîne. Je fais le tour du taquet pour la sécuriser un moment le temps de la voir se tendre. Et puis je rebalance 10 mètres de plus. Je reprends le projecteur et file à l’arrière. Je mets le moteur en marche arrière pour tenter de planter l’ancre définitivement. Malheur ! Le bateau ne cesse de reculer. Elle n’a rien accroché du tout l’ancre !! Je vois le catamaran derrière moi se rapprocher. J’ai peur de le heurter si je me rapproche encore… Je ne réfléchis pas et décide de remonter l’ancre avant qu’il ne soit trop tard. Le pilote automatique maintient la barre à peu près droite. Moteur en puissance réduire en marche avant. Et retour à l’avant. Je remonte péniblement l’ancre. J’ai les bras en feu mais le stress m’aide à lutter contre les éléments. Coûte que coûte, il faut que je la remonte cette satanée ancre ! 20m… encore 10m… là il faut aller vite car le bateau est poussé par le vent et la houle vers mon voisin de derrière. Enfin je vois la tête de l’ancre sortir de l’eau que je laisse pendre au ras de l’eau pour gagner un peu de temps au prochain essai. Je bondis à l’arrière. Marche avant toute ! Un regard en arrière pour vérifier que mon annexe ne s’est pas faite la malle… Et je m’éloigne…

J’entends l’ancre taper sur la coque à l’avant. Merde ! J’espère que ça ne va pas percer la coque ! Mauvaise idée… Mais c’est trop tard… Je suis au milieu des bateaux, c’est pas le moment de lâcher la barre… J’y vois pas grand chose en plus…

Finalement, une bouée, c’est peut être plus sécurisant. J’en repère une avec des autocollants fluo. Un peu étrange cette bouée… Je tente de m’approcher une première fois. Ma lampe l’éclaire. Je vois une sorte d’énorme masse de cordes formant une sorte de boule informe juste à côté de la bouée mais pas de boucle à saisir pour pouvoir passer une amarre. Je refais un tour à côté… Je tente à l’aveugle de la saisir par en dessous avec ma gaffe…. Gaffe de merde !!! C’est une gaffe télescopique dont je pensais avoir bloqué le manche à une longueur déterminée… mais sous la pression du bateau et de la bouée tirant dans deux directions opposées, elle s’allonge sans m’autoriser à saisir quoi que ce soit… Je la balance sur le pont et file de nouveau à la barre… Nouveau tour et nouvel essai… J’essaie de me rapprocher le plus près possible de la bouée mais je reste sous son vent… En théorie, ce n’est pas la chose à faire mais j’ai peur en passer au vent de la bouée d’être poussée dessus et que quelque chose passe dans mon hélice et s’y coince ou que la bouée passe entre Nautigirl et mon annexe et ne brise le lien qui les réunit…

Et là… Catastrophe ! Je crois que si j’avais voulu le faire, je n’aurais pas réussi volontairement… La pointe de mon ancre est passée sous la bouée et l’a accrochée ! Je vois la bouée faire des tours sur elle-même entraînant mon ancre dans le même mouvement… Un instant, je me dis que cela va peut être m’aider à saisir la bouée mais je ne vois rien dont je pourrais me saisir… Aucune boucle, aucune accroche possible sur et autour de la bouée… Ou il faudrait que je me jette à l’eau avec masque et lampe étanche pour chopper ce à quoi je pourrais accrocher une amarre. Or, je suis seule à bord… Et si jamais je saute à l’eau et que l’ancre se décroche, ça va être une partie de bowling dans le mouillage et je risque un bon score… Je panique un instant. Je suis fatiguée… Stressée… J’ai juste envie de pouvoir me reposer. Dire « pouce » pour avoir un moment de calme… Un instant je me dis que si ça se trouve ça va tenir comme ça toute la nuit. J’aimerai… Mais à voir la bouée danser sur elle-même comme une toupie, j’y crois peu… Je décide de relâcher un peu de chaîne espérant ainsi qu’en atténuant la tension, ça permettra à l’ancre de glisser sous la bouée. Miracle ! On vient de se détacher !!! J’en profite pour bloquer l’ancre correctement dans le davier pour éviter une nouvelle mésaventure de cet ordre.

Et je recommence à tourner dans la baie… Un grand tour pour tenter de repérer un bon spot… Je commence à désespérer… Si je pouvais au moins voir clairement ce qu’il se passe ! Un instant la scène s’éclaire. Un éclair… Mais je tournais la tête du mauvais côté à ce moment là. J’espère qu’un autre suivra. Et c’est le cas. Et encore un autre… Mais je n’ai pas le temps d’observer la position des bateaux les uns par rapport aux autres dans la fraction de seconde durant laquelle la lumière apparaît. La pluie s’installe maintenant. Cool… Ne manquait plus que ça… Heureusement, elle est intense mais courte…

Je continue à inspecter le mouillage… Je trace des ronds dans l’eau, le regard fixé sur le sondeur. Normalement, je ne mouille jamais dans plus de 5 ou 6 mètres d’eau, c’est trop de force à déployer lorsqu’on veut remonter le mouillage sinon… Hé bien, pas le choix aujourd’hui, je ne vais pas jouer la difficile…

Je repère un endroit pas loin de bateaux de plongée attachés à des bouées. Les chanceux !!! Dans les parages, il y a 10 mètres d’eau. Acceptable va t-on dire… Et pas trop de voisins. Je fais filer mon ancre… 10m, 20m, 30m… Marche arrière… Merde… je suis en plein dans le chenal emprunté par les ferrys qui font les trajets inter-îles. Je ne peux pas rester là. J’ai pas envie de le faire mais je remonte mon ancre. J’ai mal aux bras… Je n’en peux plus… Mais je veux pouvoir dormir un peu sereine… Je relance le moteur pour faire un nouveau tour… Je vise à nouveau le même spot mais en faisant attention à balancer mon ancre un petit peu plus tôt. Je lâche 40 mètres pour être sûre… Merde ! De nouveau je suis trop dans le passage des ferries. Je regarde ma montre. Il est 2 heures du matin. Je n’en peux plus…. Tant pis… Je décide de laisser Nautigirl où elle est. La VHF est sur le canal 16. Mon AIS(*) est allumée. Si je gêne le passage, ils pourront m’appeler. Et de toute manière, cela m’étonnerait qu’ils commencent à bouger avant que le jour se lève.

Par précaution, je décide de dormir à la belle étoile dans le cockpit(*). C’est une sorte de semi-sommeil car à chaque bruit suspect, j’ouvre l’œil et je vérifie sur l’Ipad que je n’ai pas bougé. Pour se faire, j’ai laissé mon logiciel de navigation ouvert avec la trace de ma route dans le mouillage. Depuis que j’ai ancré, je vois une sorte de gribouillis digne d’un enfant de 5 ans se dessiner autour de mon point d’ancrage… Tant que je ne vois pas une ligne droite partir de cet amas jaune, c’est que je tourne autour de l’ancre, sinon c’est qu’elle chasse…

A 5h30, je me lève et décide, à regret, de quitter ce mouillage. Il a tenu, c’est signe que l’ancre avait accroché cette fois ci ! Mais je ne peux pas gêner le passage des ferrys dont les rotations ne devraient pas tarder à reprendre. Moteur allumé, en marche avant, pilote automatique branché, je reprends ma place à l’avant pour mon premier exercice physique de la journée. Je remonte mon mouillage avec toute l’énergie disponible. Je fais attention à ne pas me coincer un doigt dans le taquet à chaque fois que j’y maintiens un instant la chaîne pour me reposer. C’est dur après la sale nuit que j’ai passé. Mais j’y arrive enfin…

Nouveau tour dans la baie. Un grand tour encore… C’est impressionnant cette houle qui présente de grandes barres parfois. On dirait presque un spot de longboard ! Je veille à ne pas prendre les vagues de côté pour ne pas giter trop fort. Décidément, pas beaucoup de protection, nulle part. Je vois les mâts des bateaux, petits ou grands, jouer les métronomes mal accordés… Je décide de retourner non loin du corps mort de la veille, celui qui s’est déplacé à cause du poids de mon bateau… C’était là où la houle se faisait moins ressentir finalement.

Je repère un endroit, non loin du chenal encore une fois. Juste à côté d’une énorme bouée rouge, plutôt style « barrique » que bouée classique. Elle est faite pour de très gros bateaux. Je regarde le sondeur(*) : 4,5 mètres de profondeur, c’est parfait. De nouveau, j’ancre… 30 mètres, cette fois-ci. Petite marche arrière. Parfait, ça n’a pas l’air de bouger… Je file à l’intérieur me reposer.

10 minutes après, j’entrouvre un œil car j’entends un bruit de chaîne qui me semble anormal. C’est presque devenu un réflexe. Je regarde l’Ipad. Bordel ! C’est quoi ce truc !!! Je vois un long trait jaune dessiné sur l’écran. Je fonce dehors. Effectivement, j’ai dérapé… Alors que la bouée rouge qui me servait de repère était derrière moi tout à l’heure, je la vois plusieurs mètres devant le bateau maintenant… Et ce n’est pas le vent qui a tourné…

Désespérée, j’appelle Pierre à l’aide à la VHF. A cette heure là, il devrait l’avoir rallumé. C’est le cas. Il me répond. Je lui adresse quelques mots rapides : « Aide-moi STP, j’ai changé 3 fois de mouillage, ça tient pas… J’en peux plus… ».

Re-belotte… Moteur en route, marche avant légère, remonter l’ancre puis marche avant toute… Je m’éloigne de l’autre côté du chenal vers le bateau de Pierre que je vois arriver peu de temps après en dinghy. Il a eu du mal à le mettre à l’eau avec la houle… Mais il est là pour m’aider. Il monte à bord et nous laissons son annexe traîner derrière Nautigirl, côte à côte avec la mienne. Lui est en meilleure forme que moi : il repère une bouée non loin de l’endroit où j’ai mouillé durant la nuit. Elle a l’air solide. Nous nous approchons et je m’y amarre après avoir pris soin de ranger mon ancre dans la baille(*) à mouillage. Je suis rassurée : je vais pouvoir dormir sereinement j’espère malgré la houle…

Pierre veut rapidement rejoindre son bord car il y a laissé son fils et sa copine qui ne sont pas navigateurs. Si jamais son mouillage pète, il est seul à pouvoir réagir. Je suis encore en train d’ajuster la longueur de mes amarres quand j’entends un gros PLOUF !!! Mal réveillé et les vagues aidant, il a glissé entre mon échelle et son annexe et vient de prendre un bain matinal. Heureusement, ni téléphone, ni clé perdus dans la bataille. Il le prend avec philosophie. Il remonte dans son annexe et s’éloigne tranquillement.

Moi, je pars me coucher. Enfin… il est 8 heures…. Nous sommes mardi 19 septembre 2017. MARIA est passée dans la nuit non loin de la Martinique mais je n’en sais pas plus en l’absence de réseau internet.

J’apprendrais plus tard qu’effectivement l’ouragan MARIA était passé en catégorie 4 durant la soirée du 18 septembre selon le bulletin de 21 heures UTC(*) du NHC(*), soit 17 heures locales. Ses vents atteignaient alors 215 km/h et son œil était à 75 km à l’est de la Dominique (l’île au nord de la Martinique et au Sud de la Guadeloupe). Sa course a été ralentie lors de son passage sur cette île. L’ouragan s’est ensuite intensifié et il a été réévalué en catégorie 5 avant de frapper le sud-ouest de la Basse-Terre en Guadeloupe vers 2h du matin le 19 septembre. Il a ensuite continué sa route vers le Nord-Ouest touchant de plein fouet Porto-Rico… La Martinique l’a échappé belle… Quelques dommages bien évidemment mais rien de bien méchant en comparaison de la dévastation qu’ont connu certaines îles comme la Dominique ou Porto-Rico… On a eu de la chance, beaucoup de chance… Et moi, j’ai fait le bon choix en décidant de prendre un peu de distance par rapport à MARIA par contre, je ne suis pas sûre d’avoir sélectionné la meilleure option quant au mouillage vu l’orientation de la houle attendue. C’est le métier qui rentre…


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A très vite !


PS : Cette histoire raconte ce que j’ai vécu mais afin de respecter l’anonymat des personnes qui ont croisées ma route, j’utilise des prénoms d’emprunt – sauf autorisation expresse obtenue de leur part.


GLOSSAIRE :

AIS (Automatic Identification System) : système d’identification automatique et d’anti-collision qui va envoyer des informations sur la position, le cap et la vitesse d’un bateau équipé de l’appareil.

Annexe : petite embarcation, à rame ou à moteur, permettant de faire les allers retours entre le port ou le rivage et le bateau en mouillage.

Arpège : modèle mathématique de prévision de Météo France.

Baille à mouillage : soute à l’avant du bateau dans laquelle on range la chaîne et parfois l’ancre elle-même.

Barbuda (se dit aussi « Barbude » en français, à ne pas confondre avec « La Barbade ») : île du Nord des Petites Antilles faisant partie du pays Antigua-et-Barbuda. Barbuda se situe au nord de l’île d’Antigua. La population est d’environ 1.600 habitants.

Balcon : structure métallique à l’avant (et parfois à l’arrière) du bateau.

Bequia : île du Sud des Antilles faisant partie de l’état de Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Bequia se situe au sud de l’île de Saint-Vincent. C’est la plus grande île des Grenadines. La population est d’environ 6.000 habitants.

Canal : portion de mer entre deux îles.

Chaise (de moteur) : support sur lequel se fixe l’étrier (l’espèce de mâchoire) d’un moteur hors-bord. Il peut être en bois ou en plastique et permet d’entreposer le moteur verticalement, souvent au niveau du balcon arrière d’un voilier.

Chandelier : rien à voir avec une bougie même si ça peut vaguement y ressembler. Ce sont les barres métalliques verticales fixées tout autour du pont et dans lesquelles passent les filières.

Cockpit : emplacement situé à l’arrière d’un bateau de plaisance, où se tient le barreur.

Couple (à) : mettre à couple deux bateaux, cela veut dire les mettre côte à côte.

Corps-mort : objet pesant, comme une dalle de béton par exemple, posé au fond de l’eau et qui est relié par un filin ou une chaîne à une bouée, afin que les bateaux puissent s’y amarrer.

Davier : pièce métallique fixée à l’étrave (l’avant du bateau) et équipée d’un réa (partie mobile qui tourne sur elle-même comme l’intérieur d’une poulie) afin de guider la chaîne du mouillage. L’ancre elle-même vient s’y encastrer une fois remontée.

Dinghy : annexe en anglais. Les deux mots sont couramment employés pour définir la même chose. Voir la définition d’annexe plus haut.

ECMWF (European Centre for Medium-Range Weather Forecasts) : modèle mathématique de prévision météorologique européen.

Enrouleur : dispositif permettant d’enrouler une voile, soit pour en réduire la surface afin de l’adapter à la force du vent, soit pour la ranger complètement enroulée. L’enrouleur de génois ressemble à un long tube allant du pont quasiment au sommet de mat avec une sorte de bobine de corde à sa base (c’est cette corde qui permet d’enrouler ou de dérouler la voile).

Génois : voile d’avant avec un recouvrement important de la grand-voile (i.e, le point d’attache des écoutes est bien en arrière du mât).

GFS (Global Forecast System) : Modèle mathématique de prévision météorologique américain.

Giter : action de s’incliner sur un bord lorsqu’on parle d’un bateau.

Irma : L’ouragan Irma s’est développé du 29 août au 12 septembre 2017. Il est le dixième système tropical de la saison cyclonique 2017 dans l’océan Atlantique nord et le deuxième ouragan majeur, catégorie 5, sur l’échelle de Saffir-Simpson, après l’ouragan Harvey, catégorie 4, survenu une semaine auparavant. Il est un des ouragans les plus puissants enregistré dans l’Atlantique nord depuis Hugo en 1989 et par la vitesse de ses vents soutenus (295 km/h) depuis Allen en 1980. Il est aussi le premier ouragan à rester classé en catégorie 5 pendant une aussi longue période continue. Il a causé des dégâts catastrophiques dans les îles de Barbuda, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Anguilla et les Iles Vierges, a éprouvé sévèrement la côte nord de Cuba et a obligé la Floride à mettre en place une évacuation de plus de six millions d’habitants.

José : L’ouragan Jose est le onzième système tropical et le troisième ouragan majeur de la saison cyclonique 2017 dans l’océan Atlantique nord. Formé dans la traîné de l’ouragan Irma, à partir d’une onde tropicale sortie de la côte africaine, il s’est intensifié rapidement en arrivant près des Petites Antilles. Menaçant de se propager le long de la même trajectoire que son prédécesseur, Jose a soudainement viré vers le nord et a erré plusieurs jours entre les Bahamas et les Bermudes avant de remonter lentement vers le nord en faisant une courbe entre la côte est des États-Unis et les Bermudes.

Mangrove : écosystème de marais maritime.

NHC (National Hurricane Center) : service américain de suivi de la formation et de l’évolution des ouragans.

Pare-battage : sorte de bouée gonflée d’air servant à amortir et à protéger la coque face à d’éventuels chocs sur un quai ou un autre bateau (on parle également de « défense »).

Portique : structure en inox à l’arrière du voilier permettant de supporter des panneaux solaires par exemple.

Sainte-Lucie (Saint Lucia en anglais) : état insulaire des Antilles situé entre, au sud, les îles de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, au sud-est, la Barbade et au nord, la Martinique.

Sondeur : appareil servant à mesure la profondeur. de l’eau sous le bateau.

Taquet : pièce fixée au navire pour y amarrer les aussières (dites également amarres).

Trou à cyclone : baie particulièrement bien protégée dans laquelle se réfugient les bateaux en cas de menace de vents forts.

UTC (Universal Time Coordinated) : « Temps Universel Coordonné » en français. C’est l’heure de référence internationale.

 

Portrait 5 – Patrick LOCHNER : une belle démonstration de sang-froid

Avant de rencontrer Patrick « pour de vrai » dans une des îles des Caraïbes, j’avais déjà entendu parler de lui grâce à un forum bien connu du milieu des voileux : le site hisse-et-oh.

Un fil de discussion s’était ouvert sur l’arrivée imminente de l’ouragan Irma sur les îles françaises de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy. Et c’est en lisant les commentaires afférents que j’étais tombée sur un message que Patrick avait posté le samedi 02 septembre 2017 en fin de soirée : « Hello, j’ai finalement pu trouver un billet pour St Martin. Arrivée demain en fin d’après-midi préparation du bateau, avitaillement, et je descends plus au sud lundi au plus vite, à priori sur la Guadeloupe, à Baie Mahault. En cas de houle de Sud, Sud Est, ou Sud Ouest, ce sera parfait comme abri….enfin, j’espère ! Des copains sont en train de quitter la Martinique, pour filer sur Grenade… Ça ne sent pas très bon, tout ça… ». Bref, ce gars était en France alors que son voilier était à Saint-Martin et il venait de décider de faire tout son possible pour le sauver ! En réponse à son message, chacun émettait son avis. Certains le trouvaient imprudent, estimant que son planning était trop serré, qu’il risquait d’avoir de trop mauvaises conditions en mer et qu’il n’aurait pas le temps d’atteindre son but sans se mettre en danger. D’autres, au contraire, saluaient sa détermination.

Avant de prendre son avion à Paris, Patrick a pris le temps de rassurer un peu les dubitatifs du forum : « Hello, ça devrait être du portant, je compte être parti vers 11h, arrivé 28h après à Baie Mahault… Ça me laisse le temps de m’installer. Peu de vent(!), faudra sûrement aider aux moteurs pour être un peu au dessus des 5 nœuds de moyenne. Je risque d’avoir un début de houle, jusqu’à 2m, dans le sens du vent, à priori, et sur les derniers miles. Pas moyen de partir aujourd’hui, de toute façon… Rafales à + de 100 nœuds annoncées sur Marigot…y a pas à tortiller!!! ». S’en est ensuivi toute une série de commentaires sur IRMA, la route qu’elle prenait, sur les risques à laisser son bateau à la bouée ou au ponton même dans des lieux éloignés du centre de l’ouragan en raison de la forte houle attendue etc…

Et puis… plus rien… plus de nouvelles de Patrick… Nous ne savions pas s’il avait bien pris son avion, s’il était parti en bateau comme prévu… Si les conditions en mer étaient « affrontables ». Tout ce qu’on lisait sur le forum, c’était à quel point IRMA se renforçait rapidement, devenant peu à peu le monstre que l’on sait.

Dimanche 03 septembre, il était censé prendre l’avion. Lundi 04 septembre, il était censé finir de préparer son bateau en toute hâte et partir. Pour qui connaît le monde des bateaux, après une période d’inactivité, il est nécessaire de passer quelques heures à préparer le voilier avant de partir : mise en place des voiles, écoutes, drisses etc s’il a été désarmé, contrôle des niveaux et du moteur, nettoyage de la coque (les algues ralentissent considérablement la vitesse de croisière habituelle), brossage de l’arbre et de l’hélice, et bien sûr avitaillement en eau et nourriture pour le skipper et l’équipage. Bref, le timing était serré ! De plus, il comptait 28 heures de navigation et en partant à 11 heures du matin, cela le faisait arriver, selon ses prévisions, vers 15 heures en Guadeloupe le mardi 05 septembre, le passage du cyclone sur St Martin étant attendu le mercredi matin…

Ainsi, mardi soir, alors qu’IRMA était devenu l’un des pires ouragans que le bassin Atlantique ait connu, avec une pression à 927 hPa et des vents de l’ordre de 300 km/h relevés dans le nord immédiat du système, que la Martinique et la Guadeloupe étaient passées en vigilance rouge, un intervenant du forum écrivait : « Il ne nous resterait qu’à trouver la position de Patrick… A lui seul, il cristallise toute l’énergie des voileux à préserver leur bien le plus cher et parfois leur habitat. Toute mon énergie positive pour vous messieurs et mesdames et vos bateaux ». Message suivi par celui d’une autre personne : « Suis inquiet de son timing si vitesse prévue 5 nœuds ».

Bref, en plus, de l’effarement dont nous faisions preuve en voyant IRMA se renforcer tout en se rapprochant des îles qu’elle s’apprêtait à impacter, nous étions tous dans l’attente des nouvelles de Patrick que nous ne connaissions pas mais dont nous nous sentions curieusement si proches…. Car tous, si IRMA avait touché la zone où nous étions avec nos bateaux, nous aurions eu à prendre la lourde décision qu’il avait prise : tenter de partir le plus loin possible avec notre voilier pour se mettre à l’abri malgré les risques que cela encourt, ou accepter notre sort et juste sécuriser au mieux le bateau en le laissant là où il était…

Et ce n’est que le lendemain, le mercredi 06 septembre, le jour même où l’île de Saint Martin a été détruite à 95% qu’un membre du forum et ami de Patrick nous signale sur le forum que tout va bien, qu’il a réussit à rejoindre la Guadeloupe et qu’il est à l’abri !

Maintenant que vous connaissez ma version de l’histoire (derrière mon écran d’ordinateur), voici celle de Patrick que j’ai rencontré « pour de vrai » (le monde des voileux est petit) et qui a bien voulu nous faire partager son expérience…

« J’ai dû m’absenter un mois et demi des Caraïbes. J’avais prévu initialement de laisser mon catamaran, « Capsun », au ponton dans une marina bien abritée en Martinique mais impossible de trouver une place disponible pour cette période en pleine saison cyclonique. Je m’étais donc résolu à laisser mon voilier à Saint Martin, sur un corps mort dans le lagon côté marina Port Royal.

Une fois rentré en métropole, je suivais bien sûr très attentivement l’évolution des conditions météorologiques dans le coin grâce notamment à la page Facebook d’Olivier Tisserant qui y analyse comme personne les phénomènes inquiétants et qui y transmet les informations de manière claire et concise sans jamais se montrer alarmiste. C’est d’ailleurs grâce à un échange avec lui que j’ai pris la décision le samedi 02 septembre de récupérer mon bateau à tout prix et de le mettre à l’abri plus au sud.

Il est 16 heures quand je prends la décision. Branle-bas le combat ! Je réserve mon vol Paris-Grand Case (Saint Martin) en passant par Fort de France (Martinique) et Pointe à Pitre (Guadeloupe) tout en vérifiant que mon timing tient la route.

Je préviens rapidement famille et amis de mon départ et me présente à Orly le lendemain matin, dimanche 03 septembre, à 6h30. Impossible de dormir durant le trajet, je ressasse mon plan dans ma tête : trouver un taxi en arrivant, faire quelques courses, trouver un moyen de rejoindre mon bord, remettre le bateau en ordre (re-brancher les batteries, remettre en route les moteurs, préparer les voiles, ré-installer l’annexe sur les bossoirs etc…).

Sur place, tout se passe rapidement et conformément à mon plan. Aucune mauvaise surprise : les batteries n’étaient pas à plat, les deux moteurs ont démarré du premier coup…

Il est 23 heures, heure locale, quand je vais me coucher (5 heures du matin pour moi avec le décalage horaire !). Je m’autorise 6 petites heures de sommeil seulement car il me reste pas mal de choses à faire pour être fin prêt à 9 heures, heure d’ouverture du pont, notamment le nettoyage des coques, Capsun étant dans le lagon depuis 10 semaines déjà ! Au petit matin, je passe une heure dans l’eau à nettoyer mes coques et mes embases, les ailerons passent leur tour, je n’ai pas assez de temps.

A 8h50, Capsun piaffe d’impatience devant le pont… Moment irréel lors de ma sortie : je vois avec stupeur 6 bateaux entrer, tous avec des voiles à poste et avec au moins 2 personnes à bord, donc navigants ! Nos regards s’échangent. J’esquisse un timide signe de la main et les regarde effaré entrer dans l’enclave que je viens de quitter ! L’expérience irréelle se poursuit au mouillage où je vois encore 3 bateaux sur leur ancre. Il fait un temps magnifique et sur l’un d’entre eux, un suédois lit tranquillement son journal et me jette à peine un coup d’œil…

De mon côté, je suis à fond dans mon « truc ». Je ne veux parler à personne. Je n’ai pas le temps et pas l’énergie nécessaire à consacrer à d’éventuelles explications sur ma décision. Des vagues de plus de 3 mètres sont annoncées dès 11 heures. Mon timing est serré. J’ai 140 miles nautiques à parcourir, avec une vitesse moyenne de 6 noeuds, il faut que je parte au plus tard à 12 heures. Ma hantise, c’est une panne moteur imprévue qui m’immobiliserait ici…

J’ancre un instant Capsun non loin du ponton et j’y accoste avec mon annexe. Direction le supermarché du coin pour y faire un approvisionnement rapide mais conséquent vu que je ne sais pas à quoi m’attendre une fois rendu en Guadeloupe. L’ambiance dans le magasin est très particulière, elle aussi… Beaucoup de monde mais, au contraire de moi, ils semblent tous souriants et décontractés. J’ai vraiment l’impression d’être le seul à stresser. A la caisse, une jeune femme se fait réprimander par son compagnon pour avoir choisi trois bougies, du coup elle en repose deux ?!? Après avoir payé, je file au pas de course vers mon annexe avec mon caddie plein de courses.

De retour à bord, je mets les moteurs en route, relève l’ancre, hisse la grand-voile et me lance en direction de la Guadeloupe, Baie Mahault pour être précis. Il est 10h30. J’ai même un peu d’avance sur mon plan initial, tout s’annonce bien. Je suis le seul bateau à longer la côte Est de St Martin. Après avoir passé St Barth, je ne capte plus de signaux AIS. Me voilà seul au monde !

Pour le moment, la mer est calme, le vent apparent est de 10 à 15 nœuds et pour maintenir ma vitesse cible de 6 nœuds, je m’aide des moteurs qui aide le vent à déplacer les 8 tonnes de Capsun au bon plein.

Le soir venu, le vent monte et le catamaran file maintenant à plus de 7 nœuds sous voiles seules. Étant tout seul en mer, a priori, j’en profite pour dormir quelques heures et tenter de récupérer du décalage horaire dont je souffre encore.

Au petit matin, la mer se creuse et prend un aspect métallique. Une grosse houle d’Est s’installe. Très longue heureusement. Il me reste encore 25 miles à avaler. Avec la fatigue et le stress, je sens le mal de mer qui s’installe. J’avale un Stugeron en espérant que cela le fasse disparaitre.

Au large de la Guadeloupe, je réussis à capter un bulletin météo par VHF. Elle est en alerte violette ! Ils annoncent jusqu’à 60 nœuds d’Ouest sur le nord de l’île…

J’atteins finalement l’entrée de la passe Colas à 9h30 précises. Ouf, je l’ai fait !!! Je roule le génois et affale la grand-voile avant de m’engager dans la passe. Un vilain clapot de Nord est en train de se former. Je prends un corps-mort au mouillage pour souffler un peu car ma journée n’est pas finie, loin de là !

Je prends un solide petit déjeuner tout en observant le manège de deux grues à terre qui s’affairent à sortir les dernières embarcations de la marina locale. Je n’ai aucun moyen de communication hormis la VHF car j’ai eu la bonne idée de changer d’opérateur juste avant de partir et je n’ai pas encore eu le temps d’activer ma carte SIM. Du coup, je n’ai aucun moyen de savoir heure par heure ce que donne IRMA.

Maintenant, il faut que je sécurise Capsun dans la mangrove. Me voilà ainsi parti en reconnaissance à bord de mon dinghy avec un vieux tee-shirt rouge à bord qui va me servir à marquer l’endroit que je vais choisir. La baie est immense et je n’ai pas le temps de tâtonner. Après une bonne heure de repérage, je trouve un renfoncement parfait pour abriter Capsun avec un gros arbre pour m’amarrer. Je noue le tee-shirt à une branche et m’empresse de revenir au bateau. Tout en naviguant avec Capsun vers l’endroit, je me répète la manœuvre dans la tête. C’est la toute première fois que je vais faire ça, du coup je suis un peu inquiet. Heureusement, cet endroit est à l’abri du vilain clapot de Nord qui s’est formé dans la baie. Ici, l’eau est à peine ridée.

J’ai préparé mon ancre de secours reliée à 30 mètres de câblot plombé qui vont servir pour la première fois. Mes amarres et aussières sont sur le pont prêtes à l’emploi. Les instruments, pilote et sondeur, sont allumés ainsi que mon ordinateur et la carte Open CPN détaillant l’endroit est ouverte. Moteurs en route, je compte m’engager doucement jusqu’à m’échouer dans la vase en jetant l’ancre en avance à l’arrière puis aller amarrer Capsun au gros arbre en annexe.

Sur le papier, ça parait simple. En réalité, c’est plus compliqué que cela. Je me loupe sur l’ancre à l’arrière que je lance bien trop tard. Du coup, je suis obligée de la remonter et d’aller la jeter plus loin à l’aide de mon annexe. Quant aux aussières que je dois utiliser pour rallonger ma remorque de 30 mètres – qui se révèle bien trop courte – je les balance à l’eau sans penser à y attacher avant deux pare-battages. Du coup, je perds pas mal de temps à les récupérer au fond de l’eau. Mais bon, malgré tout, Capsun finit par être solidement amarré. Il ne bouge plus !

Je remonte sur le bateau et finis de le préparer : rentrer la passerelle, sécuriser l’annexe sur les bossoirs, saucissonner la grand-voile ainsi que le génois, brider l’éolienne etc.

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Le soir même, je me prépare une bonne assiette de pâtes et prend une bonne douche en attendant de subir l’attaque d’Irma. La fatigue aidant, je m’endors pour me réveiller à 6 heures le lendemain matin : Irma a évité la Guadeloupe ! Il n’y aura finalement qu’une grosse houle d’Ouest qui viendra frapper la côte sous le vent, notamment à Deshayes.

Je n’ai plus qu’à attendre la marée montante pour me déséchouer et retourner au mouillage en face des pontons de la petite marina. De là, je rejoins la terre ferme pour me connecter et rassurer mes proches. C’est à ce moment-là que j’apprends qu’Irma est passée sur St Martin et St Barth de manière très violente en causant d’énormes dégâts…

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Je me sens soulagé, et fier aussi, d’avoir sauvé mon bateau. Je lui devais bien ça, vu le nombre de fois où il a récupéré mes erreurs de débutant ! ».

Et vous, à la place de Patrick, vous auriez fait quoi ? Vous auriez osé ?