Art. 17 – Mon journal de bord durant ma Transpacifique en solo (partie 2)


Pendant les 38 jours de ma traversée, l’un de mes petits plaisirs quotidiens, c’était la rédaction d’un petit journal de bord que j’envoyais quotidiennement à mon p’tit frère qui le postait sur ma page Facebook afin d’en faire profiter tous ceux qui suivaient mon périple. Comme c’est très long, j’en ai fait 2 articles. Ci-dessous, vous trouverez les jours 19 à 38 (l’arrivée). Les jours 1 à 18 sont résumés dans l’Art. 16 – Mon journal de bord durant ma Transpacifique en solo (partie 1)

Jour ‪17 – 09/08/2019‬ – 19h00 UTC

Position 02°43.399 S – 100°45.969 W
Jour 17

Distance totale depuis le départ = 1.793 NM dont 146 NM sur les dernières 24h, soit 6.08 noeuds en moyenne.
Encore 2.350 milles nautiques avant les Marquises ! 40% d’effectués, 60% à parcourir encore…

Hier après-midi, après mon point journalier, j’ai eu le droit ‪à 1h‬ de bon vent, environ 15 noeuds, avant que ça ne se recasse la figure… malgré tout, la vitesse est restée bonne grâce au courant favorable. Ah ce courant… ce ne serait pas la même sans sa présence. Normalement entre 8 et 10 noeuds de vent, je suis très loin des 5 noeuds de vitesse…
Le vent n’est remonté que le lendemain dans la matinée. Toujours irrégulier… généralement 8-10 noeuds et puis ça monte jusqu’à 17-18 et ça redescend subitement. Pas facile les réglages de voiles dans ces conditions…

Toute la journée d’hier, j’ai attendu patiemment que mes batteries se rechargent à 100%. Mais rien n’y a fait… sur 35 Ampères heure qu’il me manquait, j’en ai récupéré seulement 10 environ… ok, le temps était grisâtre une bonne partie de la journée, mais quand même, ça me paraissait surprenant. ‪Vers 16h‬ heures locales, le soleil brillait enfin et j’ai décidé d’orienter un peu les panneaux vers lui et là ô horreur, ô damnation : je réalise qu’il y a un connard d’oiseau qui a chié tout ce qu’il pouvait sur l’intégralité des panneaux !!! Y en avait sur toute la surface !!!
Alors va te mettre sur la pointe des pieds sur le tableau arrière de ton bateau arrière qui gite, lui, pendant ce temps là, une main agrippée au portique, l’autre en train d’essayer de nettoyer le massacre avec un chiffon en microfibre…. en plus c’est que ça pue à mort le guano !!! M’en suit foutu partout… Obligée d’improviser pour nettoyer l’arrière des panneaux solaires beaucoup trop loin pour que je puisse passer la main. Je m’impressionne d’ailleurs de plus en plus quand je vois ma capacité à trouver des solutions de plus en plus rapidement : elle est loin la petite comptable qui ne savait rien faire de ses 10 doigts. J’ai attrapé la gaffe, attaché le chiffon mouillé dessus et m’en suis servie pour nettoyer la partie inatteignable autrement.
Après, va balancer un seau d’eau par dessus sans perdre l’équilibre : ben non, j’ai pas perdu l’équilibre, j’ai juste pas été assez rapide pour me mettre à l’abri des projections. Résultat : mes panneaux sont redevenus propres mais moi j’ai pué le poisson… L’occasion d’une nouvelle douche à l’eau propre cette fois-ci…
En tout cas maintenant : je les chasse moi les fous qui tentent de profiter de mes panneaux solaires !!! Ou je leur enfile un bouchon bien profond là où je pense, non mais !!!

Hier soir par contre, au coucher du soleil, magnifique moment avec un bon groupe de dauphins qui ont entouré le bateau. C’était pas des fans de gym genre « Je t’envoie des grosses pirouettes en l’air », plutôt des fans de glisse. On voyait juste leur dos rond apparaître dans la houle avec le bruit caractéristique de leur respiration, genre un tube qui se débouche « schloupppp » (voyez ce talent d’imitation des sons haha !). Bref un moment magique comme je les aime !!!

Au courant de la nuit, j’ai récupéré un énorme poisson volant sur le pont. Le plus balèze que j’ai vu sur mon bateau jusqu’à présent. Il aurait été parfait au BBQ je pense mais je l’ai remis à l’eau… ‪à 3h du matin‬, j’avais pas envie d’écailler du poiscaille…

Et sinon, petite frayeur ce matin avec mon iridium Go qui ne fonctionnait plus… ça signifiait rupture de contacts avec le continent hormis les 50 sms que je peux envoyer et/ou recevoir via mon In reach Garmin… c’était marqué « insérer carte SIM ». Ok, pas de panique : démonter la batterie, retirer et remettre la carte SIM qui pourtant fonctionnait très bien jusqu’à présent et rallumer le bordel… même message d’erreur…. ok je recommence. Rien d’anormal de visible sur la carte SIM. Alors, je me dis que ça ne doit pas faire assez « contact » donc, au dessus de la carte SIM et sous la batterie, j’ai glissé un petit morceau de papier plié en 4 comme j’ai déjà vu un pote le faire sur mon ancien téléphone satellite et ô miracle, ça a remarché ! Je me sens dans le peau de Mac Gyver… et ultra rassurée quand même de pouvoir recevoir ET donner des nouvelles. Seule petite inquiétude : l’appareil a buggé et il a fallu que je l’éteigne et le rallume pour qu’il
accepte de fonctionner normalement. Je croise les doigts pour, qu’à compter de maintenant, je n’ai plus de soucis…

PS : Au fait, j’ai oublié de préciser que je suis dans la zone UTC-7 depuis hier déjà. Du coup, j’ai repoussé à nouveau d’une heure tous les appareils de bord mentionnent l’heure locale. Wouhou ! Activité super passionnante : je suis sûre de faire des jaloux hein ! …

Jour ‪18 – 10/08/2019‬ – 19h00 UTC

Position 03°16.5490 S – 102°18.3140 W

Jour 18.jpg

Distance totale depuis le départ = 1.893 NM dont 100 NM sur les dernières 24h, soit 4.18 noeuds en moyenne, ce qui est presque miraculeux compte tenu des conditions rencontrées sur cette période…

Grosse pétole hier après-midi et une bonne partie de la nuit avec 5 à 7 noeuds de vent. Du coup, j’ai sorti mon nouveau code D, un sorte de spi asymétrique, équipé d’un emmagasineur pour qu’il soit plus facile à gérer solo. Ça m’a permis de garder une vitesse raisonnable on va dire, mais pas formidable.
A la tombée de la nuit, j’ai préféré l’affaler et le ranger pour privilégier le génois tangonné bien plus facile à gérer en cas de coup de vent pour moi…
Déjà, je suis assez lente pour installer le tangon : y a toujours un « bout » (corde) qui ne passe pas là où il devrait au premier essai, entre la balancine, le hale-bas et l’écoute que je rajoute sur le génois et qui est reliée au winch par une poulie à l’arrière du bateau pour pouvoir border le génois sans que l’écoute n’appuie sur la filière… bref, c’est tout un bordel !
Et aucune envie en pleine nuit d’avoir à jouer l’acrobate à l’avant pour ranger le code D enroulé : contrairement au génois sur enrouleur, lui ne peut pas rester à poste, il y a trop de chances qu’il se déploie seul partiellement… donc je le range après chaque utilisation…

J’ai bien fait car ‪à minuit‬, je me suis pris un petit grain rapide. Bon coup de vent et sous la pluie SVP pour bien se réveiller.

Après, plus de vent… j’en ai profité pour dormir avec AIS et Mer-veille en veille. A mon réveil, j’ai trouvé une hécatombe de poissons volants sur tout le pont : 14 au total dont un qui a manqué de justesse l’entrée du carré. A 10 centimètres près, je le retrouvais sur ma table à carte… Du coup, ça a été nettoyage du pont ‪après le petit déjeuner‬ pour faire disparaître les écailles qu’ils avaient laissé un peu partout. Ce faisant, j’ai trouvé la source de la mauvaise odeur à l’arrière du bateau… je ne comprenais pas… j’en arrivais à me dire que décidément, l’odeur de fiente de fou était tenace. Ben non, en fait, c’était un bon gros calamar qui s’était fichu entre ma bouée fer à cheval et mon portique arrière sur lequel elle est accrochée. Fallait le trouver celui-là !

Comme tous les matins, j’ai fait le point avec Kevin sur nos positions respectives. Il est à 140 milles au nord de ma position. Lui, cette nuit, c’était l’attaque des calamars ! Il en a compté 20 ce matin mais pas un seul poisson volant.

Il semble qu’on ait à peu près les mêmes conditions de vent malgré la distance qui nous sépare : calme hier et cette nuit, un peu plus fort depuis ce matin.

J’espère que je vais récupérer une bonne vitesse ces prochains jours. J’avoue que le temps commence à se faire long… Encore 2.235 milles me séparent d’Hiva Oa…

Jour 19 – 11/08/2019 – 19h00 UTC

Position 04°13.6700 S – 104°12.4610 W
Jour 19.jpg

Distance totale depuis le départ = 2.022 NM dont 130 NM sur les dernières 24h, soit 5.41 noeuds en moyenne.
J’avance bien depuis hier après-midi et c’est tant mieux !

Rien à dire sur la nav d’hier après midi. Temps gris comme d’habitude. Mer ok. Vent ok.

Cette nuit par contre ça a été la java avec des rafales ou plutôt des grains pendant lesquels j’avais facilement 10 noeuds de plus. Alors forcément : branle-le-bas le combat avec frontale sur le front pour réduire la GV et le génois en attendant que ça se calme où là tu remets un peu de toile parce que t’as pas envie d’arriver à Noël en Polynésie… forcément à chaque grain, le vent changeait de direction donc toi, tu fais mumuse jusqu’à 2h du matin avec Hercule ton régulateur d’allure. Et là, tu rêverais qu’Hercule soit doté d’une intelligence artificielle qui lui ferait corriger son cap tout seul… parce qu’à 2h du matin, quand t’as pas encore réussi à fermer l’oeil de la nuit, t’entends qu’une chose : c’est l’appel de ton oreiller, tu ne vois qu’une chose : ta couchette qui, bien que non moelleuse, t’apparait comme le meilleur endroit sur terre ou plutôt sur mer…

Depuis ce matin, les conditions sont fantastiques : ciel bleu, grand beau temps, houle discrète, ce qu’il faut de vent et le bateau file à 5 noeuds au moins.

Bref, je devrais me réjouir mais j’ai un peu de mal. J’ai envie de m’étirer, de marcher, de faire du sport, de bouger quoi… et les options sont très limitées sur mon bateau…Je dois prendre mon mal en patience.

Je viens d’achever mes premiers 2.000 milles en solo, m’en restent 2.113 NM à faire. Chaque jour, je fais la même petite division : nombre de milles restant à faire divisé par ma vitesse moyenne espérée soit 5 nœuds divisé par 24 heures pour avoir le nombre de jours en mer restant. A l’instant présent ça donne : 2.113 / 5 / 24 = 17.6 jours arrondis à 18. Presqu’autant que le nombre de jours déjà réalisés.

J’ai donc fait 50% du trajet. C’est déjà bien. Me reste une grosse ligne droite ou presque à faire. Car en bateau, on le sait, c’est jamais une autoroute. Plutôt les routes de campagne. On dévie de la route. théorique pour éviter une zone de courants contraires ou de mauvaises conditions météos. Espérons que mes petits détours soient les plus petits possibles et qu’ils se révèlent être les bons choix stratégiques.

Kevin lui a choisi une option plus directe. Mais a priori dans les prochains jours, il devrait avoir des conditions de vent et de courant moins favorables que les miennes. Actuellement il est à 157 NM au nord de ma position. Depuis 2 jours, je fais de meilleures distances journalières que lui mais ma route est moins directe. On verra bien quelle option paiera le mieux sur les prochains jours.

Jour 20 – 12/08/2019 – 19h00 UTC

Position 04°46.878 S – 106°11.350 W
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Distance totale depuis le départ = 2.190 NM dont 167 NM sur les dernières 24h, soit 6.96 noeuds en moyenne. Mon record de tous les temps ! Incroyable !

Hier après-midi, puis toute la nuit, j’ai dépassé régulièrement les 7 noeuds.
Mer belle, de beaux surfs, beau temps, nuit aussi claire que le jour où presque grâce à la lune bien dégagée. J’aime quand je navigue vite et bien !

Pas d’attaque de poissons volants cette nuit. Juste un kamikaze qui a raté de peu l’entrée du carré.

Sinon rien de spécial à dire. Je profite du beau temps pour déguster mes petites conserves faites maison. Un délice. Ça y est ! J’ai fait un sort au boeuf bourguignon. Il ne manquait que le petit verre de vin qui va bien…. et je regrette de ne pas en avoir préparé davantage. Les autres bocaux sont bons mais le boeuf bourguignon… un délice !!! C’était pour fêter mes premiers 2.000 milles solo.

Désormais, il ne me reste plus « que » 1.990 NM à faire, donc moins de la moitié !!! Youpi !!!

Kevin est grosso modo à la même distance que moi de l’arrivée bien que 155 NM au nord de ma position, ayant choisi une route plus directe.

Jour 21 – 13/08/2019 – 19h00 UTC

Position 05° 21.050 S – 108°04.171 W
Jour 21

Distance totale depuis le départ = 2.321 NM dont 131 NM sur les dernières 24h, soit 5.45 nœuds en moyenne.

Suis désormais sur une longue autoroute. Une belle ligne droite jusqu’à Hiva Oa. Encore 1.872 milles nautiques à parcourir. A moi d’exploiter les conditions de vent et de houle pour tenter d’aller le plus droit et le plus rapidement possible.

A 5 noeuds de moyenne environ, ma date d’arrivée (ETA) serait dans 15 ou 16 jours.

Depuis quelques jours, les conditions se ressemblent. Mer belle, ciel dégagé et vent à peu près constant en journée. La nuit, début de soirée clair et ça se couvre en milieu et fin de nuit et ça se dégage en milieu de matinée.

Il fait toujours un chouilla frais vu que le contenu de ma bouteille d’huile de coco s’est figé depuis un peu bout de temps et que je commence juste à voir que ça devient de plus en plus tendre. C’est bon signe ! J’approche de la chaleur !

Après quelques épisodes de Buck Rogers qui, finalement, n’est sympa qu’à petite dose, je me suis fait une orgie de la série Chuck que je ne connaissais pas et sur laquelle j’ai bien accroché. Dommage que sur la saison finale, il me manque les 8 derniers épisodes sauf le final. Ça gâche un peu le truc haha ! Et maintenant je m’attaque à la fameuse série Game of Thrones que tout la planète ou presque semble connaître…

Bref la vie s’écoule doucement sur Nautigirl.
Tous les matins, je fais mon petit tour de pont façon chasse aux oeufs de Pâques sauf que là je cherche des poissons volants et des calamars histoire de ne pas les laisser se décomposer au soleil. Ça pue vite sinon. Ce matin, j’en ai trouvé 1 de bonne taille et plusieurs mini-minis. Comme quoi, même petit, ça vole haut et loin.

Kevin est toujours 156 NM au nord de ma position. Il bénéficie de moins de vent que moi donc là il avance à une vitesse de 3 à 4 noeuds. Désormais ma route idéale est au 265° quand la sienne serait plus du 250° je pense.

Jour 22 – 14/08/2019 – 19h00 UTC

Position 05° 33.293 S – 109°44.612 W

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Distance totale depuis le départ = 2.445 NM dont 124.5 NM sur les dernières 24h, soit 5.2 nœuds en moyenne.

Il me reste 1.771 NM à parcourir. 15 jours environ. J’ai de plus en plus hâte. Les jours se succèdent et se ressemblent.

Déjà la saison 3 de GOT… et je n’ai que quelques épisodes de la 4… damned ! Quelle sera la prochaine série que je choisirai de découvrir… voici la question brûlante du jour…

Entre 2 épisodes, j’essaie d’avancer sur ma vidéo de la Transpacifique, histoire de rajouter des images à mon carnet de bord mais je dois faire avec la conso électrique du bord… Je ne peux recharger mon ordi qu’en pleine journée quand le soleil tape fort sur les panneaux. Autrement, je consomme trop d’énergie et avec mon frigo et le pilote qui a remplacé le régulateur d’allure pour avoir une route plus « rectiligne », j’ai du mal à reconstituer les 100% de batteries… L’après midi, le soleil étant droit devant moi ou presque, mes voiles font de l’ombre sur mes panneaux solaires qui, du coup, ne sont pas efficaces… bref, par 2 fois déjà, j’ai dû allumer le moteur, au point mort accéléré, pour recharger les batteries… et je déteste le bruit du moteur.

A part mon impatience croissante d’arriver, tout va bien à bord ! Journées magnifiques tous comme les nuits. J’adore quand la lune nous honore de sa présence !

Jour 23 – 15/08/2019 – 19h00 UTC

Position 05° 50.1770 S – 111°38.1970 W
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Distance totale depuis le départ = 2.590 NM dont 145 NM sur les dernières 24h, soit 6.04 noeuds en moyenne, ce qui est excellent compte tenu des conditions très légères que j’ai eu hier après-midi.

Le vent s’est levé en soirée. Je crois que j’ai passé mon temps jusqu’à 3h du matin à ajuster mon régulateur d’allure pour garder une trajectoire aussi rectiligne que possible malgré le vent inconstant en direction. J’ai fini par abdiquer et repasser sous pilote en fin de nuit, le vent s’étant stabilisé en terme de force et mon pilote ne bippant plus à tout va à cause de l’effort trop important.

J’ai eu une pleine lune comme celle qu’on imagine dans les contes avec des loups-garous : belle, toute ronde, apparaissant dans une trouée de nuages, le reste du ciel étant parsemés de milliers de gros moutons blancs (métaphore pour les nuages bien évidemment). On y voyait comme un plein jour. C’était magnifique. J’adore les nuits de lune pleine ou presque !

Sinon, ben, je m’ennuie… J’en suis au point où je rêverai entendre Mac parler… mais non… rien à faire. J’dois toujours être saine d’esprit parce que rien ne s’est encore mis à parler….

Alors je mange… plutôt bien. C’est ma mère qui doit halluciner de savoir que sa fille s’intéresse suffisamment à la cuisine pour s’être faite de délicieuses petites conserves qu’elle déguste au fur et à mesure…

Et bien que tout le monde m’avait dit que je perdrais du poids en traversée, je n’en suis pas si sûre… En même temps, je me dis que j’allège de plus en plus le bateau et que du coup, je dois gagner en vitesse, donc c’est pour la bonne cause !
Faudrait faire le calcul :
+ X kilos gagnés depuis janvier parce que j’ai arrêté de fumer en prévision de la grande traversée…
– Y kilos perdus car pas d’alcool en traversée sauf le verre de rhum pour la traversée de l’Equateur
+ Z kilos gagnés parce que je kiffe mes conserves…
Si X+Z < Y tout va bien… mais je crains que X soit > Y… A mon retour sur terre, ça va être retour au sport…

Sinon côté séries, c’est bien mais c’est mieux quand tu as tous les épisodes et pas seulement certains… Concernant GOT : j’ai vu les 3 premières saisons et 4 épisodes de la 4ème… Je ne comprends pas vraiment l’engouement. Ça se regarde bien mais c’est super glauque, je trouve. Trahisons, coups bas et violence… Ça fait rêver franchement ?
Je parle même pas des galions qu’on y voit en train de naviguer à la vitesse de la lumière avec des voiles fasseyantes et toujours dans la bonne direction sans jamais tirer de bord… Croyez-moi, on ne voit ça que dans les films !
Bref, j’ai pas la fin et c’est pas grave. De toute manière, je sais que Daeneyris poignarde Jon Snow qui doit être son amant mais en fait qui a un lien de parenté avec elle ou un truc comme ça…
Moi, à mon époque, on avait Dallas ou Santa Barbara. Ça devrait coûter vachement moins cher à produire et c’était tout autant tordu…

Kevin, quant à lui, est au N-NE de ma position à 138 NM. Il vient de se casser une dent… en mangeant des cheetos… Si, si… vous savez : le genre de gros chips qui rendent vos doigts orange fluos… Le genre de choses qui, d’après moi, semble plus risqué question taux de cholestérol que dentition…
Remarque, je m’en suis déjà pété une avec une barre de kit-kat qui ne sortait même pas du frigo, alors j’ai pas de leçon à lui donner !
Il est en train de penser à se faire un genre de pansement à l’époxy si ça commence à lui faire mal. Je lui ai dis que si c’était le cas, j’avais un pansement spécifique dans ma trousse à pharmacie que je pourrais lui passer par dessus bord si on se rapprochait assez l’un de l’autre. Bref, il a hâte d’atteindre Hiva Oa pour aller voir un dentiste avant que cela ne lui fasse mal… Il ira ensuite à Nuku Hiva chercher son démarreur.

Restent 1.655 milles nautiques à parcourir. A 5 noeuds de moyenne, ça représente 14 jours encore.

Jour 24 – 16/08/2019 – 19h00 UTC

Position 06°07.188 S – 113°26.442 W
Jour 24.jpg

Catastrophe… Je viens de réaliser ce que je soupçonnais sans vouloir vraiment le vérifier.
Je m’explique : les distances et moyennes que j’affichais étaient données par mon logiciel de navigation Open Cpn sur mon ordinateur et ça déconne complètement !
Au début, j’utilisais mon iPad, comme d’habitude… source fiable… jusqu’à ce que son GPS interne me lâche… alors j’ai dû me rabattre sur un autre logiciel que je n’utilise jamais… bref… il s’avère que les distances et moyennes telles que calculées par Open Cpn sont largement surestimées… ça retient sur des petits segments des vitesses d’une centaine de noeuds… n’importe quoi… et aucun moyen d’influencer le calcul à mon niveau… La seule option que j’ai dans les « paramètres », c’est la précision de la trace : faible, moyenne ou grande. J’ai changé grande pour moyenne. Je verrais bien si, d’ici 24h, le calcul paraît plus cohérent.
Quant à moi, ça me faisait tellement plaisir de voir s’afficher des distances et des vitesses incroyables que je ne voulais rien remettre en cause en considérant que j’avais juste du bon courant… bon non… comme quoi, quand ça paraît trop beau, même si on en a pas envie, mieux vaut ouvrir grand les yeux et se poser les bonnes questions…

J’ai donc repris chaque distance journalière en utilisant la méthode standard : la distance en ligne droite séparant mon point de départ de mon point d’arrivée, toutes les 24h… et là… ouch… ça fait mal… dans l’ordre du jour 1 au jour 23, ça donne en milles nautiques : 88,4 + 62,2 + 60,2 + 9,4 + 58,2 + 69,1 + 76,4 + 87,5 + 105 + 89,2 + 92,3 + 112 + 125 + 123 + 109 + 125 + 121 + 99 + 127 + 124 + 118 + 101 + 115 = 2.196,9 NM et non pas 2.590,3 NM… soit 393,4 NM de moins… rien que ça… je vous parle même pas des vitesses moyennes…. 6 noeuds et quelques ? Dans mes rêves, oui ! Du coup, depuis ce matin, c’est la déprime totale… même si je sais qu’au fond, ça ne change rien… mais quand même, ça ne fait pas plaisir du tout… je me sens stupide d’y avoir cru et de m’être enthousiasmée pour rien…

Distance totale depuis le départ (en ligne droite) = 2.306 NM dont 109 NM sur les dernières 24h, soit 4.54 noeuds en moyenne.

J’ai carrément hâte d’arriver. Oui, je rêve d’un bon lit. Oui je rêve de marcher sur la terre ferme, d’interagir avec des gens de vive voix ou même au téléphone, de pouvoir faire d’autres activités que celles qui sont les miennes depuis 24 jours maintenant.

Je suis tout le contraire d’une contemplative, plutôt une hyperactive alors oui c’est dur pour moi dans la durée de rester cloîtrée sur un 28 pieds. C’est comme ça. Pas de honte à avoir, on est tous différents. Je lis un bouquin en 1 à 2 heures, j’en ai lu des dizaines déjà. J’ai regardé plusieurs séries ou films. J’ai fait des mots croisés. J’ai écrit un peu. J’ai commencé ma vidéo… mais le bateau bouge sans cesse. Je fais attention chaque fois que je sors mon ordi qu’il ne puisse pas se péter la figure, d’ailleurs je ne peux pas le sortir souvent car il faut une belle journée avec un fort et long ensoleillement pour pouvoir le charger sans puiser sur les batteries du bord…

Je crois que j’ai besoin de plus de variétés dans mes activités, c’est tout. Et le but de mon journal de bord, c’est d’être honnête sur ce que je vis et ressens. Alors oui passer plus d’un mois sur un tout petit bateau, c’est plus dur pour certains que pour d’autres, j’en fais partie et c’est comme ça. Mieux vaut être franche : moi, je trouve ça long. J’ai l’impression d’être un ours en train d’hiberner… Pour ceux qui ne l’ont jamais fait, c’est aussi important de le savoir avant de se lancer tête baissée dans une grande traversée.

Et savoir que Kevin, lui, avec son bateau a fait plusieurs fois « vraiment » 170 milles par jour, j’avoue que j’ai un peu les boules… il sera parti après moi et arrivera devant moi. Là, il est à 146 NM à mon Nord Ouest.
Et comme d’hab, je fais le bateau balai… le dernier de la bande… en même temps 40 pieds vs 28… y a pas concurrence, je le sais… mais quand même… j’ai hâte d’arriver : je le dis et le pense.

Suis désormais dans la zone UTC-8. J’ai encore retranché une heure à ma montre.

Restent 1.546 milles nautiques à parcourir soit 13 jours environ à 5 nœuds de moyenne.

Jour 25 – 17/08/2019 – 19h00 UTC

Position 06°24.449 S – 115°24.222 W
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Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 2.424 NM dont 118 NM sur les dernières 24h, soit 4.91 noeuds en moyenne. En réalité, j’ai fait plus de distance et une meilleure moyenne vu que le vent ne m’a pas autorisée à faire une ligne toute droite, style autoroute. C’était plutôt une route de campagne voir même une route de montagne cette nuit…

Hier matin, le moral n’était pas bien haut. Il est remonté un peu avec une bonne douche, une bonne lessive et un complet réaménagement de l’intérieur du bateau pour le rendre plus confortable : désormais, comme je ne suis plus au près, je me suis libéré un grand espace pour dormir. On va pas appeler ça un lit double mais vu l’espace intérieur, c’est ce qui s’en rapproche le plus. Avec un drap frais, ça requinque un peu le moral. Bien obligée de toute manière car mon drap habituel a fini recouvert de sauce tomate. Ben oui, il est bien trop près de mon coin cuisine et lors de l’ouverture d’une boîte de conserve bien trop remplie, à l’ouvre-boîtes svp, un gros coup de gite malheureux insuffisamment compensé par un mouvement adroit de ma part, a envoyé valdinguer une partie du contenu partout sauf dans la casserole. Et mon drap s’est révélé chanceux au tirage…

Ensuite, je me suis fait une petite séance cinéma avec le casque sur les oreilles et un bon film à regarder sur la tablette… Life… vous connaissez ? Un film d’horreur en fait… genre alien… un peu de terre de mars dans laquelle les astronautes découvrent une cellule qui finit par se multiplier et attaquer tout le monde…. beurkkkk…. Note pour plus tard : supprimer tous les films d’horreur que j’ai pu enregistrer sans le savoir sur mon disque dur. Très très mauvaise idée de regarder ce genre de truc quand t’es seule sur un mini-bateau dans lequel ça craque, ça s’entre-choque, ça couine, et tout ça au milieu de nulle part…

Bref super après-midi avant une nuit d’enfer…

Pas pu fermer l’oeil avant 4h du mat. Pendant la nuit, le vent est monté soudainement en changeant de direction. Génois tangonné, me suis retrouvé génois à contre, GV retenue par la retenue de bôme… j’ai enroulé le génois, tenté de virer uniquement avec la GV pour repartir sur le bon bord, impossible directement… obligée d’aller dé-tangonner frontale sur le front. Puis reprendre de la vitesse génois + GV et virer de bord enfin ! Le vent a continué à monter et à changer de direction. Me suis retrouvée à faire des pointes à 8 noeuds dans une grosse houle avec plus de 20 noeuds apparents vent arrière ou presque. Mes autopilotes n’ont pas tenu le coup : ni le ST2000, ni le SPX5 pourtant plus puissant. Trop de houle, trop d’embardées malgré 3 ris dans la GV et un génois largement réduit. Du coup, j’ai utilisé le régulateur d’allure qui, lui, fait faire des énormes lacets au bateau avec les vagues sans pour autant décrocher. J’ai passé la nuit à faire des réglages, rentrer tenter de me reposer un peu, ressortir quasi aussitôt à cause d’une bourrasque ou d’une vague plus forte qu’une autre. Bref, ça a été infernal jusqu’à 4h du mat. Et là soudain calme plat mais toujours avec la même houle. Résultat : t’as l’impression d’être dans un shaker. Et puis le vent a repris mais plus modéré et j’ai pu dormir un peu. Ça n’aura pas duré longtemps : maintenant c’est pétole et houle… Et ça me casse les #$%@ !

Surtout quand Kevin à 100 NM à mon NO a 16 bons noeuds de vent et navigue à 8 avec des pointes à 10… j’ai même plus envie de lui parler…

Aujourd’hui, j’ai atteint la durée la plus longue que j’ai déjà passée en mer, soit 25 jours : la durée de ma transatlantique sur un Sun Odyssey 479. C’était en novembre/ décembre 2016.
Je m’étais inscrite sur des sites de bourses aux équipiers et quelqu’un m’avait répondu. C’était Philippe, dans les 70 ans, propriétaire d’un nouveau bateau qu’il comptait ramener en Martinique. Avec lui Antoine, 28 ans, un autre équipier recruté par petite annonce.
Je les avais rejoint en avion aux Canaries et 2 jours après, on était partis.
A l’époque, je ne me rendais absolument pas compte de ce dans quoi je m’engagais. Partir comme ça avec 2 inconnus sur un bateau dont je ne connaissais pas avant d’arriver…
Ça aurait pu très mal se passer. En fait, ça a été génial. Bon trio avec 3 personnalités totalement différentes mais qui fonctionnaient bien ensemble. Bateau neuf mais fiable. Pas de gros souci. Philippe, le skipper et propriétaire, savait ce qu’il faisait.
Le seul truc, c’est qu’on s’est payé une bonne grosse pétole concomitante avec un problème de réception des gribs par iridium et qu’on est resté 7 jours coincés dedans, Philippe souhaitant économiser le carburant. D’où 25 jours au lieu de 17 à 20 jours pour un bateau de cette taille.
L’équipe était parfaite. Le bateau était grand, ultra confortable. Très bon souvenir (pour ceux qui ne l’ont pas vu, regardez la vidéo correspondante sur ma chaîne YouTube).
Mais j’étais ultra contente de poser mon pied à terre le 25e jour et de sabler le champagne avec le reste de l’équipage.

Et ben, vous l’aurez deviné : je pense déjà au moment où je vais ouvrir la bouteille de champ’ que je réserve pour mon arrivée aux Marquises !

Restent 1.427 milles nautiques avant Hiva Oa, soit encore 12 jours à 5 noeuds de moyenne… encore faut-il les atteindre les 5 noeuds… @#$% de pétole…

PS : Mon réglage sur les paramètres de ma trace sur Open Cpn n’a rien changé. J’ai encore des calculs bizarres qui surestime ma vitesse et la distance parcourue. Maintenant, je contrôle systématiquement. J’ai encore changé de « moyen » à faible » la précision de la trace pour voir mais je pense que ça ne va rien changer au problème… Tant pis… Au moins maintenant, je le sais. Quelqu’un a déjà eu le problème que je rencontre avec Open Cpn ?

Jour 26 – 18/08/2019 – 19h00 UTC

Position 06°37.310 S – 116°55.732 W
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Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 2.516 NM dont 92 NM sur les dernières 24h, soit 3.83 nœuds de moyenne seulement…Ok, suis sous régulateur du coup je fais des lacets fonction de l’évolution du vent mais j’ai du vent de merde depuis hier… des conditions ultra légères avec une houle de malade… heureusement elle est relativement longue. N’empêche que j’ai l’impression d’être dans un shaker.

J’ai mal au crâne depuis hier soir et ça ne disparaît pas. J’essaie de boire car je pense que ça vient d’un manque d’hydratation mais j’ai carrément du mal vu que j’ai l’estomac au bord des lèvres… En bref, suis légèrement malade. Peut-être un coup de froid pendant la nuit précédente ? J’ai le nez pris un peu alors…

Donc ce n’est pas la super forme. J’avoue ce matin, j’ai pété un petit plomb après le bateau, la houle, tout. Y a tout qui bouge, qui fait du bruit. Quand tu te reposes, tu te relèves plusieurs fois pour faire la « chasse aux bruits » : l’ustensile de cuisine qui tape derrière la cloison sur laquelle repose ton oreiller, la conserve qui tape sur une autre, le bocal en verre qui fait de la samba contre un autre. Tu passes ton temps à mettre des chiffons un peu partout pour faire amortisseur ou tu re-ranges et parfois quand tu en as trop marre, tu balances ta main au hasard dans le compartiment en espérant que – par hasard – ça mette fin au bruit… parfois ça marche…

Je vois du 2 noeuds… 3 noeuds… de vitesse. J’arrive plus à décoller à 4 ou 5… j’ai l’impression d’être scotchée…Enfin scotchée…. sauf dans les mini grains qui se multiplient depuis le milieu de la nuit. Le 1er ne m’a pas réveillée. Résultat, j’ai ouvert les yeux et j’ai réalisé que ma table à carte était trempée, mon téléphone aussi (mais heureusement il a résisté), le sol aussi, que mon ordi de nav posé plus loin était constellé de gouttes de pluie… Forcément, je suis vent arrière maintenant et la pluie rentre par « derrière ». Du coup, branlebas le combat pour sortir la porte que j’avais rangé et la mettre. Et j’ai bien fait car les mini grains se sont succédés. Ça dure 5 min. Ça fait changer le vent de direction. Du coup le regul suit et moi : ça me rallonge la route.

Pourquoi ne pas mettre le pilote alors ? Et bien simple : le pilote ST2000 se met en « off course » en 2 secondes sous les grains ou avec une grosse vague (off course = le bras attaché à la barre s’étend au max et ça le pilote n’aime pas du tout. C’est comme si il se faisait une luxation de l’épaule et il arrête de fonctionner). L’autre, le SPX5, plus solide, fonctionne avec un capteur d’angle qui lui évite ce problème. Sauf que… mon capteur d’angle est pété… ou en tout cas le ressort qui permet à son levier de se remettre en place après chaque mouvement de barre est pété. Faut que j’essaye de bricoler un truc. Mais pour bricoler, faut être en forme… alors ce sera plus tard.

Encore 1.334 NM. J’arrête de convertir en jours à 5 nœuds de moyenne car je ne les tiens plus en ce moment.

Histoire de finir sur une note plus fantaisiste : j’ai une tomate achetée il y a 27 jours qui est toujours rouge pétante et toujours ferme. C’est impressionnant et ça me paraît inquiétant aussi… une vraie bonne tomate pas bourrée de pesticides, ça ne résiste pas aussi longtemps non ? Bref, j’ai décidé de la garder comme sujet d’étude…

Et sinon : mon huile de coco est enfin liquide et transparente, signe qu’il fait bien meilleur qu’il y a encore quelques jours !

Jour 27 – 19/08/2019 – 19h00 UTC

Position 06°30.130 S – 118°24.346 W
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Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 2.604 NM dont 88 NM sur les dernières 24h, soit 3.66 nœuds de moyenne seulement…

Ça paraît peu mais en réalité, ma trace fait environ 100 NM en faisant un bel arc de cercle au fur et à mesure que le vent a évolué. J’ai en effet pris la décision de remonter un peu au nord de ma route actuelle pour tenter de chopper un peu de courant favorable. D’où mon changement de cap cette nuit. Je laisse faire le régul à une allure où le bateau va bien et sur laquelle je remonte lentement.

Je me sens physiquement mieux depuis hier après-midi. A 15h heures locales, j’ai enfin mangé quelque chose pour la première fois depuis 24h… Y avait rien qui passait à cause de ce sentiment de nausée dont je souffrais. Un doliprane a aidé à faire passer le mal de tête. Il est revenu un peu en cours de nuit. Suis toujours certaine que c’est parce que je ne bois pas assez. Alors j’essaie de m’obliger à boire même si mon cerveau croit que je suis un chameau et ne me transmets jamais de sensation de soif…

Hier, j’ai passé la journée dans ma caverne, i.e. dans mon carré, à tenter de dormir le plus possible sur mon « grand » lit, calée comme possible avec des coussins.
Juste voir ma vitesse au GPS suffisait à me faire déprimer : 2 à 3 nœuds. Le vent était léger entre 2 grains de 5 min… juste le temps de voir un surprenant 5 nœuds de vitesse avant que ça ne s’effondre encore… Grains qui sont tombés toute la journée et une partie de la nuit.

Déjà, pas le moral, une vitesse de merde, un temps gris et pluvieux avec de gros nuages menaçants… et là, t’as Kevin qui t’envoie sa position et tu réalises qu’il est bien 200 milles DEVANT toi, qu’il fait régulièrement 140 à 150 NM et qu’il a 1 à 2 nœuds de courant…. ça a fini de me tuer le moral…

Difficile de prendre de bonnes décisions quand tout ton être crie qu’il en a assez et qu’il veut juste être arrivé… Difficile de calculer qu’à 5 nœuds de moyenne il te faut encore 11 jours par exemple mais qu’à 3.50 noeuds, ça demandera 16 jours… Finalement 5 jours c’est rien mais parfois ça paraît une éternité…

Heureusement depuis ce matin le bateau semble aller mieux. Je fais du 4-5 nœuds. Enfin !!! Le ciel est bleu au-dessus de ma tête. Enfin !!! Le régul joue son rôle et même si je ne fais pas une ligne droite comme m’y autoriserait un pilote automatique réglé sur un cap fixe, le vent semble beaucoup plus stable en direction que les jours précédents. Bref, tout va mieux ! Je ne sais pas si c’est ma décision de remonter un peu plus nord ou si j’aurais eu les mêmes conditions sans altérer ma route initiale, et ce n’est pas grave : je me sens mieux !
Comme quoi, du soleil et du vent, c’est ça dont j’avais besoin !

Cette nuit, j’ai rêvé d’un port bondé… du genre avec plusieurs rangées de bateaux le long du même ponton et dans tous les sens. Et moi j’arrivais avec mon bateau et je faisais le « créneau » parfait pile dans le seul emplacement de libre, cul et nez aux bateaux devant derrière. Après il fallait envoyer les amarres au-dessus des voisins bien sûr pour atteindre des taquets de libre…bref du grand n’importe quoi mais je pense que mon inconscient me souffle qu’il a envie de retrouver la civilisation haha !

Restent 1.249 milles nautiques à parcourir.

Jour 28 – 20/08/2019 – 19h00 UTC

Position 06°22.938 S – 120°23.344 W

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Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 2.723 NM dont 119 NM sur les dernières 24h, soit 4.96 noeuds de moyenne, ce qui n’est pas mal du tout quand on compare avec les derniers jours !

J’ai oublié de vous dire que Kevin a pété la drisse de sa GV y a 2 jours. Il a du grimper au mât en solo pour se bricoler un truc avec une drisse de spinnaker. Je n’ai pas tous les détails sauf qu’il est obligé de naviguer avec 2 ris maintenant dans la GV vu qu’il ne peut plus la hisser jusqu’en haut. Donc il va moins vite qu’il ne pourrait… sachant qu’il est déjà 300 milles DEVANT moi et qu’il est parti 6 jours après moi. D’après ses estimations, s’il continue comme ça, il arrivera dans 6 jours… Genre, si j’avais son bateau, ben j’arriverai… AUJOURD’HUI même avec une GV avec 2 ris… respire… respire… respire… ouais… je crois qu’il faut que je me mettre sérieusement au yoga ou à la médiation…

Quand à moi à mon rythme actuel, je compte quelques jours de plus (que 6 jours, je veux dire)… j’ose même pas avancer un chiffre précis en fait… j’espère 11 maximum… 10 si les conditions le permettent… mais y a une vilaine zone de pétole entre moi et mon point d’arrivée…

Alors focalisons sur les petites victoires du moment… comme ma réparation avec un petit sandow de mon capteur d’angle. Solution soufflée par un très bon pote et appliquée par moi en pleine mer avec les moyens du bord. De nouveau, je me sens dans la peau de Mac Gyver quand je vois qu’un truc fonctionne avec un simple bout de ficelle (ou bout d’élastique dans le cas présent).
Du coup, j’ai pu remettre en route mon pilote automatique. Par contre, pas Ricky qui se met en « stall » au bout de 2 mn (en gros, il est en surcharge pour zéro raison, je pense que son moteur a trop souffert) donc j’ai fait appel à son frère jumeau Nicky, un autre vérin de type SPX5. Ricky est marron et Nicky est bleu, c’est comme ça qu’on les distingue. Et là, je dois remercier encore une fois le gentil donateur de Nicky car sans lui, je serais à l’heure actuelle bien embêtée !
Pourquoi Nicky comme surnom ? Parce que grande fan de Nicky Larson, vous connaissez ce manga ? Ce détective privé trop beau gosse obsédé par les belles nanas et son acolyte Laura. Ben voilà et puis ça rime bien avec Ricky !!
Ah certains se sont moqués de mes éléments en double sur le bateau, n’empêche que ça sert bien parfois !

Grâce à Nicky et au capteur d’angle qui l’empêche de faire de trop grands mouvements malgré la houle très prononcée parfois, je file droit désormais. Et j’ai retrouvé le sourire cette nuit avec des vitesses de 6 à 7 noeuds dans les surfs, même du 8 parfois ! Bon vent. Bonne houle de derrière, génois tangonné en ciseau avec la GV, ça dépote et ça me redonne un bon moral ! J’ai quand même gardé un oeil sur Nicky toute la 1ère partie de nuit pour vérifier que les contraintes n’étaient pas trop sévères, mais ça va, il a assuré comme une bête !

Je me dis que c’est possible de croire à une arrivée dans 10 jours malgré un WE de pétole prévu sur une large zone… c’est pour ça que tranquillement je suis remontée un peu plus vers le 6e Sud pour espérer frôler cette zone sans y pénétrer… tant pis si ça fait plus de route, l’essentiel c’est de faire avancer le bateau.
Rien de pire que d’être prise au piège dans un shaker avec de la houle et pas de vent. Je préfère éviter si possible.

Tous les jours, je me lève et vois avec satisfaction les milles qu’il me reste à faire diminuer. Je ne regarde que les 2 premiers chiffres : 13 cents, 12 cents, 11 cents… c’est comme un compte à rebours… bientôt 10 et ensuite ce sera 9… 8… 7… etc…

Le mini-drame de cette nuit : à 23h30, mon ordinateur de bord a crashé… Celui sur lequel je connecte notamment en USB mon AIS pour voir sur la carte les autres cibles AIS (les autres bateaux qui émettent un signal). Outil bien pratique surtout quand on est seule à bord… Je me voyais déjà en train de réfléchir à comment faire si je ne peux plus utiliser mon ordi pour voir les cibles AIS… Bah… comme aux temps anciens : tu fais une veille attentive à tout moment et donc tu meurs de fatigue… Parce que j’avoue que, vu que j’ai pas croisé un chat depuis plusieurs semaines, j’ai pas mal relâché la pression et je dors sans mettre de réveil. J’me réveille malgré tout toutes les heures voire 2h naturellement et pour le reste je compte sur mon Mer-veille et mon alarme AIS…
Bref, ne sachant pas quoi faire d’autre, je force l’ordinateur à s’éteindre et je le rallume. Et ô miracle, le mal est faible : j’ai juste perdu toutes mes traces depuis la journée 21 incluse…pfff… ça donnait un peu de couleur à l’écran… heureusement que je mets des waypoints toutes les 24h…
En même temps, c’est un mini PC qui a quelques années déjà et je pense qu’il n’est jamais resté allumé aussi longtemps (ben oui, je voulais avoir ma trace tout du long… ben c’est dommage…).

Distancer restant à parcourir : 1.133 milles nautiques. Demain je commence mon compte à rebours à 10 !!! J’suis déjà tout excitée !

Jour 29 – 21/08/2019 – 19h00 UTC

Position 06°25.147 S – 122°32.631 W
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Ça y est ! Le compte à rebours a commencé. D’ailleurs j’étais tellement pressée de le commencer que je me suis avalé un Red Bull à 16h hier après-midi pour être sûre d’assurer toute la nuit question réglages. Parce que depuis que je suis remontée vers le 6°S, je vais vite et je voulais profiter des bonnes conditions pour avancer un max. Résultat : j’ai dormi 2 ou 3 heures cette nuit, j’étais au taquet pour essayer d’atteindre à l’heure du point les 1.000 NM restant à faire. Je les ai raté de peu, j’en suis à 1.006 NM. Pas mal hein ?

Ça veut dire que j’ai fait un super score sur les dernières 24h avec une distance de 129 NM, soit 5,4 noeuds de vitesse moyenne. J’aurais pu faire mieux sans cette grosse molle entre minuit et 1 heure du matin et le vent trop léger depuis le début de la matinée.

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 2.852 NM.

Hier après midi, j’ai re-regardé « Deep water », un documentaire sur Donald Crowhurst. Vous savez de qui je parle ? Ce concurrent du Golden globe challenge de 1968, disparu en mer alors qu’il était dans le peloton de tête et dont on a réalisé qu’il avait triché tout du long. Ce documentaire explique ce qui l’a mené à faire ce qu’il a fait. Croyez-moi à terre, j’avais déjà été touchée par cette histoire, hé bien en mer, ça prend une toute autre ampleur. L’imaginer seul pendant des semaines et des mois entiers, coupé de tout contact, en train d’essayer de fomenter un plan pour s’en tirer en vie, sans ruiner toute sa famille avec lui, sans passer pour un raté, pas évident. Moral au plus bas, personne à qui parler, personne pour te raisonner, un bateau en mauvais état qui coulera certainement dans des mers fortes, toute sa vie gagée sur ce bateau qu’il a construit. Il a le mérite d’avoir tenté de vivre un de ses rêves et le courage d’être parti pour ne pas perdre la face. Après malheureusement, il n’a sans doute pas fait les meilleurs choix mais je peux tout à fait comprendre dans le contexte d’isolement extrême qu’était le sien…

C’est Robin Knox-Johnson qui avait été le premier à boucler ce premier tour du monde en solitaire. Sur un Contessa 32. A peine plus grand que Nautigirl. Avec une distance journalière moyenne de 92 NM.

Bon… bah finalement faut pas que je me plaigne avec mes 98 milles en moyenne dont une fabuleuse journée en début de voyage avec un record de 9.4 NM (en ligne droite sinon en vrai c’était plutôt 40) !! Oui, oui : neuf virgule quatre milles nautiques… la fameuse journée où j’ai réalisé que j’avais un problème avec mon inverseur et que j’ai passé une partie de la journée à aller dans un sens, l’autre partie, dans le sens inverse et la nuit entière à me laisser dériver voiles affalées le temps de décider de ce que je voulais vraiment. Sinon j’aurais pété le score de 100 NM journaliers ! Ok avec un peu de moteur au début…

Donc à partir d’aujourd’hui, j’arrête de comparer Nautigirl 28 pieds (soit 8.50m), 2.90m de large avec le Trosca sud-africain de Kevin dessiné par Angelo Levranos : 39 pieds (soit 13m) par 4m de large. Sa vitesse de croisière est de 7.5 noeuds et il a même atteint du 10 noeuds grâce au courant. Son record depuis le départ ? Une journée à 193 MN… Tu m’étonnes que je joue le rôle de la tortue… Y a que dans la fable de la Fontaine qu’une tortue irait plus vite qu’une langoustine des mers (tout le monde a compris de quoi je parle quand je dis langoustine des mers hein ??? Je ne parle pas vraiment d’un crustacé, nous sommes bien d’accord ?!? C’est le seul surnom dont je me rappelle haha !). Bref…

A part ça dans le documentaire, ils parlaient bien évidement de Moitessier qui a décidé au dernier moment, au lieu de finir la course, de refaire un autre tour du monde !! Comme quoi, on est pas tous pareils… Moi, je vais kiffer mon arrivée et le fait d’être entourée de gens ! Tu me dis : « allez, Diane, maintenant tu fais demi-tour et tu repars à Panama », je me tire une balle, promis !

Même si j’avoue, l’après-midi d’hier à presque 6 noeuds de moyenne m’a carrément enchantée. C’est ça le secret : pour ne pas que je m’ennuie, faut que ça aille vite ! Et croyez-moi, ça motive ! J’ai passé mon temps à mettre et enlever le tangon à chaque fois que le vent changeait légèrement de direction pour optimiser les réglages. Mode régate !!!

Depuis ce matin, c’est plus difficile. Vent léger. Du courant favorable heureusement mais une houle prononcée qui balade le bateau au sommet des vagues comme s’il s’agissait d’une coquille de noix. C’est pas franchement agréable.

En tout cas, le compte à rebours a commencé ! DIX !!! Très bientôt NEUF… Je croise les doigts pour réussir à faire du 5 noeuds de vitesse moyenne ou plus mais je me dis qu’un objectif de 100 NM par jour est plus objectif. Nous verrons bien ! C’est parti baby !!!!

Jour 30 – 22/08/2019 – 19h00 UTC

Position 06°45.657 S – 124°31.004 W
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30ème jour en mer ! C’est pas dingue ça ? Un mois complet passé sur l’eau sans poser le pied à terre. Me demande si je vais pas avoir un méga mal de terre une fois arrivée…

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 2.971 NM dont 119 NM sur les dernières 24h, soit 4.96 noeuds de moyenne.

Allez !! Les 3.000 milles cette après-midi !! Youhouuuuu !

Suis archi motivée pour faire avancer le bateau le plus vite possible maintenant que je vois la ligne d’arrivée. Objectif : faire minimum 100 milles pour jour et si possible atteindre 5 noeuds de moyenne.

Le problème pour ces dernières 24h : le vent s’est montré très capricieux ! Hier après-midi, j’ai fait du 4.5 noeuds environ. Impossible d’aller plus vite. Puis j’ai passé la nuit sous les grains. Un coup 6 noeuds de vent, t’as tout qui claque…. Tu tangonnes le génois à l’avant… Et puis 5 minutes après t’as 20 noeuds. T’as pas le temps de réduire ta GV, t’as le bateau qui loffe, le tangon qui grince, le génois qui claque. Alors sous la pluie à 2, 3, 4h du matin, t’es suspendue à l’enrouleur pour réduire tant que possible le génois en espérant que ça suffise pour redresser le cap du bateau en attendant la fin du grain. Parfois, c’est le pilote qui lâche… trop d’effort pour son petit moteur. Alors tu mets le régul à la place qui lui résiste bien sauf qu’à chaque coup de vent, ton cap perd direct 45 degrés avant de revenir lentement vers un meilleur cap en faisant de gros lacets à chaque houle. Et tu finis par remettre le pilote dès que possible…
J’ai parlé de cette houle de fou ? Houle de fou… Je crois que ça sert à rien de retourner mes oeufs dans leur boîte : à mon avis, le jaune ne touche jamais la coquille…

Bref, j’ai encore très peu dormi cette nuit. Je suis éclatée là… va falloir que je compense avec des méga siestes en journée.

Pour me motiver, jai maté « En solitaire » hier avec François Cluzet qui joue le rôle d’un skipper sur un Imoca en plein Vendée Globe.

A un moment du film, tu entends qu’il détient le record de distance en 24h : 542 milles…. euuuuuhhh là j’ai bugué en réalisant que le trajet qui va me prendre presque 40 jours, il le ferait lui en une grosse semaine !
J’avoue que ça fait envie. Et puis finalement, j’ai réalisé que mon rapport vitesse / investissement n’était pas si mal…. Moi, ma distance maxi, elle est de 129 milles ok… soit 4,2 fois moins mais un Imoca doit coûter 100 fois le prix de mon bateau alors finalement, c’est pas si mal mon petit Sail 902… Même si j’aimerai lui rajouter une troupe de galériens avec des rames pour les jours de pétole… Ah ! Et puis je rajouterai aussi un pilote NKE comme ceux du Vendée Globe, le genre de pilote qui décroche jamais !

J’ai essayé de me concentrer sur l’histoire sans faire attention aux détails qui me gênent dans les films avec des bateaux mais c’est pas facile honnêtement…
Y a trop de silence ! Dans un bateau de course de cette envergure, t’as constamment un bruit assourdissant avec la vitesse. J’en ai regardé des documentaires sur le Vendée Globe !
Pareil, ça bouge, ça vibre. Le voir se lever après un choc ressenti et passer près d’une frontale accrochée au plafond qui ne bouge pas, je remarque forcément !
Et puis, pourquoi il barre toujours du côté où le bateau gite ? Tu te prends tous les embruns, tu vois rien de ce qu’il se passe et puis tu rajoutes pas de poids côté gité si possible.
Bref, je m’arrête là sinon la liste va être trop longue.

Bon, le bateau file pas trop mal. Le pilote gère. Les batteries se remplissent doucement avec le soleil. C’est l’heure d’une méga sieste dès que j’aurai envoyé ce petit point.

Reste 887 milles nautiques !

Jour 31 – 23/08/2019 – 19h00 UTC

Position 07°09.266 S – 126°18.255 W
Jour 31

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.080 NM dont 109 NM sur les dernières 24h, soit 4,54 noeuds de moyenne.

Un superbe après- midi hier : bateau super rapide sous un beau soleil et un ciel bleu. 5,5 noeuds de moyenne les doigts dans le nez.

A 16h heure locale, j’ai fêté mes 3.000 milles solo (et en ligne droite) comme il se doit avec un petit verre de rhum que j’ai partagé avec Neptune.

Visiblement, il n’en a pas eu assez parce que lorsque la nuit est tombée, le vent aussi mais pas la houle. Mon bateau s’est transformé une nouvelle fois en une véritable machine à gerber… bref… J’ai perdu l’avance de cette après midi. Impossible de fermer l’oeil avec ça à force d’être projetée de tous les côtés…

A 8h ce matin, le vent a soufflé un peu plus fort, timidement. A 10h, n’en pouvant plus, j’ai sorti mon code D pour remplacer le génois tangonné. J’aurais dû faire ça depuis bien longtemps : bateau bien plus stable et 5 à 6 noeuds de vitesse au lieu de 4. Mais j’attendais que les nuages se barrent, ne sachant pas à quoi m’attendre…

Et pour garder ma trajectoire, j’ai tangonné le code D pour la première fois. Un peu rock’n roll mais ça l’a fait. Du coup entre 10 et 11h locales, heure de mon point hebdomadaire (19h00 UTC), je n’ai pas pu rattraper beaucoup de retard. M’en tire avec une distance honorable de 109 NM grâce au courant surtout qui va bientôt me quitter…

On verra au prochain point si l’option code D fait exploser les scores (encore faudrait-il que je bénéficie des mêmes conditions de vent et de courant pour que ce soit comparable…).

Restent 777 milles nautiques à parcourir ! Donc 7 jours grosso modo. 1 petite semaine !

NB : je me suis enfin débarrassée de la tomate tellement résistante que ça en était effrayant…. Résultat : elle aura tenu 30 jours hors frigo. Et encore… Elle n’a pas pourri. Elle a juste montré sur le dessus une partie de 2cm carrés assez fine qui commençait à s’abîmer. Le reste n’a perdu ni sa couleur, ni sa dureté au toucher. Ça avait le look d’une tomate mais ni la texture, ni le goût…

Jour 32 – 24/08/2019 – 19h00 UTC

Position 07°36.161 S – 128°19.163 W

Jour 32

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.204 NM dont 123 NM sur les dernières 24h, soit 5,12 noeuds de moyenne.

Hier après-midi, j’ai cartonné sous code D tangonné à une vitesse moyenne de 5,45 noeuds pour un vent apparent de moins de 10 noeuds.

J’ai même pris le risque de rester code D tangonné durant la nuit… vent faible… nuit étoilée… Par contre, toujours cette forte houle qui faisait parfois faire des embardées au bateau. Heureusement le pilote automatique – Nicky – a bien géré. Moi, de mon côté, je n’ai pas dormi de la nuit… Trop de houle. Trop inconfortable. Et ce stress de pas voir arriver le coup de vent avec cette voile hyper creuse à l’avant que j’avais tangonné pour la première fois. Donc aucune expérience du dé-tangonnage de ce type de voile avec emmagasineur. Est-ce que le poids du tangon va gêner la voile lorsque je vais vouloir l’enrouler ? Comment gérer le tangon et la voile à affaler en même temps ? Autant de questions que je me posais. C’est certain que ça aurait été mieux que je m’entraîne avant mais je n’ai pas eu/pris le temps.

Nuit blanche agrémentée d’épisodes de Black Sails, une série sur les pirates pour rester dans l’ambiance… encore que j’ai retenu un seul principalement, c’est le magnifique torse du capitaine Veynes. Truc de malade !!!

Bref, malgré ma nuit blanche ou presque, je ne l’ai quand même pas vu arriver ce coup de vent… ou alors j’étais encore en train de compter le nombre d’abdos du pirate aux cheveux longs…

J’avais bien remarqué une masse nuageuse qui masquait les étoiles mais sans ressentir de changement de vent… quand à 5 heures du matin… enfin 4 heures vu que je suis entrée dans la zone UTC-9… le vent est monté de 5 à 10 de noeuds sans prévenir. Le pilote a eu du mal à gérer la houle et la puissance du code D. Il a commencé à faire faire des lacets au bateau. Le code D claquait puis se gonflait soudainement pour se déventer ensuite un court instant. Peur soudaine de déchirer la voile, de casser le tangon ou que l’écoute pète… Et là le pilote qui lâche l’affaire. Me retrouve code D tangonné et GV avec retenue de bôme tous deux à contre (voiles gonflées à l’envers). Juste le temps de sauter sur la barre et de l’envoyer franchement sur le côté pour rétablir l’ordre des choses (j’ai quand même commencé par me tromper de sens… une nuit blanche, ça aide pas à réfléchir rapidement et correctement…).

Me suis retrouvée ensuite les 2 mains agrippées à la barre pour tenter de rester le plus vent arrière possible et ainsi minimiser l’impact du vent réel. Et là, voyant que ça durait un peu, j’ai franchement rêvé de voir enfin le petit jour apparaître pour pouvoir faire les manoeuvres nécessaires au grand jour, mais c’était décidément encore bien trop tôt… nuit noire…

Je vois le code D gonflé à bloc pendant que je tire à fond sur la barre à 2 mains pour conserver mon cap. Et là, j’ai regardé avec envie son écoute que j’avais juste envie de relâcher et la corde sans fin de l’emmagasineur sur laquelle je voulais tirer pour enrouler le bordel au plus vite. Problème : je n’ai que 2 mains et pas 4 (et c’est pas pratique parfois). Après un premier essai raté avec le régulateur d’allure, j’ai tout de même réussi à le régler suffisamment correctement pour qu’il me laisse les mains libres le temps d’enrouler le code D.

J’ai dû utiliser les 2 mains pour enrouler ce satané code D qui claquait tellement fort au vent. Du coup, ben j’ai utilisé mes dents pour retenir l’écoute que je relâchais au fur et à mesure (pas de taquet dispo sous le coude et je sais pertinemment que c’est une très mauvaise idée…). Heureusement aucune dent cassée pendant l’opération !
Ensuite, lampe frontale sur le front, la drisse du code D sous tension dans la main, j’ai avancé avec précaution vers l’avant en posant exprès les pieds sur le « bout » (corde) sans fin de l’emmagasineur pour empêcher le code D de se redéployer tout seul. Chemin faisant, j’ai vu le haut du code D saucissonné s’ouvrir et commencer à créer une grosse poche qui s’ouvrait de plus en plus. Vite j’ai atteint l’avant, relâché la drisse rapidement pour agripper l’espèce de gros boudin que formait le code D enroulé que j’ai fourré à la va vite dans son sac. Impossible de défaire le noeud de chaise de l’écoute du code D, pas grave, dans le sac elle aussi. J’ai vu ça une fois tout le bordel ramené dans le cockpit. C’est de l’écoute de merde acheté à Panama. La gaine est déjà en train de lâcher et j’ai peur du manque de solidité de l’âme aussi…
Après, j’ai pu m’occuper tranquillement du tangon qui cognait à chaque vague contre le génois encore enroulé.

J’avoue avoir eu un peu peur quand j’étais agrippée à la barre et que je pensais que j’allais péter un truc. C’est là où être seule, quand en plus ton pilote tient pas le coup, que c’est vraiment galère…

Même sous GV seule le bateau à contribuer à bien avancer alors j’en ai profité pour tenter de rebrancher mon pilote « Nicky » mais celui ci a décidé de voir de l’angle de barre quand il n’y en a pas… En vérité, je pense que j’ai encore plus cassé mon capteur d’angle : le sandow ne suffira plus désormais… super, encore un truc à réparer…

Après cette épisode, le vent est retombé et j’ai opté pour génois tangonné en ciseau avec la GV (une voile tendue à droite et une voile tendue à gauche) avec mon petit pilote le ST 2000 : celui qui fait de la figuration… parfait sous moins de 10 noeuds mais dès qu’il y a un peu de houle ou de vent, il atteint très vite ses limites…

Et là, la fatigue m’a emportée. Je crois que j’ai dormi 2h avec un bateau qui ne dépassait pas les 3.5 noeuds…

A mon réveil, j’avoue que j’étais un peu, voire beaucoup grognon, à cause de mon problème de pilote, du manque de vitesse et du calcul que j’ai fait sur la durée supplémentaire à passer que l’eau à cause du manque de vent…

Kevin lui arrive à destination lundi matin, je pense… Moi, il me reste 653 milles nautiques à faire. Encore 6 à 7 jours si le bon vent est de la partie.

Jour 33 – 25/08/2019 – 19h00 UTC

Position 07°56.678 S – 129°50.172 W
Jour 33

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.296 NM dont 93 NM sur les dernières 24h, soit 3.9 noeuds de moyenne… seulement…

Lors du point d’hier, j’avais expliqué avoir été surprise par un coup de vent. J’avais affalé le code D pour le remplacer par le génois tangonné. Mais finalement, à force de voir la faible vitesse que j’avais, j’ai opté de nouveau pour le code D tangonné.
A force de faire et défaire le tangon, on prend confiance en soi, quelque soit le type de voile, code D ou génois !
Malheureusement, je n’ai pas réussi à atteindre une grande vitesse. Le vent était vraiment trop faible. Je n’ai pu maintenir que 4 petits noeuds en moyenne durant l’après midi.

Se faisant, j’ai vidé ma couchette cercueil de toutes les affaires dont elle regorgeait (Et croyez moi, y en avait un paquet) pour tenter d’atteindre le calculateur de mon autopilote drivée par les conseils d’un très bon pote qui connaît très bien son affaire et qui essaie, à distance, de m’aider. Mais pas facile pour un pro de faire du dépannage à distance avec une bille comme moi en électronique… donc pour le moment, Ricky et Nicky, mes deux vérins SPX5, sont toujours inutilisables… Et ça m’emmerde beaucoup…
Mon carré est de plus en plus « plein »… Ben oui, maintenant que je veux avoir accès au calculateur qui est au fond de ma couchette cercueil, il a bien fallu que je mette tout le bordel que j’y avais rangé ailleurs.

Comme autopilote, je n’ai plus qu’un vérin ST2000 qui est très loin de valoir un SPX 5….
Genre un SPX 5 serait noté 6 ou 7 sur 10 et le ST2000 2 ou 3. Un coup de vent et paf ça bippe, le moteur force et tu risques de péter le moteur ou les rouages… Il pleut et c’est le compas interne qui prend et qui ne fonctionne plus… J’en ai pété des ST 2000, croyez moi !

Quand la nuit est tombée, j’ai remplacé prudemment le code D par le génois. J’ai pris un ris supplémentaire dans la GV, réduit le génois et utilisé le ST2000 pour pouvoir dormir sans avoir à surveiller constamment le cap.

Résultat : j’ai pu dormir et rattraper la nuit précédente, j’en avais besoin. Par contre, vitesse de merde avec si peu de voile mais l’autopilote a bien tenu.
Ah ? Et je vous ai dit que ça n’aime pas l’utilisation en continu ce type d’autopilote aussi ? Ça chauffe trop alors mieux vaut lui octroyer régulièrement des pauses…

Ce matin, quand j’ai fait le calcul de la distance parcourue, j’ai craqué. Ben oui, j’ai pleuré. J’en ai ras le bol de tout ça. J’ai envie d’arriver et si je n’arrive pas à soutenir une vitesse raisonnable, c’est encore plus de temps en mer, plus de temps à gérer sans autopilote fiable, plus de temps à m’inquiéter de casser plus de choses, plus de choses à réparer une fois arrivée. Le moral est bas de nouveau. Je serre les dents.

Y a pas mal de vent prévu en milieu de semaine. J’espère que le régul va tenir sinon je ne sais pas comment je vais faire.

Moral en berne ou pas, j’ai pas le choix. Faut continuer. Personne ne viendra m’aider là où je suis alors…

Hier soir pour me réconforter, je me disais que c’était le dernier samedi soir en mer avant l’arrivée. Peut être… Mais encore faut il que je soutienne une vitesse minimale quelque soit les circonstances…
Encore 560 milles nautiques à parcourir.

Kevin, lui, arrive demain à Nuku Hiva. Ce sera son 27e jour de mer « seulement »… Il devra faire une arrivée sous voiles et ensuite gérer son problème de démarreur. Le nouveau est arrivé mais bloqué à Tahiti pour le moment…

Jour 34 – 26/08/2019 – 19h00 UTC

Position 08°18.292 S – 131°44.148 W
Jour 34.jpg

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.411 NM dont 115 NM sur les dernières 24h, soit 4,79 noeuds de moyenne.

Je commence (mieux vaut tard que jamais) à ne plus hésiter à envoyer le code D même si c’est pour 1 petite heure entre 2 nuages. Avec ou sans tangon.

Hier après-midi, j’ai donc alterné code D et génois pour tirer le meilleur des conditions que j’avais : légères d’abord puis un peu plus fortes avec une meilleure orientation du vent par rapport à mon cap. Code D + tangon puis génois + tangon et enfin génois seul…

Le vent est monté encore pendant la nuit me forçant à mettre le 3ème ris à la va-vite. C’est là où j’aime mes prises de ris automatiques qui m’autorisent l’essentiel des manoeuvres depuis le cockpit même si je fais toujours 1 ou 2 AR au pied du mât pour arranger la voile ou ré-ordonner un « bout ».

Et ma vitesse, forcément, s’est améliorée avec le vent.

J’avoue que mon moral évolue dans le sens de ma vitesse moyenne.
En-dessous de 4 noeuds, c’est la cata.
A 4 noeuds, ça va.
A 5 noeuds, je suis contente.
A 6 noeuds, j’ai la patate mais j’écoute attentivement et avec un peu de stress tous les bruits du bateau pour déceler si ça tire trop…

Donc sur ces dernières 24h, ça allait. J’ai même été contente parfois j’ai même eu carrément la patate.

J’essaie d’apprivoiser mon régulateur d’allure pour perfectionner les trajectoires mais on ne parle pas encore le même langage. Je fais des tests en espérant qu’on arrive très vite à bien se comprendre Hercule et moi. Je suis quand même assez fière de la trajectoire de cette nuit bien plus rectiligne que d’autres par le passé. Pour ça, je me suis levée toutes les heures pour faire un petit ajustement. Et ça continue comme ça depuis ce matin.

Restent encore 444 NM à parcourir.

C’était mon dernier lundi soir en mer avant Hiva Oa. Youpiiiiii !!!

Kevin lui est à moins de 60 milles de Nuku Hiva, son point de chute. Il ne sait pas encore s’il y arrivera ou non avant la nuit. S’il arrive trop tard, il devra passer la nuit à la cape (à la dérive) non loin de l’île pour attendre le petit jour qu’il puisse ancrer à la voile.

Je viens d’apprendre qu’en ce moment le phénomène météorologique Dorian menace l’arc antillais et possiblement la Martinique. Cela faisait deux ans que je vivais au rythme des cyclones dans la zone. Heureuse d’en être loin car c’est toujours angoissant de savoir quoi faire pour protéger son bateau et soi-même quand leur trajectoire est imprévisible. Je croise les doigts pour tous ceux menacés par Dorian.

Jour 35 – 27/08/2019 – 19h00 UTC

Position 08°42.562 S – 133°29.359 W
Jour 35

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.518 NM dont 107 NM sur les dernières 24h, soit 4,46 noeuds de moyenne.

Sur les dernières 36h, j’ai à peine touché aux voiles. Le bateau, sous régul, avance sans effort dans la houle. En moyenne à 4,50 noeuds avec un vent apparent de 12 à 15 noeuds.

J’ai bien tenté de mettre plus de toile pour grappiller quelques dixièmes de noeuds mais le régul n’aime pas ça et se met à faire de trop grands lacets. Alors j’ai tenté de trouver le compromis : une allure confortable, une vitesse satisfaisante à mes yeux et des efforts raisonnables pour le gréement et le régulateur.

La vie s’écoule doucement sur Nautigirl, rythmée par les petites habitudes que j’ai prise. Celle que je préfère : la douche quotidienne sur le pont à chaque fois que le soleil est présent. Douche à l’eau de mer, enfin je dis douche mais je devrais parler de seau d’eau de mer, avec rinçage à l’eau douce. Ça rafraîchit à défaut de pouvoir passer à la machine à laver toutes les fringues qui puent désormais… 35 jours sans rien laver sauf quelques sous-vêtements (économie d’eau oblige), forcément…

Petite frayeur juste avant de faire le point : l’alarme de mon AIS s’est déclenchée et une cible est apparue sur l’écran de mon ordinateur pour la première fois depuis… 3 ou 4 semaines ?

J’ai tenté d’afficher les infos de cette cible mais peine perdue… juste un MMSI 111113389. Pas de nom. Aucune mention des dimensions du bateau ou de son nom. Une vitesse extraordinairement lente et fluctuante également : 0,90 noeuds à 2,60 noeuds. Un cap fluctuant également entre 0 et 100°. Tout ça sur l’heure pendant laquelle je l’ai observé à l’écran ne pouvant le distinguer à l’horizon. Sur ma route initiale, j’aurais dû le croiser à 0,5 milles nautiques. On parle de CPA = Closest Point Of Approach. Distance trop peu sécuritaire pour moi surtout ne comprenant pas leur route. J’ai tenté de les appeler par VHF canal 16. Pas facile quand tu ne sais pas comment s’appelle le bateau… mais bon a priori on est que 2 bateaux sur plusieurs dizaines de milles nautiques à la ronde… Aucune réponse de leur part… J’ai tenté plusieurs appels ASN (Appel Sélectif Numérique) grâce au numéro MMSI que je connaissais. Idem : pas de réponse. Du coup, je me suis
déroutée pour être sûre de laisser plus de distance entre lui et moi.
Me pose toujours beaucoup de questions… est ce un bateau de pêche chinois en train de pêcher ? Ce qui expliquerait la vitesse ultra lente et les changements de cap ?
Un cargo de déplace habituellement entre 15 et 20 noeuds.
Un voilier entre 4 et 7 noeuds va-t-on dire.
Je suis vraiment étonnée par les informations de celui-ci…

Me restent encore 337 milles nautiques à parcourir. J’espère arriver de jour et ne pas avoir à ralentir pour laisser passer une nuit supplémentaire…

Kevin, lui, est arrivé hier soir à bon port, Nuku Hiva. Me voici seule encore en mer mais plus pour longtemps

Jour 36 – 28/08/2019 – 19h00 UTC

Position 09°06.636 S – 135°20.881 W
Jour 36

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.632 NM dont 114 NM sur les dernières 24h, soit 4,75 noeuds de moyenne. Pas trop mal !

Juste après la première cible AIS peu avant 19:00 UTC (10 heures du matin heures locales) et dont j’ai parlé dans mon point d’hier, une 2ème cible AIS est apparue à 6 milles environ de la première. Mêmes caractéristiques : faible vitesse (0.10 à 1.70 noeuds) et cap fluctuant (100 à 230°). MMSI 111113393. Puis une 3e : MMSI 119011004. 0.30 noeuds. Cap 011°. A la même distance environ de la 2e.
3 cibles formant une ligne droite sur 08°39.3954S 133°48.5418W à 08°39.2546S 133°34.7742W. Un long filet de pêche de plus de 12 NM c’est possible ?

4 heures plus tard, une nouvelle cible. Décidément ! Y a des signes de vie dans le secteur. Position : 08°41.1958S 134°07.8196W une bouée nommée Buoy-01 98% MMSI 168802118 d’une taille de 10mx6m. La vitesse de déplacement indiquée étant de 0,30 noeuds.

Jamais vu autant d’activité sur mon écran depuis que j’ai quitté le rail des cargos au sortir de Panama… et c’était il a presque 1 mois…

Désormais, il me reste 224 tous petits milles nautiques avant d’arriver à destination. J’ai normalement du bon vent jusqu’à destination et j’espère arriver vendredi en début d’après-midi. Peut- être avant si j’avance bien.

Je me suis fait un petit schéma sur un papier quadrillé pour calculer l’heure de mon arrivée vendredi fonction de ma vitesse heure après heure. Sûrement un truc de comptable pressée de sabler le champagne

RAS (rien à signaler) sur le bateau. Le train-train quotidien. Juste une petite histoire visant à ne plus jamais oublier ce fameux adage : une main pour toi, une main pour le bateau.
J’ai voulu… ô malheur… finir de vider le fond d’une boîte de conserve avec une cuillère en bois… oui, oui… donc forcément, vu qu’un bras ne m’a pas poussé cette nuit : une main sur la conserve, l’autre sur le manche de la cuillère et là la vilaine grosse gite qui te propulse en arrière et toi, tel un samouraï, tu plantes tes pieds démentent fermement sur la toile antidérapante que tu as mis par terre (seule solution pour ne pas glisser sur les planches en bois, pieds nus un peu humides)… tu bascules ton corps en avant pour t’opposer à la direction de la gite tout en t’activant tant bien que mal pour faire sortir les 3 foutus haricots collés au fond de la boîte.. et là quand tu penses t’en être sortie avec les honneurs, le bateau bascule de l’autre côté, toi, t’as pas le temps de lâcher ni la cuillère, ni la conserve alors tu te rattrapes comme tu peux… C’est là que mon avant bras s’est mangé une des cornières en alu qui encadrent l’entrée du bateau. Résultat : j’ai évité le frigo et le tableau électrique en droite ligne de collision avec mon dos mais j’ai un beau bleu sur le bras… Ouille… Jusqu’à présent pourtant je m’en étais bien sortie…

Jour 37 – 29/08/2019 – 19h00 UTC

Position 09°31.368 S – 137°15.738 W

Jour 37.jpg

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.748 NM dont 116 NM sur les dernières 24h, soit 4,83 noeuds de moyenne. Le vent est bon, Hercule le régul tient la route, et la houle bien que formée me pousse gentiment. Que demander de plus ?

Que dire ??? A part que je ne suis plus qu’à 107 tous petits milles de l’arrivée !!!

Encore une dernière nuit en mer et demain, j’arriverai à Hiva Oa dans la matinée. Je viens de mettre le champagne au frigo !!!

Le plan pour demain est de trouver un bateau avec lequel me mettre à couple le temps de me reposer un peu et de sortir mon mouillage principal de l’intérieur du bateau (50 mètres de chaîne gentiment entreposés sous un plancher). A priori là bas, il faut mouiller avec 2 ancres : une devant, une derrière pour limiter l’évitement (port encombré). Il faut donc que je m’organise en conséquence…

Et ensuite ce sera grand ménage, lessive et rangement que le bateau et mes draps et vêtements sentent bon le propre ! J’ai hâte !

Bon, sur ce, je vous quitte : j’ai un bateau à faire galoper !!! Allez huuuuuuuh !!!

Jour 38 – 30/08/2019 – 19h00 UTC

Position 09°48.276 S – 139° 01.883 W

Jour 38

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.748 NM dont 109 NM sur les dernières 24h30… oui 24h 30 minutes car je serais arrivée à destination au bout de 38 jours et 30 petites minutes…

Sur les dernières milles, sachant que mes calculs avec une vitesse modérée me faisaient arriver vers 10h du matin heure locale, j’ai réduit les voiles en prévision du vent qui devait forcir en cours de nuit vu que j’avais toute la journée devant moi pour arriver en plein jour.

Un peu avant 5h du matin (heure locale), je savais être à 6,5 milles de la terre sans pouvoir la voir, l’obscurité étant encore bien trop présente. Et puis en quelques minutes, sans que le soleil ne fasse encore son apparition, une légère clarté te fait réaliser qu’une masse que tu prenais pour un nuage n’en ait pas un. C’est la côte Est de Hiva Oa ! Et bien croyez moi ou non, j’ai lâché une petite larme quand même…. de bonheur !

Et puis tu te retrouves à attendre dehors que le soleil veuille bien se montrer, enfin, pour pouvoir distinguer les couleurs ! D’autres couleurs que le bleu de la mer et le blanc/gris des nuages. Du vert et du marron ! Ça fait du bien aux yeux un peu de diversité. Et tu te retrouves à verser une autre petite larme à 6h du matin…

Pourquoi ce matin particulièrement le soleil semble avoir mis si longtemps à se lever ??

J’ai finalement atteint le mouillage à 10h30 heure locale et je me suis mise à couple d’un ketch avec 2 gars à son bord dont l’un que je connais via Facebook : un potentiel équipier que je n’avais finalement pas eu l’opportunité de rencontrer. Le hasard fait bien les choses Du coup, c’est avec eux que j’ai partagé ma bouteille de champagne prévue pour mon arrivée ! Oui, oui, on a bu du champ’ à 10h30 du matin à Hiva Oa. Fallait bien fêter l’événement !!!

Maintenant, il ne reste plus qu’à sortir mes 50 mètres de chaîne (mouillage principal) de l’intérieur de mon bateau pour les remettre dans ma baille à mouillage. Et à les intervertir avec les 20m de chaîne de mon mouillage secondaire qui va réintégrer sa place sous mes planchers…
Et ce soir : un grand dodo bien mérité ! 8 heures au moins sans aucune interruption !!!

Un grand merci aux informateurs de l’ombre qui m’ont routée tout au long du parcours. Me savoir bien entourée a très largement participé à garder un bon état d’esprit même si parfois, comme je l’ai ouvertement fait savoir, j’ai trouvé le temps long.

J’arrive en Polynésie quasiment 3 ans jour pour jour depuis que j’en suis partie… Entre temps, j’ai fait pas mal de choses, outre apprendre à me servir de mon voilier :
– nov/déc 2016 : transatlantique en équipage de 3 sur un Sun Odyssey 479 en 25 jours des îles Canaries en Martinique
– janvier 2017 : achat (sur un coup de tête) de mon Sail 902 que j’ai re-baptisé Nautigirl (je ne savais même pas comment démarrer le moteur et le sortir du port en l’achetant) en Martinique
– décembre 2017 : certification RYA Yachtmaster Offshore
– mai 2018 : certification STCW pour le commercial endorsement de mon Yachtmaster Offshore (bref tout un charabia qui signifie simplement que je peux bosser professionnellement avec mon Yachtmaster)
– janvier 2019 : publication de mon premier livre « Il était un petit navire » en format numérique et papier et début d’écriture du 2ème livre sur des anecdotes de marins
– avril 2019 : traversée de la mer des Caraïbes avec un équipier expérimenté en 11 jours
– mai 2019 : passage du canal de Panama
– juil/août 2019 : transpacifique de Panama aux Marquises en solo en 38 jours.

Avant d’entamer ce long périple solo, ma plus longue expérience en solitaire, c’était Grenade-Martinique d’une seule traite, soit 171 milles nautiques avec 2 nuits complètes. C’est pourquoi initialement je comptais partir en équipage. Mais vu la taille du bateau, il valait mieux ne pas se tromper d’équipier sinon il y a de quoi s’étriper mutuellement dans un espace aussi réduit en une quarantaine de jours… J’ai fait 2 essais non concluants et j’ai fini par décider de partir seule encouragée par quelques personnes qui me poussaient à le faire solo et bizarrement motivée par les dernières travaux auxquels j’ai dû faire face : refaire la strat’ autour du tube d’étambot, réparer le pont sous la cadène qui posait problème, assister au montage/démontage de mon inverseur, autant de choses dont mon portefeuille aurait aimé se passer (et moi aussi) mais qui m’ont donné le petit « boost » de confiance en moi pour me dire « Vas-y toute seule, tu sauras faire face à la plupart des soucis auquels tu risques de faire face ». Et ça a été le cas, tant mieux !

Ahhh ça fait du bien d’être de retour en Polynésie !!!

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