Art. 17 – Mon journal de bord durant ma Transpacifique en solo (partie 2)

Pendant les 38 jours de ma traversée, l’un de mes petits plaisirs quotidiens, c’était la rédaction d’un petit journal de bord que j’envoyais quotidiennement à mon p’tit frère qui le postait sur ma page Facebook afin d’en faire profiter tous ceux qui suivaient mon périple. Comme c’est très long, j’en ai fait 2 articles. Ci-dessous, vous trouverez les jours 19 à 38 (l’arrivée). Les jours 1 à 18 sont résumés dans l’Art. 16 – Mon journal de bord durant ma Transpacifique en solo (partie 1)

Jour ‪17 – 09/08/2019‬ – 19h00 UTC

Position 02°43.399 S – 100°45.969 W
Jour 17

Distance totale depuis le départ = 1.793 NM dont 146 NM sur les dernières 24h, soit 6.08 noeuds en moyenne.
Encore 2.350 milles nautiques avant les Marquises ! 40% d’effectués, 60% à parcourir encore…

Hier après-midi, après mon point journalier, j’ai eu le droit ‪à 1h‬ de bon vent, environ 15 noeuds, avant que ça ne se recasse la figure… malgré tout, la vitesse est restée bonne grâce au courant favorable. Ah ce courant… ce ne serait pas la même sans sa présence. Normalement entre 8 et 10 noeuds de vent, je suis très loin des 5 noeuds de vitesse…
Le vent n’est remonté que le lendemain dans la matinée. Toujours irrégulier… généralement 8-10 noeuds et puis ça monte jusqu’à 17-18 et ça redescend subitement. Pas facile les réglages de voiles dans ces conditions…

Toute la journée d’hier, j’ai attendu patiemment que mes batteries se rechargent à 100%. Mais rien n’y a fait… sur 35 Ampères heure qu’il me manquait, j’en ai récupéré seulement 10 environ… ok, le temps était grisâtre une bonne partie de la journée, mais quand même, ça me paraissait surprenant. ‪Vers 16h‬ heures locales, le soleil brillait enfin et j’ai décidé d’orienter un peu les panneaux vers lui et là ô horreur, ô damnation : je réalise qu’il y a un connard d’oiseau qui a chié tout ce qu’il pouvait sur l’intégralité des panneaux !!! Y en avait sur toute la surface !!!
Alors va te mettre sur la pointe des pieds sur le tableau arrière de ton bateau arrière qui gite, lui, pendant ce temps là, une main agrippée au portique, l’autre en train d’essayer de nettoyer le massacre avec un chiffon en microfibre…. en plus c’est que ça pue à mort le guano !!! M’en suit foutu partout… Obligée d’improviser pour nettoyer l’arrière des panneaux solaires beaucoup trop loin pour que je puisse passer la main. Je m’impressionne d’ailleurs de plus en plus quand je vois ma capacité à trouver des solutions de plus en plus rapidement : elle est loin la petite comptable qui ne savait rien faire de ses 10 doigts. J’ai attrapé la gaffe, attaché le chiffon mouillé dessus et m’en suis servie pour nettoyer la partie inatteignable autrement.
Après, va balancer un seau d’eau par dessus sans perdre l’équilibre : ben non, j’ai pas perdu l’équilibre, j’ai juste pas été assez rapide pour me mettre à l’abri des projections. Résultat : mes panneaux sont redevenus propres mais moi j’ai pué le poisson… L’occasion d’une nouvelle douche à l’eau propre cette fois-ci…
En tout cas maintenant : je les chasse moi les fous qui tentent de profiter de mes panneaux solaires !!! Ou je leur enfile un bouchon bien profond là où je pense, non mais !!!

Hier soir par contre, au coucher du soleil, magnifique moment avec un bon groupe de dauphins qui ont entouré le bateau. C’était pas des fans de gym genre « Je t’envoie des grosses pirouettes en l’air », plutôt des fans de glisse. On voyait juste leur dos rond apparaître dans la houle avec le bruit caractéristique de leur respiration, genre un tube qui se débouche « schloupppp » (voyez ce talent d’imitation des sons haha !). Bref un moment magique comme je les aime !!!

Au courant de la nuit, j’ai récupéré un énorme poisson volant sur le pont. Le plus balèze que j’ai vu sur mon bateau jusqu’à présent. Il aurait été parfait au BBQ je pense mais je l’ai remis à l’eau… ‪à 3h du matin‬, j’avais pas envie d’écailler du poiscaille…

Et sinon, petite frayeur ce matin avec mon iridium Go qui ne fonctionnait plus… ça signifiait rupture de contacts avec le continent hormis les 50 sms que je peux envoyer et/ou recevoir via mon In reach Garmin… c’était marqué « insérer carte SIM ». Ok, pas de panique : démonter la batterie, retirer et remettre la carte SIM qui pourtant fonctionnait très bien jusqu’à présent et rallumer le bordel… même message d’erreur…. ok je recommence. Rien d’anormal de visible sur la carte SIM. Alors, je me dis que ça ne doit pas faire assez « contact » donc, au dessus de la carte SIM et sous la batterie, j’ai glissé un petit morceau de papier plié en 4 comme j’ai déjà vu un pote le faire sur mon ancien téléphone satellite et ô miracle, ça a remarché ! Je me sens dans le peau de Mac Gyver… et ultra rassurée quand même de pouvoir recevoir ET donner des nouvelles. Seule petite inquiétude : l’appareil a buggé et il a fallu que je l’éteigne et le rallume pour qu’il
accepte de fonctionner normalement. Je croise les doigts pour, qu’à compter de maintenant, je n’ai plus de soucis…

PS : Au fait, j’ai oublié de préciser que je suis dans la zone UTC-7 depuis hier déjà. Du coup, j’ai repoussé à nouveau d’une heure tous les appareils de bord mentionnent l’heure locale. Wouhou ! Activité super passionnante : je suis sûre de faire des jaloux hein ! …

Jour ‪18 – 10/08/2019‬ – 19h00 UTC

Position 03°16.5490 S – 102°18.3140 W

Jour 18.jpg

Distance totale depuis le départ = 1.893 NM dont 100 NM sur les dernières 24h, soit 4.18 noeuds en moyenne, ce qui est presque miraculeux compte tenu des conditions rencontrées sur cette période…

Grosse pétole hier après-midi et une bonne partie de la nuit avec 5 à 7 noeuds de vent. Du coup, j’ai sorti mon nouveau code D, un sorte de spi asymétrique, équipé d’un emmagasineur pour qu’il soit plus facile à gérer solo. Ça m’a permis de garder une vitesse raisonnable on va dire, mais pas formidable.
A la tombée de la nuit, j’ai préféré l’affaler et le ranger pour privilégier le génois tangonné bien plus facile à gérer en cas de coup de vent pour moi…
Déjà, je suis assez lente pour installer le tangon : y a toujours un « bout » (corde) qui ne passe pas là où il devrait au premier essai, entre la balancine, le hale-bas et l’écoute que je rajoute sur le génois et qui est reliée au winch par une poulie à l’arrière du bateau pour pouvoir border le génois sans que l’écoute n’appuie sur la filière… bref, c’est tout un bordel !
Et aucune envie en pleine nuit d’avoir à jouer l’acrobate à l’avant pour ranger le code D enroulé : contrairement au génois sur enrouleur, lui ne peut pas rester à poste, il y a trop de chances qu’il se déploie seul partiellement… donc je le range après chaque utilisation…

J’ai bien fait car ‪à minuit‬, je me suis pris un petit grain rapide. Bon coup de vent et sous la pluie SVP pour bien se réveiller.

Après, plus de vent… j’en ai profité pour dormir avec AIS et Mer-veille en veille. A mon réveil, j’ai trouvé une hécatombe de poissons volants sur tout le pont : 14 au total dont un qui a manqué de justesse l’entrée du carré. A 10 centimètres près, je le retrouvais sur ma table à carte… Du coup, ça a été nettoyage du pont ‪après le petit déjeuner‬ pour faire disparaître les écailles qu’ils avaient laissé un peu partout. Ce faisant, j’ai trouvé la source de la mauvaise odeur à l’arrière du bateau… je ne comprenais pas… j’en arrivais à me dire que décidément, l’odeur de fiente de fou était tenace. Ben non, en fait, c’était un bon gros calamar qui s’était fichu entre ma bouée fer à cheval et mon portique arrière sur lequel elle est accrochée. Fallait le trouver celui-là !

Comme tous les matins, j’ai fait le point avec Kevin sur nos positions respectives. Il est à 140 milles au nord de ma position. Lui, cette nuit, c’était l’attaque des calamars ! Il en a compté 20 ce matin mais pas un seul poisson volant.

Il semble qu’on ait à peu près les mêmes conditions de vent malgré la distance qui nous sépare : calme hier et cette nuit, un peu plus fort depuis ce matin.

J’espère que je vais récupérer une bonne vitesse ces prochains jours. J’avoue que le temps commence à se faire long… Encore 2.235 milles me séparent d’Hiva Oa…

Jour 19 – 11/08/2019 – 19h00 UTC

Position 04°13.6700 S – 104°12.4610 W
Jour 19.jpg

Distance totale depuis le départ = 2.022 NM dont 130 NM sur les dernières 24h, soit 5.41 noeuds en moyenne.
J’avance bien depuis hier après-midi et c’est tant mieux !

Rien à dire sur la nav d’hier après midi. Temps gris comme d’habitude. Mer ok. Vent ok.

Cette nuit par contre ça a été la java avec des rafales ou plutôt des grains pendant lesquels j’avais facilement 10 noeuds de plus. Alors forcément : branle-le-bas le combat avec frontale sur le front pour réduire la GV et le génois en attendant que ça se calme où là tu remets un peu de toile parce que t’as pas envie d’arriver à Noël en Polynésie… forcément à chaque grain, le vent changeait de direction donc toi, tu fais mumuse jusqu’à 2h du matin avec Hercule ton régulateur d’allure. Et là, tu rêverais qu’Hercule soit doté d’une intelligence artificielle qui lui ferait corriger son cap tout seul… parce qu’à 2h du matin, quand t’as pas encore réussi à fermer l’oeil de la nuit, t’entends qu’une chose : c’est l’appel de ton oreiller, tu ne vois qu’une chose : ta couchette qui, bien que non moelleuse, t’apparait comme le meilleur endroit sur terre ou plutôt sur mer…

Depuis ce matin, les conditions sont fantastiques : ciel bleu, grand beau temps, houle discrète, ce qu’il faut de vent et le bateau file à 5 noeuds au moins.

Bref, je devrais me réjouir mais j’ai un peu de mal. J’ai envie de m’étirer, de marcher, de faire du sport, de bouger quoi… et les options sont très limitées sur mon bateau…Je dois prendre mon mal en patience.

Je viens d’achever mes premiers 2.000 milles en solo, m’en restent 2.113 NM à faire. Chaque jour, je fais la même petite division : nombre de milles restant à faire divisé par ma vitesse moyenne espérée soit 5 nœuds divisé par 24 heures pour avoir le nombre de jours en mer restant. A l’instant présent ça donne : 2.113 / 5 / 24 = 17.6 jours arrondis à 18. Presqu’autant que le nombre de jours déjà réalisés.

J’ai donc fait 50% du trajet. C’est déjà bien. Me reste une grosse ligne droite ou presque à faire. Car en bateau, on le sait, c’est jamais une autoroute. Plutôt les routes de campagne. On dévie de la route. théorique pour éviter une zone de courants contraires ou de mauvaises conditions météos. Espérons que mes petits détours soient les plus petits possibles et qu’ils se révèlent être les bons choix stratégiques.

Kevin lui a choisi une option plus directe. Mais a priori dans les prochains jours, il devrait avoir des conditions de vent et de courant moins favorables que les miennes. Actuellement il est à 157 NM au nord de ma position. Depuis 2 jours, je fais de meilleures distances journalières que lui mais ma route est moins directe. On verra bien quelle option paiera le mieux sur les prochains jours.

Jour 20 – 12/08/2019 – 19h00 UTC

Position 04°46.878 S – 106°11.350 W
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Distance totale depuis le départ = 2.190 NM dont 167 NM sur les dernières 24h, soit 6.96 noeuds en moyenne. Mon record de tous les temps ! Incroyable !

Hier après-midi, puis toute la nuit, j’ai dépassé régulièrement les 7 noeuds.
Mer belle, de beaux surfs, beau temps, nuit aussi claire que le jour où presque grâce à la lune bien dégagée. J’aime quand je navigue vite et bien !

Pas d’attaque de poissons volants cette nuit. Juste un kamikaze qui a raté de peu l’entrée du carré.

Sinon rien de spécial à dire. Je profite du beau temps pour déguster mes petites conserves faites maison. Un délice. Ça y est ! J’ai fait un sort au boeuf bourguignon. Il ne manquait que le petit verre de vin qui va bien…. et je regrette de ne pas en avoir préparé davantage. Les autres bocaux sont bons mais le boeuf bourguignon… un délice !!! C’était pour fêter mes premiers 2.000 milles solo.

Désormais, il ne me reste plus « que » 1.990 NM à faire, donc moins de la moitié !!! Youpi !!!

Kevin est grosso modo à la même distance que moi de l’arrivée bien que 155 NM au nord de ma position, ayant choisi une route plus directe.

Jour 21 – 13/08/2019 – 19h00 UTC

Position 05° 21.050 S – 108°04.171 W
Jour 21

Distance totale depuis le départ = 2.321 NM dont 131 NM sur les dernières 24h, soit 5.45 nœuds en moyenne.

Suis désormais sur une longue autoroute. Une belle ligne droite jusqu’à Hiva Oa. Encore 1.872 milles nautiques à parcourir. A moi d’exploiter les conditions de vent et de houle pour tenter d’aller le plus droit et le plus rapidement possible.

A 5 noeuds de moyenne environ, ma date d’arrivée (ETA) serait dans 15 ou 16 jours.

Depuis quelques jours, les conditions se ressemblent. Mer belle, ciel dégagé et vent à peu près constant en journée. La nuit, début de soirée clair et ça se couvre en milieu et fin de nuit et ça se dégage en milieu de matinée.

Il fait toujours un chouilla frais vu que le contenu de ma bouteille d’huile de coco s’est figé depuis un peu bout de temps et que je commence juste à voir que ça devient de plus en plus tendre. C’est bon signe ! J’approche de la chaleur !

Après quelques épisodes de Buck Rogers qui, finalement, n’est sympa qu’à petite dose, je me suis fait une orgie de la série Chuck que je ne connaissais pas et sur laquelle j’ai bien accroché. Dommage que sur la saison finale, il me manque les 8 derniers épisodes sauf le final. Ça gâche un peu le truc haha ! Et maintenant je m’attaque à la fameuse série Game of Thrones que tout la planète ou presque semble connaître…

Bref la vie s’écoule doucement sur Nautigirl.
Tous les matins, je fais mon petit tour de pont façon chasse aux oeufs de Pâques sauf que là je cherche des poissons volants et des calamars histoire de ne pas les laisser se décomposer au soleil. Ça pue vite sinon. Ce matin, j’en ai trouvé 1 de bonne taille et plusieurs mini-minis. Comme quoi, même petit, ça vole haut et loin.

Kevin est toujours 156 NM au nord de ma position. Il bénéficie de moins de vent que moi donc là il avance à une vitesse de 3 à 4 noeuds. Désormais ma route idéale est au 265° quand la sienne serait plus du 250° je pense.

Jour 22 – 14/08/2019 – 19h00 UTC

Position 05° 33.293 S – 109°44.612 W

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Distance totale depuis le départ = 2.445 NM dont 124.5 NM sur les dernières 24h, soit 5.2 nœuds en moyenne.

Il me reste 1.771 NM à parcourir. 15 jours environ. J’ai de plus en plus hâte. Les jours se succèdent et se ressemblent.

Déjà la saison 3 de GOT… et je n’ai que quelques épisodes de la 4… damned ! Quelle sera la prochaine série que je choisirai de découvrir… voici la question brûlante du jour…

Entre 2 épisodes, j’essaie d’avancer sur ma vidéo de la Transpacifique, histoire de rajouter des images à mon carnet de bord mais je dois faire avec la conso électrique du bord… Je ne peux recharger mon ordi qu’en pleine journée quand le soleil tape fort sur les panneaux. Autrement, je consomme trop d’énergie et avec mon frigo et le pilote qui a remplacé le régulateur d’allure pour avoir une route plus « rectiligne », j’ai du mal à reconstituer les 100% de batteries… L’après midi, le soleil étant droit devant moi ou presque, mes voiles font de l’ombre sur mes panneaux solaires qui, du coup, ne sont pas efficaces… bref, par 2 fois déjà, j’ai dû allumer le moteur, au point mort accéléré, pour recharger les batteries… et je déteste le bruit du moteur.

A part mon impatience croissante d’arriver, tout va bien à bord ! Journées magnifiques tous comme les nuits. J’adore quand la lune nous honore de sa présence !

Jour 23 – 15/08/2019 – 19h00 UTC

Position 05° 50.1770 S – 111°38.1970 W
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Distance totale depuis le départ = 2.590 NM dont 145 NM sur les dernières 24h, soit 6.04 noeuds en moyenne, ce qui est excellent compte tenu des conditions très légères que j’ai eu hier après-midi.

Le vent s’est levé en soirée. Je crois que j’ai passé mon temps jusqu’à 3h du matin à ajuster mon régulateur d’allure pour garder une trajectoire aussi rectiligne que possible malgré le vent inconstant en direction. J’ai fini par abdiquer et repasser sous pilote en fin de nuit, le vent s’étant stabilisé en terme de force et mon pilote ne bippant plus à tout va à cause de l’effort trop important.

J’ai eu une pleine lune comme celle qu’on imagine dans les contes avec des loups-garous : belle, toute ronde, apparaissant dans une trouée de nuages, le reste du ciel étant parsemés de milliers de gros moutons blancs (métaphore pour les nuages bien évidemment). On y voyait comme un plein jour. C’était magnifique. J’adore les nuits de lune pleine ou presque !

Sinon, ben, je m’ennuie… J’en suis au point où je rêverai entendre Mac parler… mais non… rien à faire. J’dois toujours être saine d’esprit parce que rien ne s’est encore mis à parler….

Alors je mange… plutôt bien. C’est ma mère qui doit halluciner de savoir que sa fille s’intéresse suffisamment à la cuisine pour s’être faite de délicieuses petites conserves qu’elle déguste au fur et à mesure…

Et bien que tout le monde m’avait dit que je perdrais du poids en traversée, je n’en suis pas si sûre… En même temps, je me dis que j’allège de plus en plus le bateau et que du coup, je dois gagner en vitesse, donc c’est pour la bonne cause !
Faudrait faire le calcul :
+ X kilos gagnés depuis janvier parce que j’ai arrêté de fumer en prévision de la grande traversée…
– Y kilos perdus car pas d’alcool en traversée sauf le verre de rhum pour la traversée de l’Equateur
+ Z kilos gagnés parce que je kiffe mes conserves…
Si X+Z < Y tout va bien… mais je crains que X soit > Y… A mon retour sur terre, ça va être retour au sport…

Sinon côté séries, c’est bien mais c’est mieux quand tu as tous les épisodes et pas seulement certains… Concernant GOT : j’ai vu les 3 premières saisons et 4 épisodes de la 4ème… Je ne comprends pas vraiment l’engouement. Ça se regarde bien mais c’est super glauque, je trouve. Trahisons, coups bas et violence… Ça fait rêver franchement ?
Je parle même pas des galions qu’on y voit en train de naviguer à la vitesse de la lumière avec des voiles fasseyantes et toujours dans la bonne direction sans jamais tirer de bord… Croyez-moi, on ne voit ça que dans les films !
Bref, j’ai pas la fin et c’est pas grave. De toute manière, je sais que Daeneyris poignarde Jon Snow qui doit être son amant mais en fait qui a un lien de parenté avec elle ou un truc comme ça…
Moi, à mon époque, on avait Dallas ou Santa Barbara. Ça devrait coûter vachement moins cher à produire et c’était tout autant tordu…

Kevin, quant à lui, est au N-NE de ma position à 138 NM. Il vient de se casser une dent… en mangeant des cheetos… Si, si… vous savez : le genre de gros chips qui rendent vos doigts orange fluos… Le genre de choses qui, d’après moi, semble plus risqué question taux de cholestérol que dentition…
Remarque, je m’en suis déjà pété une avec une barre de kit-kat qui ne sortait même pas du frigo, alors j’ai pas de leçon à lui donner !
Il est en train de penser à se faire un genre de pansement à l’époxy si ça commence à lui faire mal. Je lui ai dis que si c’était le cas, j’avais un pansement spécifique dans ma trousse à pharmacie que je pourrais lui passer par dessus bord si on se rapprochait assez l’un de l’autre. Bref, il a hâte d’atteindre Hiva Oa pour aller voir un dentiste avant que cela ne lui fasse mal… Il ira ensuite à Nuku Hiva chercher son démarreur.

Restent 1.655 milles nautiques à parcourir. A 5 noeuds de moyenne, ça représente 14 jours encore.

Jour 24 – 16/08/2019 – 19h00 UTC

Position 06°07.188 S – 113°26.442 W
Jour 24.jpg

Catastrophe… Je viens de réaliser ce que je soupçonnais sans vouloir vraiment le vérifier.
Je m’explique : les distances et moyennes que j’affichais étaient données par mon logiciel de navigation Open Cpn sur mon ordinateur et ça déconne complètement !
Au début, j’utilisais mon iPad, comme d’habitude… source fiable… jusqu’à ce que son GPS interne me lâche… alors j’ai dû me rabattre sur un autre logiciel que je n’utilise jamais… bref… il s’avère que les distances et moyennes telles que calculées par Open Cpn sont largement surestimées… ça retient sur des petits segments des vitesses d’une centaine de noeuds… n’importe quoi… et aucun moyen d’influencer le calcul à mon niveau… La seule option que j’ai dans les « paramètres », c’est la précision de la trace : faible, moyenne ou grande. J’ai changé grande pour moyenne. Je verrais bien si, d’ici 24h, le calcul paraît plus cohérent.
Quant à moi, ça me faisait tellement plaisir de voir s’afficher des distances et des vitesses incroyables que je ne voulais rien remettre en cause en considérant que j’avais juste du bon courant… bon non… comme quoi, quand ça paraît trop beau, même si on en a pas envie, mieux vaut ouvrir grand les yeux et se poser les bonnes questions…

J’ai donc repris chaque distance journalière en utilisant la méthode standard : la distance en ligne droite séparant mon point de départ de mon point d’arrivée, toutes les 24h… et là… ouch… ça fait mal… dans l’ordre du jour 1 au jour 23, ça donne en milles nautiques : 88,4 + 62,2 + 60,2 + 9,4 + 58,2 + 69,1 + 76,4 + 87,5 + 105 + 89,2 + 92,3 + 112 + 125 + 123 + 109 + 125 + 121 + 99 + 127 + 124 + 118 + 101 + 115 = 2.196,9 NM et non pas 2.590,3 NM… soit 393,4 NM de moins… rien que ça… je vous parle même pas des vitesses moyennes…. 6 noeuds et quelques ? Dans mes rêves, oui ! Du coup, depuis ce matin, c’est la déprime totale… même si je sais qu’au fond, ça ne change rien… mais quand même, ça ne fait pas plaisir du tout… je me sens stupide d’y avoir cru et de m’être enthousiasmée pour rien…

Distance totale depuis le départ (en ligne droite) = 2.306 NM dont 109 NM sur les dernières 24h, soit 4.54 noeuds en moyenne.

J’ai carrément hâte d’arriver. Oui, je rêve d’un bon lit. Oui je rêve de marcher sur la terre ferme, d’interagir avec des gens de vive voix ou même au téléphone, de pouvoir faire d’autres activités que celles qui sont les miennes depuis 24 jours maintenant.

Je suis tout le contraire d’une contemplative, plutôt une hyperactive alors oui c’est dur pour moi dans la durée de rester cloîtrée sur un 28 pieds. C’est comme ça. Pas de honte à avoir, on est tous différents. Je lis un bouquin en 1 à 2 heures, j’en ai lu des dizaines déjà. J’ai regardé plusieurs séries ou films. J’ai fait des mots croisés. J’ai écrit un peu. J’ai commencé ma vidéo… mais le bateau bouge sans cesse. Je fais attention chaque fois que je sors mon ordi qu’il ne puisse pas se péter la figure, d’ailleurs je ne peux pas le sortir souvent car il faut une belle journée avec un fort et long ensoleillement pour pouvoir le charger sans puiser sur les batteries du bord…

Je crois que j’ai besoin de plus de variétés dans mes activités, c’est tout. Et le but de mon journal de bord, c’est d’être honnête sur ce que je vis et ressens. Alors oui passer plus d’un mois sur un tout petit bateau, c’est plus dur pour certains que pour d’autres, j’en fais partie et c’est comme ça. Mieux vaut être franche : moi, je trouve ça long. J’ai l’impression d’être un ours en train d’hiberner… Pour ceux qui ne l’ont jamais fait, c’est aussi important de le savoir avant de se lancer tête baissée dans une grande traversée.

Et savoir que Kevin, lui, avec son bateau a fait plusieurs fois « vraiment » 170 milles par jour, j’avoue que j’ai un peu les boules… il sera parti après moi et arrivera devant moi. Là, il est à 146 NM à mon Nord Ouest.
Et comme d’hab, je fais le bateau balai… le dernier de la bande… en même temps 40 pieds vs 28… y a pas concurrence, je le sais… mais quand même… j’ai hâte d’arriver : je le dis et le pense.

Suis désormais dans la zone UTC-8. J’ai encore retranché une heure à ma montre.

Restent 1.546 milles nautiques à parcourir soit 13 jours environ à 5 nœuds de moyenne.

Jour 25 – 17/08/2019 – 19h00 UTC

Position 06°24.449 S – 115°24.222 W
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Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 2.424 NM dont 118 NM sur les dernières 24h, soit 4.91 noeuds en moyenne. En réalité, j’ai fait plus de distance et une meilleure moyenne vu que le vent ne m’a pas autorisée à faire une ligne toute droite, style autoroute. C’était plutôt une route de campagne voir même une route de montagne cette nuit…

Hier matin, le moral n’était pas bien haut. Il est remonté un peu avec une bonne douche, une bonne lessive et un complet réaménagement de l’intérieur du bateau pour le rendre plus confortable : désormais, comme je ne suis plus au près, je me suis libéré un grand espace pour dormir. On va pas appeler ça un lit double mais vu l’espace intérieur, c’est ce qui s’en rapproche le plus. Avec un drap frais, ça requinque un peu le moral. Bien obligée de toute manière car mon drap habituel a fini recouvert de sauce tomate. Ben oui, il est bien trop près de mon coin cuisine et lors de l’ouverture d’une boîte de conserve bien trop remplie, à l’ouvre-boîtes svp, un gros coup de gite malheureux insuffisamment compensé par un mouvement adroit de ma part, a envoyé valdinguer une partie du contenu partout sauf dans la casserole. Et mon drap s’est révélé chanceux au tirage…

Ensuite, je me suis fait une petite séance cinéma avec le casque sur les oreilles et un bon film à regarder sur la tablette… Life… vous connaissez ? Un film d’horreur en fait… genre alien… un peu de terre de mars dans laquelle les astronautes découvrent une cellule qui finit par se multiplier et attaquer tout le monde…. beurkkkk…. Note pour plus tard : supprimer tous les films d’horreur que j’ai pu enregistrer sans le savoir sur mon disque dur. Très très mauvaise idée de regarder ce genre de truc quand t’es seule sur un mini-bateau dans lequel ça craque, ça s’entre-choque, ça couine, et tout ça au milieu de nulle part…

Bref super après-midi avant une nuit d’enfer…

Pas pu fermer l’oeil avant 4h du mat. Pendant la nuit, le vent est monté soudainement en changeant de direction. Génois tangonné, me suis retrouvé génois à contre, GV retenue par la retenue de bôme… j’ai enroulé le génois, tenté de virer uniquement avec la GV pour repartir sur le bon bord, impossible directement… obligée d’aller dé-tangonner frontale sur le front. Puis reprendre de la vitesse génois + GV et virer de bord enfin ! Le vent a continué à monter et à changer de direction. Me suis retrouvée à faire des pointes à 8 noeuds dans une grosse houle avec plus de 20 noeuds apparents vent arrière ou presque. Mes autopilotes n’ont pas tenu le coup : ni le ST2000, ni le SPX5 pourtant plus puissant. Trop de houle, trop d’embardées malgré 3 ris dans la GV et un génois largement réduit. Du coup, j’ai utilisé le régulateur d’allure qui, lui, fait faire des énormes lacets au bateau avec les vagues sans pour autant décrocher. J’ai passé la nuit à faire des réglages, rentrer tenter de me reposer un peu, ressortir quasi aussitôt à cause d’une bourrasque ou d’une vague plus forte qu’une autre. Bref, ça a été infernal jusqu’à 4h du mat. Et là soudain calme plat mais toujours avec la même houle. Résultat : t’as l’impression d’être dans un shaker. Et puis le vent a repris mais plus modéré et j’ai pu dormir un peu. Ça n’aura pas duré longtemps : maintenant c’est pétole et houle… Et ça me casse les #$%@ !

Surtout quand Kevin à 100 NM à mon NO a 16 bons noeuds de vent et navigue à 8 avec des pointes à 10… j’ai même plus envie de lui parler…

Aujourd’hui, j’ai atteint la durée la plus longue que j’ai déjà passée en mer, soit 25 jours : la durée de ma transatlantique sur un Sun Odyssey 479. C’était en novembre/ décembre 2016.
Je m’étais inscrite sur des sites de bourses aux équipiers et quelqu’un m’avait répondu. C’était Philippe, dans les 70 ans, propriétaire d’un nouveau bateau qu’il comptait ramener en Martinique. Avec lui Antoine, 28 ans, un autre équipier recruté par petite annonce.
Je les avais rejoint en avion aux Canaries et 2 jours après, on était partis.
A l’époque, je ne me rendais absolument pas compte de ce dans quoi je m’engagais. Partir comme ça avec 2 inconnus sur un bateau dont je ne connaissais pas avant d’arriver…
Ça aurait pu très mal se passer. En fait, ça a été génial. Bon trio avec 3 personnalités totalement différentes mais qui fonctionnaient bien ensemble. Bateau neuf mais fiable. Pas de gros souci. Philippe, le skipper et propriétaire, savait ce qu’il faisait.
Le seul truc, c’est qu’on s’est payé une bonne grosse pétole concomitante avec un problème de réception des gribs par iridium et qu’on est resté 7 jours coincés dedans, Philippe souhaitant économiser le carburant. D’où 25 jours au lieu de 17 à 20 jours pour un bateau de cette taille.
L’équipe était parfaite. Le bateau était grand, ultra confortable. Très bon souvenir (pour ceux qui ne l’ont pas vu, regardez la vidéo correspondante sur ma chaîne YouTube).
Mais j’étais ultra contente de poser mon pied à terre le 25e jour et de sabler le champagne avec le reste de l’équipage.

Et ben, vous l’aurez deviné : je pense déjà au moment où je vais ouvrir la bouteille de champ’ que je réserve pour mon arrivée aux Marquises !

Restent 1.427 milles nautiques avant Hiva Oa, soit encore 12 jours à 5 noeuds de moyenne… encore faut-il les atteindre les 5 noeuds… @#$% de pétole…

PS : Mon réglage sur les paramètres de ma trace sur Open Cpn n’a rien changé. J’ai encore des calculs bizarres qui surestime ma vitesse et la distance parcourue. Maintenant, je contrôle systématiquement. J’ai encore changé de « moyen » à faible » la précision de la trace pour voir mais je pense que ça ne va rien changer au problème… Tant pis… Au moins maintenant, je le sais. Quelqu’un a déjà eu le problème que je rencontre avec Open Cpn ?

Jour 26 – 18/08/2019 – 19h00 UTC

Position 06°37.310 S – 116°55.732 W
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Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 2.516 NM dont 92 NM sur les dernières 24h, soit 3.83 nœuds de moyenne seulement…Ok, suis sous régulateur du coup je fais des lacets fonction de l’évolution du vent mais j’ai du vent de merde depuis hier… des conditions ultra légères avec une houle de malade… heureusement elle est relativement longue. N’empêche que j’ai l’impression d’être dans un shaker.

J’ai mal au crâne depuis hier soir et ça ne disparaît pas. J’essaie de boire car je pense que ça vient d’un manque d’hydratation mais j’ai carrément du mal vu que j’ai l’estomac au bord des lèvres… En bref, suis légèrement malade. Peut-être un coup de froid pendant la nuit précédente ? J’ai le nez pris un peu alors…

Donc ce n’est pas la super forme. J’avoue ce matin, j’ai pété un petit plomb après le bateau, la houle, tout. Y a tout qui bouge, qui fait du bruit. Quand tu te reposes, tu te relèves plusieurs fois pour faire la « chasse aux bruits » : l’ustensile de cuisine qui tape derrière la cloison sur laquelle repose ton oreiller, la conserve qui tape sur une autre, le bocal en verre qui fait de la samba contre un autre. Tu passes ton temps à mettre des chiffons un peu partout pour faire amortisseur ou tu re-ranges et parfois quand tu en as trop marre, tu balances ta main au hasard dans le compartiment en espérant que – par hasard – ça mette fin au bruit… parfois ça marche…

Je vois du 2 noeuds… 3 noeuds… de vitesse. J’arrive plus à décoller à 4 ou 5… j’ai l’impression d’être scotchée…Enfin scotchée…. sauf dans les mini grains qui se multiplient depuis le milieu de la nuit. Le 1er ne m’a pas réveillée. Résultat, j’ai ouvert les yeux et j’ai réalisé que ma table à carte était trempée, mon téléphone aussi (mais heureusement il a résisté), le sol aussi, que mon ordi de nav posé plus loin était constellé de gouttes de pluie… Forcément, je suis vent arrière maintenant et la pluie rentre par « derrière ». Du coup, branlebas le combat pour sortir la porte que j’avais rangé et la mettre. Et j’ai bien fait car les mini grains se sont succédés. Ça dure 5 min. Ça fait changer le vent de direction. Du coup le regul suit et moi : ça me rallonge la route.

Pourquoi ne pas mettre le pilote alors ? Et bien simple : le pilote ST2000 se met en « off course » en 2 secondes sous les grains ou avec une grosse vague (off course = le bras attaché à la barre s’étend au max et ça le pilote n’aime pas du tout. C’est comme si il se faisait une luxation de l’épaule et il arrête de fonctionner). L’autre, le SPX5, plus solide, fonctionne avec un capteur d’angle qui lui évite ce problème. Sauf que… mon capteur d’angle est pété… ou en tout cas le ressort qui permet à son levier de se remettre en place après chaque mouvement de barre est pété. Faut que j’essaye de bricoler un truc. Mais pour bricoler, faut être en forme… alors ce sera plus tard.

Encore 1.334 NM. J’arrête de convertir en jours à 5 nœuds de moyenne car je ne les tiens plus en ce moment.

Histoire de finir sur une note plus fantaisiste : j’ai une tomate achetée il y a 27 jours qui est toujours rouge pétante et toujours ferme. C’est impressionnant et ça me paraît inquiétant aussi… une vraie bonne tomate pas bourrée de pesticides, ça ne résiste pas aussi longtemps non ? Bref, j’ai décidé de la garder comme sujet d’étude…

Et sinon : mon huile de coco est enfin liquide et transparente, signe qu’il fait bien meilleur qu’il y a encore quelques jours !

Jour 27 – 19/08/2019 – 19h00 UTC

Position 06°30.130 S – 118°24.346 W
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Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 2.604 NM dont 88 NM sur les dernières 24h, soit 3.66 nœuds de moyenne seulement…

Ça paraît peu mais en réalité, ma trace fait environ 100 NM en faisant un bel arc de cercle au fur et à mesure que le vent a évolué. J’ai en effet pris la décision de remonter un peu au nord de ma route actuelle pour tenter de chopper un peu de courant favorable. D’où mon changement de cap cette nuit. Je laisse faire le régul à une allure où le bateau va bien et sur laquelle je remonte lentement.

Je me sens physiquement mieux depuis hier après-midi. A 15h heures locales, j’ai enfin mangé quelque chose pour la première fois depuis 24h… Y avait rien qui passait à cause de ce sentiment de nausée dont je souffrais. Un doliprane a aidé à faire passer le mal de tête. Il est revenu un peu en cours de nuit. Suis toujours certaine que c’est parce que je ne bois pas assez. Alors j’essaie de m’obliger à boire même si mon cerveau croit que je suis un chameau et ne me transmets jamais de sensation de soif…

Hier, j’ai passé la journée dans ma caverne, i.e. dans mon carré, à tenter de dormir le plus possible sur mon « grand » lit, calée comme possible avec des coussins.
Juste voir ma vitesse au GPS suffisait à me faire déprimer : 2 à 3 nœuds. Le vent était léger entre 2 grains de 5 min… juste le temps de voir un surprenant 5 nœuds de vitesse avant que ça ne s’effondre encore… Grains qui sont tombés toute la journée et une partie de la nuit.

Déjà, pas le moral, une vitesse de merde, un temps gris et pluvieux avec de gros nuages menaçants… et là, t’as Kevin qui t’envoie sa position et tu réalises qu’il est bien 200 milles DEVANT toi, qu’il fait régulièrement 140 à 150 NM et qu’il a 1 à 2 nœuds de courant…. ça a fini de me tuer le moral…

Difficile de prendre de bonnes décisions quand tout ton être crie qu’il en a assez et qu’il veut juste être arrivé… Difficile de calculer qu’à 5 nœuds de moyenne il te faut encore 11 jours par exemple mais qu’à 3.50 noeuds, ça demandera 16 jours… Finalement 5 jours c’est rien mais parfois ça paraît une éternité…

Heureusement depuis ce matin le bateau semble aller mieux. Je fais du 4-5 nœuds. Enfin !!! Le ciel est bleu au-dessus de ma tête. Enfin !!! Le régul joue son rôle et même si je ne fais pas une ligne droite comme m’y autoriserait un pilote automatique réglé sur un cap fixe, le vent semble beaucoup plus stable en direction que les jours précédents. Bref, tout va mieux ! Je ne sais pas si c’est ma décision de remonter un peu plus nord ou si j’aurais eu les mêmes conditions sans altérer ma route initiale, et ce n’est pas grave : je me sens mieux !
Comme quoi, du soleil et du vent, c’est ça dont j’avais besoin !

Cette nuit, j’ai rêvé d’un port bondé… du genre avec plusieurs rangées de bateaux le long du même ponton et dans tous les sens. Et moi j’arrivais avec mon bateau et je faisais le « créneau » parfait pile dans le seul emplacement de libre, cul et nez aux bateaux devant derrière. Après il fallait envoyer les amarres au-dessus des voisins bien sûr pour atteindre des taquets de libre…bref du grand n’importe quoi mais je pense que mon inconscient me souffle qu’il a envie de retrouver la civilisation haha !

Restent 1.249 milles nautiques à parcourir.

Jour 28 – 20/08/2019 – 19h00 UTC

Position 06°22.938 S – 120°23.344 W

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Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 2.723 NM dont 119 NM sur les dernières 24h, soit 4.96 noeuds de moyenne, ce qui n’est pas mal du tout quand on compare avec les derniers jours !

J’ai oublié de vous dire que Kevin a pété la drisse de sa GV y a 2 jours. Il a du grimper au mât en solo pour se bricoler un truc avec une drisse de spinnaker. Je n’ai pas tous les détails sauf qu’il est obligé de naviguer avec 2 ris maintenant dans la GV vu qu’il ne peut plus la hisser jusqu’en haut. Donc il va moins vite qu’il ne pourrait… sachant qu’il est déjà 300 milles DEVANT moi et qu’il est parti 6 jours après moi. D’après ses estimations, s’il continue comme ça, il arrivera dans 6 jours… Genre, si j’avais son bateau, ben j’arriverai… AUJOURD’HUI même avec une GV avec 2 ris… respire… respire… respire… ouais… je crois qu’il faut que je me mettre sérieusement au yoga ou à la médiation…

Quand à moi à mon rythme actuel, je compte quelques jours de plus (que 6 jours, je veux dire)… j’ose même pas avancer un chiffre précis en fait… j’espère 11 maximum… 10 si les conditions le permettent… mais y a une vilaine zone de pétole entre moi et mon point d’arrivée…

Alors focalisons sur les petites victoires du moment… comme ma réparation avec un petit sandow de mon capteur d’angle. Solution soufflée par un très bon pote et appliquée par moi en pleine mer avec les moyens du bord. De nouveau, je me sens dans la peau de Mac Gyver quand je vois qu’un truc fonctionne avec un simple bout de ficelle (ou bout d’élastique dans le cas présent).
Du coup, j’ai pu remettre en route mon pilote automatique. Par contre, pas Ricky qui se met en « stall » au bout de 2 mn (en gros, il est en surcharge pour zéro raison, je pense que son moteur a trop souffert) donc j’ai fait appel à son frère jumeau Nicky, un autre vérin de type SPX5. Ricky est marron et Nicky est bleu, c’est comme ça qu’on les distingue. Et là, je dois remercier encore une fois le gentil donateur de Nicky car sans lui, je serais à l’heure actuelle bien embêtée !
Pourquoi Nicky comme surnom ? Parce que grande fan de Nicky Larson, vous connaissez ce manga ? Ce détective privé trop beau gosse obsédé par les belles nanas et son acolyte Laura. Ben voilà et puis ça rime bien avec Ricky !!
Ah certains se sont moqués de mes éléments en double sur le bateau, n’empêche que ça sert bien parfois !

Grâce à Nicky et au capteur d’angle qui l’empêche de faire de trop grands mouvements malgré la houle très prononcée parfois, je file droit désormais. Et j’ai retrouvé le sourire cette nuit avec des vitesses de 6 à 7 noeuds dans les surfs, même du 8 parfois ! Bon vent. Bonne houle de derrière, génois tangonné en ciseau avec la GV, ça dépote et ça me redonne un bon moral ! J’ai quand même gardé un oeil sur Nicky toute la 1ère partie de nuit pour vérifier que les contraintes n’étaient pas trop sévères, mais ça va, il a assuré comme une bête !

Je me dis que c’est possible de croire à une arrivée dans 10 jours malgré un WE de pétole prévu sur une large zone… c’est pour ça que tranquillement je suis remontée un peu plus vers le 6e Sud pour espérer frôler cette zone sans y pénétrer… tant pis si ça fait plus de route, l’essentiel c’est de faire avancer le bateau.
Rien de pire que d’être prise au piège dans un shaker avec de la houle et pas de vent. Je préfère éviter si possible.

Tous les jours, je me lève et vois avec satisfaction les milles qu’il me reste à faire diminuer. Je ne regarde que les 2 premiers chiffres : 13 cents, 12 cents, 11 cents… c’est comme un compte à rebours… bientôt 10 et ensuite ce sera 9… 8… 7… etc…

Le mini-drame de cette nuit : à 23h30, mon ordinateur de bord a crashé… Celui sur lequel je connecte notamment en USB mon AIS pour voir sur la carte les autres cibles AIS (les autres bateaux qui émettent un signal). Outil bien pratique surtout quand on est seule à bord… Je me voyais déjà en train de réfléchir à comment faire si je ne peux plus utiliser mon ordi pour voir les cibles AIS… Bah… comme aux temps anciens : tu fais une veille attentive à tout moment et donc tu meurs de fatigue… Parce que j’avoue que, vu que j’ai pas croisé un chat depuis plusieurs semaines, j’ai pas mal relâché la pression et je dors sans mettre de réveil. J’me réveille malgré tout toutes les heures voire 2h naturellement et pour le reste je compte sur mon Mer-veille et mon alarme AIS…
Bref, ne sachant pas quoi faire d’autre, je force l’ordinateur à s’éteindre et je le rallume. Et ô miracle, le mal est faible : j’ai juste perdu toutes mes traces depuis la journée 21 incluse…pfff… ça donnait un peu de couleur à l’écran… heureusement que je mets des waypoints toutes les 24h…
En même temps, c’est un mini PC qui a quelques années déjà et je pense qu’il n’est jamais resté allumé aussi longtemps (ben oui, je voulais avoir ma trace tout du long… ben c’est dommage…).

Distancer restant à parcourir : 1.133 milles nautiques. Demain je commence mon compte à rebours à 10 !!! J’suis déjà tout excitée !

Jour 29 – 21/08/2019 – 19h00 UTC

Position 06°25.147 S – 122°32.631 W
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Ça y est ! Le compte à rebours a commencé. D’ailleurs j’étais tellement pressée de le commencer que je me suis avalé un Red Bull à 16h hier après-midi pour être sûre d’assurer toute la nuit question réglages. Parce que depuis que je suis remontée vers le 6°S, je vais vite et je voulais profiter des bonnes conditions pour avancer un max. Résultat : j’ai dormi 2 ou 3 heures cette nuit, j’étais au taquet pour essayer d’atteindre à l’heure du point les 1.000 NM restant à faire. Je les ai raté de peu, j’en suis à 1.006 NM. Pas mal hein ?

Ça veut dire que j’ai fait un super score sur les dernières 24h avec une distance de 129 NM, soit 5,4 noeuds de vitesse moyenne. J’aurais pu faire mieux sans cette grosse molle entre minuit et 1 heure du matin et le vent trop léger depuis le début de la matinée.

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 2.852 NM.

Hier après midi, j’ai re-regardé « Deep water », un documentaire sur Donald Crowhurst. Vous savez de qui je parle ? Ce concurrent du Golden globe challenge de 1968, disparu en mer alors qu’il était dans le peloton de tête et dont on a réalisé qu’il avait triché tout du long. Ce documentaire explique ce qui l’a mené à faire ce qu’il a fait. Croyez-moi à terre, j’avais déjà été touchée par cette histoire, hé bien en mer, ça prend une toute autre ampleur. L’imaginer seul pendant des semaines et des mois entiers, coupé de tout contact, en train d’essayer de fomenter un plan pour s’en tirer en vie, sans ruiner toute sa famille avec lui, sans passer pour un raté, pas évident. Moral au plus bas, personne à qui parler, personne pour te raisonner, un bateau en mauvais état qui coulera certainement dans des mers fortes, toute sa vie gagée sur ce bateau qu’il a construit. Il a le mérite d’avoir tenté de vivre un de ses rêves et le courage d’être parti pour ne pas perdre la face. Après malheureusement, il n’a sans doute pas fait les meilleurs choix mais je peux tout à fait comprendre dans le contexte d’isolement extrême qu’était le sien…

C’est Robin Knox-Johnson qui avait été le premier à boucler ce premier tour du monde en solitaire. Sur un Contessa 32. A peine plus grand que Nautigirl. Avec une distance journalière moyenne de 92 NM.

Bon… bah finalement faut pas que je me plaigne avec mes 98 milles en moyenne dont une fabuleuse journée en début de voyage avec un record de 9.4 NM (en ligne droite sinon en vrai c’était plutôt 40) !! Oui, oui : neuf virgule quatre milles nautiques… la fameuse journée où j’ai réalisé que j’avais un problème avec mon inverseur et que j’ai passé une partie de la journée à aller dans un sens, l’autre partie, dans le sens inverse et la nuit entière à me laisser dériver voiles affalées le temps de décider de ce que je voulais vraiment. Sinon j’aurais pété le score de 100 NM journaliers ! Ok avec un peu de moteur au début…

Donc à partir d’aujourd’hui, j’arrête de comparer Nautigirl 28 pieds (soit 8.50m), 2.90m de large avec le Trosca sud-africain de Kevin dessiné par Angelo Levranos : 39 pieds (soit 13m) par 4m de large. Sa vitesse de croisière est de 7.5 noeuds et il a même atteint du 10 noeuds grâce au courant. Son record depuis le départ ? Une journée à 193 MN… Tu m’étonnes que je joue le rôle de la tortue… Y a que dans la fable de la Fontaine qu’une tortue irait plus vite qu’une langoustine des mers (tout le monde a compris de quoi je parle quand je dis langoustine des mers hein ??? Je ne parle pas vraiment d’un crustacé, nous sommes bien d’accord ?!? C’est le seul surnom dont je me rappelle haha !). Bref…

A part ça dans le documentaire, ils parlaient bien évidement de Moitessier qui a décidé au dernier moment, au lieu de finir la course, de refaire un autre tour du monde !! Comme quoi, on est pas tous pareils… Moi, je vais kiffer mon arrivée et le fait d’être entourée de gens ! Tu me dis : « allez, Diane, maintenant tu fais demi-tour et tu repars à Panama », je me tire une balle, promis !

Même si j’avoue, l’après-midi d’hier à presque 6 noeuds de moyenne m’a carrément enchantée. C’est ça le secret : pour ne pas que je m’ennuie, faut que ça aille vite ! Et croyez-moi, ça motive ! J’ai passé mon temps à mettre et enlever le tangon à chaque fois que le vent changeait légèrement de direction pour optimiser les réglages. Mode régate !!!

Depuis ce matin, c’est plus difficile. Vent léger. Du courant favorable heureusement mais une houle prononcée qui balade le bateau au sommet des vagues comme s’il s’agissait d’une coquille de noix. C’est pas franchement agréable.

En tout cas, le compte à rebours a commencé ! DIX !!! Très bientôt NEUF… Je croise les doigts pour réussir à faire du 5 noeuds de vitesse moyenne ou plus mais je me dis qu’un objectif de 100 NM par jour est plus objectif. Nous verrons bien ! C’est parti baby !!!!

Jour 30 – 22/08/2019 – 19h00 UTC

Position 06°45.657 S – 124°31.004 W
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30ème jour en mer ! C’est pas dingue ça ? Un mois complet passé sur l’eau sans poser le pied à terre. Me demande si je vais pas avoir un méga mal de terre une fois arrivée…

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 2.971 NM dont 119 NM sur les dernières 24h, soit 4.96 noeuds de moyenne.

Allez !! Les 3.000 milles cette après-midi !! Youhouuuuu !

Suis archi motivée pour faire avancer le bateau le plus vite possible maintenant que je vois la ligne d’arrivée. Objectif : faire minimum 100 milles pour jour et si possible atteindre 5 noeuds de moyenne.

Le problème pour ces dernières 24h : le vent s’est montré très capricieux ! Hier après-midi, j’ai fait du 4.5 noeuds environ. Impossible d’aller plus vite. Puis j’ai passé la nuit sous les grains. Un coup 6 noeuds de vent, t’as tout qui claque…. Tu tangonnes le génois à l’avant… Et puis 5 minutes après t’as 20 noeuds. T’as pas le temps de réduire ta GV, t’as le bateau qui loffe, le tangon qui grince, le génois qui claque. Alors sous la pluie à 2, 3, 4h du matin, t’es suspendue à l’enrouleur pour réduire tant que possible le génois en espérant que ça suffise pour redresser le cap du bateau en attendant la fin du grain. Parfois, c’est le pilote qui lâche… trop d’effort pour son petit moteur. Alors tu mets le régul à la place qui lui résiste bien sauf qu’à chaque coup de vent, ton cap perd direct 45 degrés avant de revenir lentement vers un meilleur cap en faisant de gros lacets à chaque houle. Et tu finis par remettre le pilote dès que possible…
J’ai parlé de cette houle de fou ? Houle de fou… Je crois que ça sert à rien de retourner mes oeufs dans leur boîte : à mon avis, le jaune ne touche jamais la coquille…

Bref, j’ai encore très peu dormi cette nuit. Je suis éclatée là… va falloir que je compense avec des méga siestes en journée.

Pour me motiver, jai maté « En solitaire » hier avec François Cluzet qui joue le rôle d’un skipper sur un Imoca en plein Vendée Globe.

A un moment du film, tu entends qu’il détient le record de distance en 24h : 542 milles…. euuuuuhhh là j’ai bugué en réalisant que le trajet qui va me prendre presque 40 jours, il le ferait lui en une grosse semaine !
J’avoue que ça fait envie. Et puis finalement, j’ai réalisé que mon rapport vitesse / investissement n’était pas si mal…. Moi, ma distance maxi, elle est de 129 milles ok… soit 4,2 fois moins mais un Imoca doit coûter 100 fois le prix de mon bateau alors finalement, c’est pas si mal mon petit Sail 902… Même si j’aimerai lui rajouter une troupe de galériens avec des rames pour les jours de pétole… Ah ! Et puis je rajouterai aussi un pilote NKE comme ceux du Vendée Globe, le genre de pilote qui décroche jamais !

J’ai essayé de me concentrer sur l’histoire sans faire attention aux détails qui me gênent dans les films avec des bateaux mais c’est pas facile honnêtement…
Y a trop de silence ! Dans un bateau de course de cette envergure, t’as constamment un bruit assourdissant avec la vitesse. J’en ai regardé des documentaires sur le Vendée Globe !
Pareil, ça bouge, ça vibre. Le voir se lever après un choc ressenti et passer près d’une frontale accrochée au plafond qui ne bouge pas, je remarque forcément !
Et puis, pourquoi il barre toujours du côté où le bateau gite ? Tu te prends tous les embruns, tu vois rien de ce qu’il se passe et puis tu rajoutes pas de poids côté gité si possible.
Bref, je m’arrête là sinon la liste va être trop longue.

Bon, le bateau file pas trop mal. Le pilote gère. Les batteries se remplissent doucement avec le soleil. C’est l’heure d’une méga sieste dès que j’aurai envoyé ce petit point.

Reste 887 milles nautiques !

Jour 31 – 23/08/2019 – 19h00 UTC

Position 07°09.266 S – 126°18.255 W
Jour 31

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.080 NM dont 109 NM sur les dernières 24h, soit 4,54 noeuds de moyenne.

Un superbe après- midi hier : bateau super rapide sous un beau soleil et un ciel bleu. 5,5 noeuds de moyenne les doigts dans le nez.

A 16h heure locale, j’ai fêté mes 3.000 milles solo (et en ligne droite) comme il se doit avec un petit verre de rhum que j’ai partagé avec Neptune.

Visiblement, il n’en a pas eu assez parce que lorsque la nuit est tombée, le vent aussi mais pas la houle. Mon bateau s’est transformé une nouvelle fois en une véritable machine à gerber… bref… J’ai perdu l’avance de cette après midi. Impossible de fermer l’oeil avec ça à force d’être projetée de tous les côtés…

A 8h ce matin, le vent a soufflé un peu plus fort, timidement. A 10h, n’en pouvant plus, j’ai sorti mon code D pour remplacer le génois tangonné. J’aurais dû faire ça depuis bien longtemps : bateau bien plus stable et 5 à 6 noeuds de vitesse au lieu de 4. Mais j’attendais que les nuages se barrent, ne sachant pas à quoi m’attendre…

Et pour garder ma trajectoire, j’ai tangonné le code D pour la première fois. Un peu rock’n roll mais ça l’a fait. Du coup entre 10 et 11h locales, heure de mon point hebdomadaire (19h00 UTC), je n’ai pas pu rattraper beaucoup de retard. M’en tire avec une distance honorable de 109 NM grâce au courant surtout qui va bientôt me quitter…

On verra au prochain point si l’option code D fait exploser les scores (encore faudrait-il que je bénéficie des mêmes conditions de vent et de courant pour que ce soit comparable…).

Restent 777 milles nautiques à parcourir ! Donc 7 jours grosso modo. 1 petite semaine !

NB : je me suis enfin débarrassée de la tomate tellement résistante que ça en était effrayant…. Résultat : elle aura tenu 30 jours hors frigo. Et encore… Elle n’a pas pourri. Elle a juste montré sur le dessus une partie de 2cm carrés assez fine qui commençait à s’abîmer. Le reste n’a perdu ni sa couleur, ni sa dureté au toucher. Ça avait le look d’une tomate mais ni la texture, ni le goût…

Jour 32 – 24/08/2019 – 19h00 UTC

Position 07°36.161 S – 128°19.163 W

Jour 32

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.204 NM dont 123 NM sur les dernières 24h, soit 5,12 noeuds de moyenne.

Hier après-midi, j’ai cartonné sous code D tangonné à une vitesse moyenne de 5,45 noeuds pour un vent apparent de moins de 10 noeuds.

J’ai même pris le risque de rester code D tangonné durant la nuit… vent faible… nuit étoilée… Par contre, toujours cette forte houle qui faisait parfois faire des embardées au bateau. Heureusement le pilote automatique – Nicky – a bien géré. Moi, de mon côté, je n’ai pas dormi de la nuit… Trop de houle. Trop inconfortable. Et ce stress de pas voir arriver le coup de vent avec cette voile hyper creuse à l’avant que j’avais tangonné pour la première fois. Donc aucune expérience du dé-tangonnage de ce type de voile avec emmagasineur. Est-ce que le poids du tangon va gêner la voile lorsque je vais vouloir l’enrouler ? Comment gérer le tangon et la voile à affaler en même temps ? Autant de questions que je me posais. C’est certain que ça aurait été mieux que je m’entraîne avant mais je n’ai pas eu/pris le temps.

Nuit blanche agrémentée d’épisodes de Black Sails, une série sur les pirates pour rester dans l’ambiance… encore que j’ai retenu un seul principalement, c’est le magnifique torse du capitaine Veynes. Truc de malade !!!

Bref, malgré ma nuit blanche ou presque, je ne l’ai quand même pas vu arriver ce coup de vent… ou alors j’étais encore en train de compter le nombre d’abdos du pirate aux cheveux longs…

J’avais bien remarqué une masse nuageuse qui masquait les étoiles mais sans ressentir de changement de vent… quand à 5 heures du matin… enfin 4 heures vu que je suis entrée dans la zone UTC-9… le vent est monté de 5 à 10 de noeuds sans prévenir. Le pilote a eu du mal à gérer la houle et la puissance du code D. Il a commencé à faire faire des lacets au bateau. Le code D claquait puis se gonflait soudainement pour se déventer ensuite un court instant. Peur soudaine de déchirer la voile, de casser le tangon ou que l’écoute pète… Et là le pilote qui lâche l’affaire. Me retrouve code D tangonné et GV avec retenue de bôme tous deux à contre (voiles gonflées à l’envers). Juste le temps de sauter sur la barre et de l’envoyer franchement sur le côté pour rétablir l’ordre des choses (j’ai quand même commencé par me tromper de sens… une nuit blanche, ça aide pas à réfléchir rapidement et correctement…).

Me suis retrouvée ensuite les 2 mains agrippées à la barre pour tenter de rester le plus vent arrière possible et ainsi minimiser l’impact du vent réel. Et là, voyant que ça durait un peu, j’ai franchement rêvé de voir enfin le petit jour apparaître pour pouvoir faire les manoeuvres nécessaires au grand jour, mais c’était décidément encore bien trop tôt… nuit noire…

Je vois le code D gonflé à bloc pendant que je tire à fond sur la barre à 2 mains pour conserver mon cap. Et là, j’ai regardé avec envie son écoute que j’avais juste envie de relâcher et la corde sans fin de l’emmagasineur sur laquelle je voulais tirer pour enrouler le bordel au plus vite. Problème : je n’ai que 2 mains et pas 4 (et c’est pas pratique parfois). Après un premier essai raté avec le régulateur d’allure, j’ai tout de même réussi à le régler suffisamment correctement pour qu’il me laisse les mains libres le temps d’enrouler le code D.

J’ai dû utiliser les 2 mains pour enrouler ce satané code D qui claquait tellement fort au vent. Du coup, ben j’ai utilisé mes dents pour retenir l’écoute que je relâchais au fur et à mesure (pas de taquet dispo sous le coude et je sais pertinemment que c’est une très mauvaise idée…). Heureusement aucune dent cassée pendant l’opération !
Ensuite, lampe frontale sur le front, la drisse du code D sous tension dans la main, j’ai avancé avec précaution vers l’avant en posant exprès les pieds sur le « bout » (corde) sans fin de l’emmagasineur pour empêcher le code D de se redéployer tout seul. Chemin faisant, j’ai vu le haut du code D saucissonné s’ouvrir et commencer à créer une grosse poche qui s’ouvrait de plus en plus. Vite j’ai atteint l’avant, relâché la drisse rapidement pour agripper l’espèce de gros boudin que formait le code D enroulé que j’ai fourré à la va vite dans son sac. Impossible de défaire le noeud de chaise de l’écoute du code D, pas grave, dans le sac elle aussi. J’ai vu ça une fois tout le bordel ramené dans le cockpit. C’est de l’écoute de merde acheté à Panama. La gaine est déjà en train de lâcher et j’ai peur du manque de solidité de l’âme aussi…
Après, j’ai pu m’occuper tranquillement du tangon qui cognait à chaque vague contre le génois encore enroulé.

J’avoue avoir eu un peu peur quand j’étais agrippée à la barre et que je pensais que j’allais péter un truc. C’est là où être seule, quand en plus ton pilote tient pas le coup, que c’est vraiment galère…

Même sous GV seule le bateau à contribuer à bien avancer alors j’en ai profité pour tenter de rebrancher mon pilote « Nicky » mais celui ci a décidé de voir de l’angle de barre quand il n’y en a pas… En vérité, je pense que j’ai encore plus cassé mon capteur d’angle : le sandow ne suffira plus désormais… super, encore un truc à réparer…

Après cette épisode, le vent est retombé et j’ai opté pour génois tangonné en ciseau avec la GV (une voile tendue à droite et une voile tendue à gauche) avec mon petit pilote le ST 2000 : celui qui fait de la figuration… parfait sous moins de 10 noeuds mais dès qu’il y a un peu de houle ou de vent, il atteint très vite ses limites…

Et là, la fatigue m’a emportée. Je crois que j’ai dormi 2h avec un bateau qui ne dépassait pas les 3.5 noeuds…

A mon réveil, j’avoue que j’étais un peu, voire beaucoup grognon, à cause de mon problème de pilote, du manque de vitesse et du calcul que j’ai fait sur la durée supplémentaire à passer que l’eau à cause du manque de vent…

Kevin lui arrive à destination lundi matin, je pense… Moi, il me reste 653 milles nautiques à faire. Encore 6 à 7 jours si le bon vent est de la partie.

Jour 33 – 25/08/2019 – 19h00 UTC

Position 07°56.678 S – 129°50.172 W
Jour 33

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.296 NM dont 93 NM sur les dernières 24h, soit 3.9 noeuds de moyenne… seulement…

Lors du point d’hier, j’avais expliqué avoir été surprise par un coup de vent. J’avais affalé le code D pour le remplacer par le génois tangonné. Mais finalement, à force de voir la faible vitesse que j’avais, j’ai opté de nouveau pour le code D tangonné.
A force de faire et défaire le tangon, on prend confiance en soi, quelque soit le type de voile, code D ou génois !
Malheureusement, je n’ai pas réussi à atteindre une grande vitesse. Le vent était vraiment trop faible. Je n’ai pu maintenir que 4 petits noeuds en moyenne durant l’après midi.

Se faisant, j’ai vidé ma couchette cercueil de toutes les affaires dont elle regorgeait (Et croyez moi, y en avait un paquet) pour tenter d’atteindre le calculateur de mon autopilote drivée par les conseils d’un très bon pote qui connaît très bien son affaire et qui essaie, à distance, de m’aider. Mais pas facile pour un pro de faire du dépannage à distance avec une bille comme moi en électronique… donc pour le moment, Ricky et Nicky, mes deux vérins SPX5, sont toujours inutilisables… Et ça m’emmerde beaucoup…
Mon carré est de plus en plus « plein »… Ben oui, maintenant que je veux avoir accès au calculateur qui est au fond de ma couchette cercueil, il a bien fallu que je mette tout le bordel que j’y avais rangé ailleurs.

Comme autopilote, je n’ai plus qu’un vérin ST2000 qui est très loin de valoir un SPX 5….
Genre un SPX 5 serait noté 6 ou 7 sur 10 et le ST2000 2 ou 3. Un coup de vent et paf ça bippe, le moteur force et tu risques de péter le moteur ou les rouages… Il pleut et c’est le compas interne qui prend et qui ne fonctionne plus… J’en ai pété des ST 2000, croyez moi !

Quand la nuit est tombée, j’ai remplacé prudemment le code D par le génois. J’ai pris un ris supplémentaire dans la GV, réduit le génois et utilisé le ST2000 pour pouvoir dormir sans avoir à surveiller constamment le cap.

Résultat : j’ai pu dormir et rattraper la nuit précédente, j’en avais besoin. Par contre, vitesse de merde avec si peu de voile mais l’autopilote a bien tenu.
Ah ? Et je vous ai dit que ça n’aime pas l’utilisation en continu ce type d’autopilote aussi ? Ça chauffe trop alors mieux vaut lui octroyer régulièrement des pauses…

Ce matin, quand j’ai fait le calcul de la distance parcourue, j’ai craqué. Ben oui, j’ai pleuré. J’en ai ras le bol de tout ça. J’ai envie d’arriver et si je n’arrive pas à soutenir une vitesse raisonnable, c’est encore plus de temps en mer, plus de temps à gérer sans autopilote fiable, plus de temps à m’inquiéter de casser plus de choses, plus de choses à réparer une fois arrivée. Le moral est bas de nouveau. Je serre les dents.

Y a pas mal de vent prévu en milieu de semaine. J’espère que le régul va tenir sinon je ne sais pas comment je vais faire.

Moral en berne ou pas, j’ai pas le choix. Faut continuer. Personne ne viendra m’aider là où je suis alors…

Hier soir pour me réconforter, je me disais que c’était le dernier samedi soir en mer avant l’arrivée. Peut être… Mais encore faut il que je soutienne une vitesse minimale quelque soit les circonstances…
Encore 560 milles nautiques à parcourir.

Kevin, lui, arrive demain à Nuku Hiva. Ce sera son 27e jour de mer « seulement »… Il devra faire une arrivée sous voiles et ensuite gérer son problème de démarreur. Le nouveau est arrivé mais bloqué à Tahiti pour le moment…

Jour 34 – 26/08/2019 – 19h00 UTC

Position 08°18.292 S – 131°44.148 W
Jour 34.jpg

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.411 NM dont 115 NM sur les dernières 24h, soit 4,79 noeuds de moyenne.

Je commence (mieux vaut tard que jamais) à ne plus hésiter à envoyer le code D même si c’est pour 1 petite heure entre 2 nuages. Avec ou sans tangon.

Hier après-midi, j’ai donc alterné code D et génois pour tirer le meilleur des conditions que j’avais : légères d’abord puis un peu plus fortes avec une meilleure orientation du vent par rapport à mon cap. Code D + tangon puis génois + tangon et enfin génois seul…

Le vent est monté encore pendant la nuit me forçant à mettre le 3ème ris à la va-vite. C’est là où j’aime mes prises de ris automatiques qui m’autorisent l’essentiel des manoeuvres depuis le cockpit même si je fais toujours 1 ou 2 AR au pied du mât pour arranger la voile ou ré-ordonner un « bout ».

Et ma vitesse, forcément, s’est améliorée avec le vent.

J’avoue que mon moral évolue dans le sens de ma vitesse moyenne.
En-dessous de 4 noeuds, c’est la cata.
A 4 noeuds, ça va.
A 5 noeuds, je suis contente.
A 6 noeuds, j’ai la patate mais j’écoute attentivement et avec un peu de stress tous les bruits du bateau pour déceler si ça tire trop…

Donc sur ces dernières 24h, ça allait. J’ai même été contente parfois j’ai même eu carrément la patate.

J’essaie d’apprivoiser mon régulateur d’allure pour perfectionner les trajectoires mais on ne parle pas encore le même langage. Je fais des tests en espérant qu’on arrive très vite à bien se comprendre Hercule et moi. Je suis quand même assez fière de la trajectoire de cette nuit bien plus rectiligne que d’autres par le passé. Pour ça, je me suis levée toutes les heures pour faire un petit ajustement. Et ça continue comme ça depuis ce matin.

Restent encore 444 NM à parcourir.

C’était mon dernier lundi soir en mer avant Hiva Oa. Youpiiiiii !!!

Kevin lui est à moins de 60 milles de Nuku Hiva, son point de chute. Il ne sait pas encore s’il y arrivera ou non avant la nuit. S’il arrive trop tard, il devra passer la nuit à la cape (à la dérive) non loin de l’île pour attendre le petit jour qu’il puisse ancrer à la voile.

Je viens d’apprendre qu’en ce moment le phénomène météorologique Dorian menace l’arc antillais et possiblement la Martinique. Cela faisait deux ans que je vivais au rythme des cyclones dans la zone. Heureuse d’en être loin car c’est toujours angoissant de savoir quoi faire pour protéger son bateau et soi-même quand leur trajectoire est imprévisible. Je croise les doigts pour tous ceux menacés par Dorian.

Jour 35 – 27/08/2019 – 19h00 UTC

Position 08°42.562 S – 133°29.359 W
Jour 35

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.518 NM dont 107 NM sur les dernières 24h, soit 4,46 noeuds de moyenne.

Sur les dernières 36h, j’ai à peine touché aux voiles. Le bateau, sous régul, avance sans effort dans la houle. En moyenne à 4,50 noeuds avec un vent apparent de 12 à 15 noeuds.

J’ai bien tenté de mettre plus de toile pour grappiller quelques dixièmes de noeuds mais le régul n’aime pas ça et se met à faire de trop grands lacets. Alors j’ai tenté de trouver le compromis : une allure confortable, une vitesse satisfaisante à mes yeux et des efforts raisonnables pour le gréement et le régulateur.

La vie s’écoule doucement sur Nautigirl, rythmée par les petites habitudes que j’ai prise. Celle que je préfère : la douche quotidienne sur le pont à chaque fois que le soleil est présent. Douche à l’eau de mer, enfin je dis douche mais je devrais parler de seau d’eau de mer, avec rinçage à l’eau douce. Ça rafraîchit à défaut de pouvoir passer à la machine à laver toutes les fringues qui puent désormais… 35 jours sans rien laver sauf quelques sous-vêtements (économie d’eau oblige), forcément…

Petite frayeur juste avant de faire le point : l’alarme de mon AIS s’est déclenchée et une cible est apparue sur l’écran de mon ordinateur pour la première fois depuis… 3 ou 4 semaines ?

J’ai tenté d’afficher les infos de cette cible mais peine perdue… juste un MMSI 111113389. Pas de nom. Aucune mention des dimensions du bateau ou de son nom. Une vitesse extraordinairement lente et fluctuante également : 0,90 noeuds à 2,60 noeuds. Un cap fluctuant également entre 0 et 100°. Tout ça sur l’heure pendant laquelle je l’ai observé à l’écran ne pouvant le distinguer à l’horizon. Sur ma route initiale, j’aurais dû le croiser à 0,5 milles nautiques. On parle de CPA = Closest Point Of Approach. Distance trop peu sécuritaire pour moi surtout ne comprenant pas leur route. J’ai tenté de les appeler par VHF canal 16. Pas facile quand tu ne sais pas comment s’appelle le bateau… mais bon a priori on est que 2 bateaux sur plusieurs dizaines de milles nautiques à la ronde… Aucune réponse de leur part… J’ai tenté plusieurs appels ASN (Appel Sélectif Numérique) grâce au numéro MMSI que je connaissais. Idem : pas de réponse. Du coup, je me suis
déroutée pour être sûre de laisser plus de distance entre lui et moi.
Me pose toujours beaucoup de questions… est ce un bateau de pêche chinois en train de pêcher ? Ce qui expliquerait la vitesse ultra lente et les changements de cap ?
Un cargo de déplace habituellement entre 15 et 20 noeuds.
Un voilier entre 4 et 7 noeuds va-t-on dire.
Je suis vraiment étonnée par les informations de celui-ci…

Me restent encore 337 milles nautiques à parcourir. J’espère arriver de jour et ne pas avoir à ralentir pour laisser passer une nuit supplémentaire…

Kevin, lui, est arrivé hier soir à bon port, Nuku Hiva. Me voici seule encore en mer mais plus pour longtemps

Jour 36 – 28/08/2019 – 19h00 UTC

Position 09°06.636 S – 135°20.881 W
Jour 36

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.632 NM dont 114 NM sur les dernières 24h, soit 4,75 noeuds de moyenne. Pas trop mal !

Juste après la première cible AIS peu avant 19:00 UTC (10 heures du matin heures locales) et dont j’ai parlé dans mon point d’hier, une 2ème cible AIS est apparue à 6 milles environ de la première. Mêmes caractéristiques : faible vitesse (0.10 à 1.70 noeuds) et cap fluctuant (100 à 230°). MMSI 111113393. Puis une 3e : MMSI 119011004. 0.30 noeuds. Cap 011°. A la même distance environ de la 2e.
3 cibles formant une ligne droite sur 08°39.3954S 133°48.5418W à 08°39.2546S 133°34.7742W. Un long filet de pêche de plus de 12 NM c’est possible ?

4 heures plus tard, une nouvelle cible. Décidément ! Y a des signes de vie dans le secteur. Position : 08°41.1958S 134°07.8196W une bouée nommée Buoy-01 98% MMSI 168802118 d’une taille de 10mx6m. La vitesse de déplacement indiquée étant de 0,30 noeuds.

Jamais vu autant d’activité sur mon écran depuis que j’ai quitté le rail des cargos au sortir de Panama… et c’était il a presque 1 mois…

Désormais, il me reste 224 tous petits milles nautiques avant d’arriver à destination. J’ai normalement du bon vent jusqu’à destination et j’espère arriver vendredi en début d’après-midi. Peut- être avant si j’avance bien.

Je me suis fait un petit schéma sur un papier quadrillé pour calculer l’heure de mon arrivée vendredi fonction de ma vitesse heure après heure. Sûrement un truc de comptable pressée de sabler le champagne

RAS (rien à signaler) sur le bateau. Le train-train quotidien. Juste une petite histoire visant à ne plus jamais oublier ce fameux adage : une main pour toi, une main pour le bateau.
J’ai voulu… ô malheur… finir de vider le fond d’une boîte de conserve avec une cuillère en bois… oui, oui… donc forcément, vu qu’un bras ne m’a pas poussé cette nuit : une main sur la conserve, l’autre sur le manche de la cuillère et là la vilaine grosse gite qui te propulse en arrière et toi, tel un samouraï, tu plantes tes pieds démentent fermement sur la toile antidérapante que tu as mis par terre (seule solution pour ne pas glisser sur les planches en bois, pieds nus un peu humides)… tu bascules ton corps en avant pour t’opposer à la direction de la gite tout en t’activant tant bien que mal pour faire sortir les 3 foutus haricots collés au fond de la boîte.. et là quand tu penses t’en être sortie avec les honneurs, le bateau bascule de l’autre côté, toi, t’as pas le temps de lâcher ni la cuillère, ni la conserve alors tu te rattrapes comme tu peux… C’est là que mon avant bras s’est mangé une des cornières en alu qui encadrent l’entrée du bateau. Résultat : j’ai évité le frigo et le tableau électrique en droite ligne de collision avec mon dos mais j’ai un beau bleu sur le bras… Ouille… Jusqu’à présent pourtant je m’en étais bien sortie…

Jour 37 – 29/08/2019 – 19h00 UTC

Position 09°31.368 S – 137°15.738 W

Jour 37.jpg

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.748 NM dont 116 NM sur les dernières 24h, soit 4,83 noeuds de moyenne. Le vent est bon, Hercule le régul tient la route, et la houle bien que formée me pousse gentiment. Que demander de plus ?

Que dire ??? A part que je ne suis plus qu’à 107 tous petits milles de l’arrivée !!!

Encore une dernière nuit en mer et demain, j’arriverai à Hiva Oa dans la matinée. Je viens de mettre le champagne au frigo !!!

Le plan pour demain est de trouver un bateau avec lequel me mettre à couple le temps de me reposer un peu et de sortir mon mouillage principal de l’intérieur du bateau (50 mètres de chaîne gentiment entreposés sous un plancher). A priori là bas, il faut mouiller avec 2 ancres : une devant, une derrière pour limiter l’évitement (port encombré). Il faut donc que je m’organise en conséquence…

Et ensuite ce sera grand ménage, lessive et rangement que le bateau et mes draps et vêtements sentent bon le propre ! J’ai hâte !

Bon, sur ce, je vous quitte : j’ai un bateau à faire galoper !!! Allez huuuuuuuh !!!

Jour 38 – 30/08/2019 – 19h00 UTC

Position 09°48.276 S – 139° 01.883 W

Jour 38

Distance totale depuis le départ « en ligne droite » = 3.748 NM dont 109 NM sur les dernières 24h30… oui 24h 30 minutes car je serais arrivée à destination au bout de 38 jours et 30 petites minutes…

Sur les dernières milles, sachant que mes calculs avec une vitesse modérée me faisaient arriver vers 10h du matin heure locale, j’ai réduit les voiles en prévision du vent qui devait forcir en cours de nuit vu que j’avais toute la journée devant moi pour arriver en plein jour.

Un peu avant 5h du matin (heure locale), je savais être à 6,5 milles de la terre sans pouvoir la voir, l’obscurité étant encore bien trop présente. Et puis en quelques minutes, sans que le soleil ne fasse encore son apparition, une légère clarté te fait réaliser qu’une masse que tu prenais pour un nuage n’en ait pas un. C’est la côte Est de Hiva Oa ! Et bien croyez moi ou non, j’ai lâché une petite larme quand même…. de bonheur !

Et puis tu te retrouves à attendre dehors que le soleil veuille bien se montrer, enfin, pour pouvoir distinguer les couleurs ! D’autres couleurs que le bleu de la mer et le blanc/gris des nuages. Du vert et du marron ! Ça fait du bien aux yeux un peu de diversité. Et tu te retrouves à verser une autre petite larme à 6h du matin…

Pourquoi ce matin particulièrement le soleil semble avoir mis si longtemps à se lever ??

J’ai finalement atteint le mouillage à 10h30 heure locale et je me suis mise à couple d’un ketch avec 2 gars à son bord dont l’un que je connais via Facebook : un potentiel équipier que je n’avais finalement pas eu l’opportunité de rencontrer. Le hasard fait bien les choses Du coup, c’est avec eux que j’ai partagé ma bouteille de champagne prévue pour mon arrivée ! Oui, oui, on a bu du champ’ à 10h30 du matin à Hiva Oa. Fallait bien fêter l’événement !!!

Maintenant, il ne reste plus qu’à sortir mes 50 mètres de chaîne (mouillage principal) de l’intérieur de mon bateau pour les remettre dans ma baille à mouillage. Et à les intervertir avec les 20m de chaîne de mon mouillage secondaire qui va réintégrer sa place sous mes planchers…
Et ce soir : un grand dodo bien mérité ! 8 heures au moins sans aucune interruption !!!

Un grand merci aux informateurs de l’ombre qui m’ont routée tout au long du parcours. Me savoir bien entourée a très largement participé à garder un bon état d’esprit même si parfois, comme je l’ai ouvertement fait savoir, j’ai trouvé le temps long.

J’arrive en Polynésie quasiment 3 ans jour pour jour depuis que j’en suis partie… Entre temps, j’ai fait pas mal de choses, outre apprendre à me servir de mon voilier :
– nov/déc 2016 : transatlantique en équipage de 3 sur un Sun Odyssey 479 en 25 jours des îles Canaries en Martinique
– janvier 2017 : achat (sur un coup de tête) de mon Sail 902 que j’ai re-baptisé Nautigirl (je ne savais même pas comment démarrer le moteur et le sortir du port en l’achetant) en Martinique
– décembre 2017 : certification RYA Yachtmaster Offshore
– mai 2018 : certification STCW pour le commercial endorsement de mon Yachtmaster Offshore (bref tout un charabia qui signifie simplement que je peux bosser professionnellement avec mon Yachtmaster)
– janvier 2019 : publication de mon premier livre « Il était un petit navire » en format numérique et papier et début d’écriture du 2ème livre sur des anecdotes de marins
– avril 2019 : traversée de la mer des Caraïbes avec un équipier expérimenté en 11 jours
– mai 2019 : passage du canal de Panama
– juil/août 2019 : transpacifique de Panama aux Marquises en solo en 38 jours.

Avant d’entamer ce long périple solo, ma plus longue expérience en solitaire, c’était Grenade-Martinique d’une seule traite, soit 171 milles nautiques avec 2 nuits complètes. C’est pourquoi initialement je comptais partir en équipage. Mais vu la taille du bateau, il valait mieux ne pas se tromper d’équipier sinon il y a de quoi s’étriper mutuellement dans un espace aussi réduit en une quarantaine de jours… J’ai fait 2 essais non concluants et j’ai fini par décider de partir seule encouragée par quelques personnes qui me poussaient à le faire solo et bizarrement motivée par les dernières travaux auxquels j’ai dû faire face : refaire la strat’ autour du tube d’étambot, réparer le pont sous la cadène qui posait problème, assister au montage/démontage de mon inverseur, autant de choses dont mon portefeuille aurait aimé se passer (et moi aussi) mais qui m’ont donné le petit « boost » de confiance en moi pour me dire « Vas-y toute seule, tu sauras faire face à la plupart des soucis auquels tu risques de faire face ». Et ça a été le cas, tant mieux !

Ahhh ça fait du bien d’être de retour en Polynésie !!!

Art. 16 – Mon journal de bord durant ma Transpacifique en solo (partie 1)

Pendant les 38 jours de ma traversée, l’un de mes petits plaisirs quotidiens, c’était la rédaction d’un petit journal de bord que j’envoyais quotidiennement à mon p’tit frère qui le postait sur ma page Facebook afin d’en faire profiter tous ceux qui suivaient mon périple. Comme c’est très long, j’en ai fait 2 articles. Ci-dessous, vous trouverez les jours 1 à 18. Dans le suivant (partie 2), vous trouverez les jours 19 à 38 (l’arrivée).

23 juillet 2019 – Le départ

C’est parti Baby !!! Avec un peu de retard… A moi le Pacifique ! Je suis toute stressée et excitée en même temps !
Mon p’tit frère va prendre le relais pour vous poster des news comme on a fait pour la traversée des Caraïbes.
Et pour voir où j’en suis, c’est là : https://us0-share.inreach.garmin.com/nautigirl
Plein de bisous à tous ! Pensez à moi, priez pour moi, croisez les doigts pour moi que tout se passe bien sur ce long trajet. Rdv dans 45 jours grosso modo !

Jour 1 – 24/07/2019 – 19h00 UTC

Position 06°59.837N – 080°08.824W
Jour 1
99 milles nautiques parcourus depuis le départ sur les dernières 24 heures soit une moyenne de 4.1 nœuds.

J’ai quitté la marina de Vista Mar hier à 14h heure locale après un rapide au revoir à mes amis de là-bas. Ça fait toujours bizarre de passer du temps quelque part, d’y croiser les mêmes personnes et soudain de leur dire au revoir sans savoir si on se reverra un jour…

Bryan, le skipper d’un petit bateau comme le mien appelé Tarka, filme mon départ avec son drone. Grâce à lui, j’aurais de superbes images à mon arrivée aux Marquises. Merci Bryan !

Bavarde comme je suis, je profite des derniers moments de connexion pour donner des nouvelles aux membres de ma famille. J’appelle ensuite ma meilleure amie en France. Et c’est en pleine discussion avec elle que les premiers dauphins apparaissent tout autour du bateau ! J’ai même eu la sensation que l’un d’entre eux a cogné la coque ?!? On passe en mode vidéo pour que ses enfants puissent profiter du spectacle ! Conférence call entre le Panama et la France avec les dauphins svp !

Dans la foulée, après avoir raccroché, je devine le souffle d’une baleine – et son dos – droit devant moi mais trop loin pour que je sois certaine de ce que je vois.

Le vent est léger. Toutes voiles dehors, j’avance doucement. À la nuit tombée, le vent s’essouffle. Je mets en route le moteur et j’essaie de commencer à faire des petites siestes de 20 mn. Impossible… Je somnole par coups de 5 mn et refais un tour d’horizon… Au cours d’un de ces mini repos de 5 mn, j’ai subitement un coup de stress. Réveil en sursaut : est-ce que j’ai bien ouvert la vanne d’eau de mer avant d’allumer le moteur ? Vite je regarde. Ben sûr que oui ! Maintenant, bien réveillée, je m’en rappelle très bien ! Je contrôle régulièrement mon moteur, l’absence d’eau dans la cale. Tout ce qui a été fait au chantier semble fonctionner. Tant mieux !

Je vois des éclairs au loin. Vous savez ceux qui tombent directement du ciel vers la mer dans un beau zig-zag effrayant ? Le ciel est sombre. La lune est cachée par les nuages. Et je n’aime pas du tout la tronche de l’amas nuageux tout noir sur mon bâbord. J’essaie de m’en écarter au maximum ce qui signifie frôler la côte… De nuit, j’ai peur des casiers ou des pêcheurs. Je reste donc à 10 ou 15 MN au moins.

Entre deux tentatives de siestes et deux éclairs, j’observe l’environnement. Comme d’habitude, on voit bien le plancton fluorescent dans les petites vaguelettes provoquées par la coque du bateau. Mais le plus impressionnant, c’est la traînée de mon hélice : une longue traînée toute blanche telle un serpent fluorescent qui disparaît de la vue sitôt que j’allume ma frontale.

Mon Mer-Veille et mon AIS sont allumés. Ils me permettent de naviguer au milieu des cargos qui croisent mon chemin. Cette nuit, seulement 2 cargos. Ce matin, zéro. En début d’après-midi, je n’arrive plus à compter. Vivement que je finisse de traverser cette autoroute… C’est pas comme s’il existait des passages piétons… ici, le plus petit bateau a toujours tort… alors j’essaie de rester aussi loin que possible de ces monstres. Mais c’est difficile parfois : l’un passe devant moi, l’autre derrière.

Jour 2 – 25/07/2019 – 19h00 UTC

Position 05° 58.052N – 080°23.041W
Jour 2.jpg

178.1 milles nautiques parcourus depuis le départ soit une moyenne de 3.78 noeuds sur 48 heures. Pas génial, génial…

Pas de baleines ni de dauphins sur ces 24 heures. Juste des papillons. J’avais oublié de vous en parler de ceux là… n’imaginez pas les beaux papillons colorés hein ? Non des gros papillons marrons et noirs avec des ailes en formes de triangle au repos. Un gros corps. C’est tout moche. Comme une mite qui aurait avalé de la portion magique pour se transformer en méga mite… bref, z’ont débarqué de je ne sais pas où la nuit d’avant y a 36h environ et depuis j’attends que ces messieurs dames veuillent bien repartir… y en a sur le pont, sous la capote, sous le panneau solaire et même sur la voile. Ça se planque partout dans le bateau. Pas des centaines non, une dizaine seulement. Mais ça s’accroche au bateau et surtout ça me vole à la gueule… m’enfin, il en reste de moins en moins. J’ai presque pitié quand l’un d’entre eux prend son envol alors qu’on est à des dizaines de milles de la terre…

Ah oui et une abeille… encore… en pleine mer… ça fait déjà 2 fois que je me fais piquer par surprise par une abeille sur le bateau alors cette fois ci j’ai fait attention. Surtout que celle-là, elle a décidé d’arriver de nulle part et de se poser direct sous mon nombril, sur la lisière de mon short au moment où je sortais du bateau. Là tu réfléchis vite, tu fais le « gros ventre » histoire de combler tout espace entre ta peau et ton short pour qu’elle n’est pas l’idée d’explorer un endroit où tu n’as pas du tout envie d’être piquée et tu prends le premier linge disponible pour gentiment la chasser. Gentiment hein ! Qu’elle ne te revienne pas direct dessus pour se venger. J’ai réussi heureusement. La bête n’a pas demandé son reste et elle n’a même pas chercher à visiter le bateau (tant mieux). Elle est repartie aussi sec. Manquerait plus que mon bateau se transforme en arche de Noé version insectes non mais..

Hier après midi, il a draché sans discontinuer. Et le vent n’a pas arrêté de changer. Tout ça pile au moment où je traversais un rail de cargos. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est des sortes d’autoroutes invisibles à l’œil nu mais marquées sur les cartes que sont censés prendre les cargos. Un rail « monte » dans un sens et l’autre « descend » dans l’autre sens. Et tu y croises des beaux bébés d’acier de 200 ou 300 m de long qui vont à 15 nœuds au moins quand toi tu peines à avancer entre 3 et 5 nœuds. Bref, me suis retrouvée « à prendre à contresens » l’une de ces autoroutes, en longeant plusieurs de ces murailles d’acier pour tenter de virer de bord entre 2 d’entre elles. Mais pour cela, il fallait que j’attende 2 cargos avec suffisamment d’espace entre eux pour être sûre d’avoir le temps de passer. J’avais le nez rivé sur l’écran de mon AIS (ça indique notamment la route et la vitesse des navires étant équipé d’un émetteur et ça calcule les distances avant collision) car dehors, le temps était tellement couvert que je ne voyais les cargos que très très tard… donc merci la technologie ! T’as l’impression quand même, dans des moments comme ça, de jouer à du « touché coulé » grandeur nature. Sauf que là, c’est moi qui coulerait à coup sûr !

Une fois sortie du rail, le mauvais temps n’était pas si désagréable. Bon petit vent. Pas d’orage, ni d’éclairs. C’est ça surtout que je crains. Un ami m’a donné une boîte métallique. En cas de danger, je compte y ranger mon téléphone et mon iridium go en espérant que ça joue le rôle de cage Faraday. Ben oui, j’ai pas de four alors je fais avec les moyens du bord !

Après le grain, forcément, il a fallu trouver où faire sécher mes affaires trempées. Réponse : je ne sais toujours pas. C’est un vrai problème…

Nuit parfaite. Mer calme. Temps sec (enfin). Pas de cargos dans les parages. Pas de pêcheurs. Personne. Juste assez de vent pour que les voiles ne flappent pas. J’en ai profité pour dormir un maximum (toujours avec mon AIS et ses alarmes branchés quand même) : des siestes de 30 à 45 mn avec un petit tour d’horizon entre chaque dodo. En contrepartie, comme je n’ai pas mis le moteur de la nuit, la vitesse a été très très faible : 1 à 2 noeuds en moyenne…

Depuis ce matin, il arrête pas de pleuvoir ou de pleuvioter au moins… j’avoue que c’est un peu chiant à force. J’ai froid et je suis constamment humide. Mais j’ai récupéré un bon seau d’eau douce pour ma prochaine douche (quand j’aurais chaud !).

14h locales : l’heure de mon point journalier. Suis de nouveau au moteur après avoir fait 1h de la voile sous une pluie battante. Et là plus de vent donc je fonce désormais à 1800 RPM loin de la zone à côté de moi dont s’échappent des coups de tonnerre. J’aime pas ça, j’aime pas ça ! Heureusement, je suis à l’extrémité de la zone. Je n’avance qu’à 3 petits noeuds. C’est peu. J’ai un peu peur pour cette nuit. Je croise les doigts..

Petite frayeur mécanique ce matin : la marche avant ne passe pas. Bloquée. Le nez dans la cale moteur, j’enlève l’axe qui attache le câble de direction à l’inverseur, manipule le levier de l’inverseur : c’est pas ça ouf ! C’est sûrement le câble, un truc qui gêne ou je ne sais pas quoi. Je rattache le tout et pouuuuf plus de problème. Tout fonctionne nickel. A surveiller quand même …

Depuis que je suis partie, 2 choses me surprennent.
(1) La quantité de bouts de bois qui traînent dans l’eau. Y a parfois de vraies grosses branches. J’en ai heurté 2 déjà. Pas sûre que mon nouvel antifouling apprécie…
(2) Les trucs en plastique qui flottent au milieu de nulle part. Déjà vu : 1 tong rose (vous savez les compensées aux semelles bien épaisses), 1 semelle d’un bottillon en néoprène je pense, 1 jerrican blanc à moitié défoncé, 1 bouteille de coca… ça me fait penser à l’action de Benoît Leconte qui traverse le Pacifique à la nage pour dénoncer la pollution de plastique. Jetez un coup d’oeil à sa page, vous serez surpris de ce qu’il trouve en chemin.

Jour 3 – 26/07/2019 – 19h00 UTC

Position 05° 12.750N – 080°59.658W
Jour 3.jpg

C’est la DEBACLE !!!
255 milles nautiques parcourus depuis le départ dont que dalle sur les dernières 24 heures soit une moyenne générale de 3.5 nœuds.. Ça baisse tous les jours.

Depuis mon dernier point la veille, il n’a pas arrêté de pleuvoir… avec diverses intensités… de quelques gouttes à la bonne grosse onde tropicale. Et toujours pas de vent donc beaucoup de moteur.

Hier, j’avais déjà eu une petite surprise avec la marche avant impossible à faire passer. Après un A/R dans la cale moteur et le démontage de l’axe qui relie l’inverseur au câble de commande, j’avais pu m’assurer que manuellement la marche avant passait bien et donc que ça devait sûrement être le câble de direction. J’avais remis l’axe et ô miracle, tout avait re-fonctionné à merveille. Et sur les quelques arrêts et redémarrages du moteur entre quelques minutes ou heures ventées, pas de problème. Et bien ce matin, le coup fatal… impossible… je dis bien impossible de passer cette marche avant. La manette de l’inverseur était bloquée…. marche arrière, point mort, nickel… marche avant : ça ne passait pas… Crise de nerfs passagère sur le bateau… ça faisait 36h que je passais le plus clair de mon temps au moteur, à naviguer entre les orages, j’avais quasiment pas dormi la nuit dernière pour tenter de passer entre les éclairs… tout ça avec un moteur que je ne voulais pas pousser à plus de 1500 tours car j’entendais une vibration qui ne me plaisait pas… j’avais même mis la go pro dans l’eau : tout me semblait normal au niveau de l’hélice. La bague hydroluble est neuve, le joint PSS aussi, l’arbre a été contrôlé par un pro, le moteur a été aligné par un pro également… c’est quoi ce bordel ???J’ai clairement pensé un instant à faire demi tour. Avec ma misérable vitesse moyenne des dernières heures, je n’étais pas si loin de mon point de départ. Mais ça supposait de retraverser la ZIC (Zone Intertropicale de Convergence) dont j’ai déjà fait une bonne partie, et donc me retaper un temps instable et orageux et encore l’absence de vent pendant plusieurs jours…

Entre-temps, un ami m’a conseillé de faire tourner l’arbre à la main et de réessayer d’enclencher la marche avant. Ça a marché. Ça a un peu résisté à la main en marche avant et puis l’arbre a accepté de tourner et j’ai pu ensuite passer normalement la marche avant avec la manette des gaz. A compter de ce moment là, mon pote m’a conseillée de laisser la marche avant quand j’arrêtais le moteur, et de ne plus repasser au point mort pour être sûre de pouvoir utiliser mon moteur… Sur ce, je me suis donc dit « ok, je vais faire comme ça, cap sur les Galapagos ! ».

Et puis ce midi, comme c’était encore plus pétole que d’habitude, et après avoir contacté le mécano qui a travaillé sur la boîte de vitesse et le moteur, j’ai pris mon courage à 2 mains, me suis attachée et j’ai plongé pour voir mon arbre et mon hélice… tout ça en faisant abstraction des potentielles grosses bêtes qui me font peur tout autour, en me concentrant sur ma tâche et en évitant de prendre un coup de coque sur la gueule… Franchement, j’ veux pas dire mais j’suis hyper fière de moi sur ce coup là d’avoir bravé ma peur et de l’avoir fait… Je n’ai quand même pas osé tenter de décrasser mon loch (la petite roulette qui indique la vitesse du bateau en surface et qui est toujours bloquée à cause d’une bébête qui adore s’y loger) : trop loin de mon échelle en cas de « danger » et trop de courant sans palme et rien pour se tenir + le danger de la coque qui roule…

Et là… ô surprise ô désespoir, je me rend compte que mon arbre frotte à la sortie de mon tube d’étambot. On voit 1cm bien brillant à l’endroit où ça frotte… pas en haut, ni en bas, non sur le côté bâbord… d’où les vibrations qui ne doivent pas faire du bien à ma boite de vitesse neuve ou presque… ni à la bague en carbone de mon PSS en prend un coup aussi… J’ai fait confiance les yeux fermés à un pro qui n’a pas fait visiblement toutes les vérifs nécessaires. Moi non plus direz-vous mais vu le prix payé, je ne m’attendais pas à avoir des problèmes…

Bref, re-pétage de plombs sur le bateau… Je pleure. Je hurle de frustration. Et je ne sais pas quoi faire … j’ai personne à qui parler… suis au milieu de nulle part… alors j’attends… je me laisse bercer toutes voiles dehors par les flots seulement… le vent lui était toujours aux abonnés absents… Je sais grâce à ça désormais que j’ai un courant à contre de 1 noeud qui me repousse vers Panama… bref… et je réfléchis…

2 options :
Option 1 : je rentre à Vista Mar au Panama en espérant que le mécano arrange tout, sans rien me faire repayer. Ça, c’est au moins 3 jours pour remonter et encore avec le moteur car y a pas de vent + au milieu des orages + le prix de l’intervention si payante + le prix de la marina + le retard sur mon départ + refaire des courses d’alimentation etc + grosse déprime à gérer… et sans doute l’envie de lâcher mon bateau là bas pour de bon…

Option 2 : faire avec et continuer en espérant être à la limite de cette foutue ZIC et enfin chopper du vent très vite. Limiter l’utilisation du moteur et voir tout ça à mon arrivée aux Marquises. Quitte à mettre le bateau à sec encore une fois pour quelques temps si je ne peux plus le voir en peinture…

J’avoue avoir pas mal hésité… d’ailleurs, ça se voit à ma trace de cette ‪après midi‬… Le plus frustrant, c’est de ne pas pouvoir parler à haute voix. Ha oui, les appels vocaux avec iridium go, c’est de la merde ! On s’entend pas… Heureusement les sms passent… Sauf que je les reçois en double… bref… c’est dur de pas partager facilement ce genre de moment éprouvant pour les nerfs… j’ai envoyé quelques sms et quelques mails et ô malheur, tout le monde y va de son opinion qui n’est pas celle du voisin… et comme je suis super indécise, ben j’ai passé mon ‪après midi‬ à faire des allers retours dans la zone, dans un sens et dans l’autre en fonction grosso modo du dernier avis reçu…

Clairement j’ai pas envie de me retaper 3 jours pour remonter à Panama dans la pétole et les orages… mais j’ai pas non plus envie de péter ma nouvelle (ou presque) boîte de vitesse ou pire prendre l’eau à cause d’une délamination de la strate autour du tube d’étambot causée par les vibrations… Donc… j’hésite… il est 21h heures locales (pas UTC sinon rajoutez 5h) et j’hésite toujours… résultat : bateau à l’arrêt dans ZERO noeuds de vent, moteur éteint… j’attends la levée du jour pour replonger et ré-analyser plus intensément le problème en plein jour… parce que là clairement, j’en ai raz la casquette et qu’il fait nuit, qu’il y a pas de vent et donc j’ai rien de mieux à faire que de dormir… demain sera un autre jour…

Bref tout ça pour dire que : moral dans les chaussettes… Va falloir que j’en vende des bouquins pour pas finir dans le rouge à la banque à cause de ce bateau, moi j’ vous l’dis…

La bonne nouvelle du jour : je n’ai plus de papillons sur le bateau… sont sûrement morts écrasés par des gouttes de pluie. Et j’ai pu balancer à temps par dessus bord un chou en début d’état de décomposition. J’ai évité les asticots… c’est censé résister des semaines ce machin là… il aura fait 5 jours…

Ah et j’ai réussi à faire 31h avec un jerrican plein à ras bord de 5 gallons de gasoil soit pas loin de 20L. C’est pas mal cette conso. Ça a du bon finalement de rester à 1.500 tours par minute…

J’vous jure : il en faut du moral parfois… Faites de la voile qu’ils disaient…. mouais…

Jour 4 – 27/07/2019 – 19h00 UTC

Position 05° 03.000N – 081°04.237W
Jour 4

J’ai affalé toutes les voiles pour la nuit. De toute manière, y avait pas de vent du tout… par contre une houle assez prononcée qui a transformé mon bateau en berceau géant. Et puis je me suis couchée. Des lumières solaires allumées dans le cockpit en plus du feu de mât au cas improbable où je croisera quelqu’un…

Au matin, c’était toujours le calme plat. J’avais reculé vers le NE de 4 milles environ… merci le courant…

J’ai pris mon café tout en continuant à réfléchir. Et après de multiples échanges avec mes contacts sur la météo pour revenir vers Panama ou pour continuer vers les Galapagos, j’ai décidé de continuer.

Si je retourne vers Panama, c’est au moins 3 jours continus de moteur + les orages + l’arrêt à la marina + le temps de la réparation et je crois que si je repars là bas, j’arrête tout tout simplement. Trop d’efforts, trop d’énergie, trop d’argent et pas assez de récompenses en face…

Si je continue, j’espère sortir de la ZIC dans 24 à 48h. Ça signifie du vent et plus de moteur. Après tout, j’ai un voilier, du temps et mon problème c’est mon moteur sûrement mal aligné sur le côté, chose que je ne sait pas régler seule en pleine mer. Donc la solution, c’est de me servir de mes voiles jusqu’au bout et réserver le moteur au cas d’urgence vu qu’il marche parfaitement et que je veux juste éviter d’abimer tous les éléments neufs ou récents qui peuvent souffrir de la vibration que je ressens…

Donc après avoir passé un bon bout de temps à faire des ronds dans l’eau, j’en suis à présent à 295.1 milles nautiques parcourus depuis le départ dont quasiment rien sur les dernières 24 heures en raison de mes tergiversations nocturnes en solo… soit une vitesse moyenne générale de 3.01 nœuds, soit 5.6 km/ heure… qui dit mieux ?? Et en ligne droite, ça ne représente que 229 milles.

Mais on le sait bien, si on veut faire simple, on prend l’avion ou la voiture en ligne droite, alors qu’en bateau, on adore tirer des bords…Preuve en est : ça fait 2h que j’ai du vent. Un petit 10 nœuds apparents. Forcément il vient de la direction où je veux aller et donc je tire des bords. Et ne venez pas le faire la remarque que des bords parfaits font un angle de 90 degrés, je sais que je suis loin du compte. Déjà, je n’ai jamais réussi avec ce bateau et d’autre part, j’ai toujours un petit courant retort qui me repousse et qui « écrase » mes bords.

Rien de magistral aujourd’hui à dire. Petite modification d’un « bout » (corde) au niveau du bas du génois qui, une fois déployé à 100% ne tombait pas du tout dans dans l’alignement de la manille et du reste de la voile (j’espère qu’il y en a qui comprenne mon charabia)… bref, détendre la drisse du génois, couper le foutu morceau de dynema parce que le nœud était impossible à défaire, remplacer le morceau de dynema par un autre, cette fois-ci bien positionner, re-tendre la drisse et c’est reparti mon kiki ! Même pas un truc tombé à l’eau pendant ce temps. Je m’améliore !
Et je ne m’explique pas ce truc sur le génois. La seule explication rationnelle que j’ai trouvé c’est qu’il doit y avoir un diablotin sur le bateau qui s’amuse à faire des modifs dans mon dos pour voir si je les remarque. Y a pas d’autre explications… enfin je crois…
D’ailleurs, il doit avoir un cousin dans l’eau qui connaît Neptune et ses sbires et qui font exprès de m’emmerder ! Parce que, maintenant, mes bords, ils sont plats ! Si, si ! Quand je vire de bord, je repasse sur la trace du bord précédent ! Siiiii, j’vous dis ! Truc de dingue !!! 2 fois j’ai viré à quelques dizaines de minutes d’intervalle. Même schéma… Bord plat ! Et faut que je fasse du SO absolument !!! Pas du SE, ni du NO… Pour échapper à une nouvelle zone de pétole annoncée et chercher un courant favorable… . ben bah, j’ai rallumé le moteur les gars… vibrations avec… histoire de m’échapper un peu et cesser d’avoir l’impression d’être un hamster en train de tourner sans fin dans sa roue…

C’est le 4e jour sans voir et parler de vive voix à quiconque. Mon ours en peluche Mac ne parle pas encore, c’est donc que tout va bien !

Jour 5 – 28/07/2019 – 19h00 UTC

Position 04°23.607N – 081°48.193W
Jour 5

Navionics sur mon IPad s’arrête régulièrement de fonctionner du coup je perds ma trace et la distance parcourue exacte. Mon approximation est 378.5 NM avec toutes les boucles impromptues et virements de bord… en ligne droite ou presque, ça ferait 300 NM… bref j’arrête de calculer ma vitesse moyenne sinon ça va me déprimer.

Depuis hier après-midi, un couple de fous me tient compagnie. Des oiseaux bien sûr… pas des fadas qui m’auraient rejoint à la nage.

Franchement pas farouches les 2. Trop marrant de les voir tenir en équilibre sur mon balcon avant malgré la houle qui les projettent dans tous les sens. Même le génois tour à tour déployé puis enroulé ne les effraie pas ! J’ai pu les photographier, les filmer à 30 cm d’eux ! Je suppose qu’il y a mâle et femelle. L’un a un bec bleu et l’autre non. Lequel est la femelle ? Le plus dépenaillé ne bouge pas du balcon. Il passe son temps à se nettoyer. Le plus remplumé, avec le bec bleu, part faire un grand tour autour du bateau, quand il trouve que je m’approche un peu trop, avant de revenir atterrir à moitié sur la tronche de l’autre. Il me fait penser au pélican dans le dessin animé « Bernard et Blancia ».

Bref j’ai des plumes et du duvet de fou sur le bateau maintenant et je ne serais pas étonnée de trouver plus encore bientôt… encore que leur tête est côté pont et leur cul côté mer. J’ai de l’espoir que le guano tombe à l’eau !

J’étudie donc le comportement de mes invités sur le bateau. L’heure officielle du coucher semble être 19h. Ce sont des couches-tôt haha ! Bien campés sur leurs pattes, la tête sous l’aile, basta ! Bonne nuit les petits ! Ils arrivent ainsi à amortir les mouvements de la proue du bateau sans basculer. Impressionnant !

Ils m’ont donc tenu compagnie toute la nuit et pendant qu’eux dormaient profondément, moi, je m’octroyais des siestes de 20 à 30 mn entre deux manips… Le but était de descendre le plus au SO possible avec l’annonce de la descente encore plus au sud de la ZIC pour ce WE… Cette foutue zone de convergence intertropicale semble me suivre et vouloir m’empêtrer le plus longtemps possible… J’ai tenté la voile malgré le vent faible et promis, je jure que je n’invente pas : je faisais des bords plats ! Genre je faisais un bord tribord amure et quand je virais de bord, au près serré svp, je repassais sur mes traces ! Truc de dingue !!! Du coup j’ai rallumé le moteur… obligée… et j’ai foncé nez dans le vent le plus au sud possible… Dans le courant de la nuit, j’ai senti le vent forcir. J’ai donc éteint avec soulagement le moteur qui me cassait les oreilles avec cette vibration qui m’inquiète et j’ai tenté un bord puis un autre, cette fois-ci je faisais de vrais bords à angle aigu… Tentant d’optimiser ma route, je n’ai pas beaucoup dormi et fais pas mal d’allers-retours carré-cockpit.

Le bateau gitant au près, quand je sors dans le cockpit en pleine nuit, je contrebalance avec mon corps le mouvement du bateau et j’agrippe la capote puis la filière du côté opposé à la grand-voile. Normal… sauf qu’à un moment, le pied encore posé sur la dernière marche de l’escalier, je relève le nez, frontale allumée en lumière rouge sur la tête et là… je me retrouve nez à nez avec l’un des fous qui dormait sur la filière. On a dû se faire mutuellement peur haha ! Du coup, il s’est envolé pour se réinstaller sur le balcon avec sa copine.Et depuis ce matin, je n’en vois plus qu’un : le remplumé qui m’a fait peur cette nuit. Sa copine est partie… je pense que dans la nuit, elle a dû lui expliquer qu’elle en avait marre qu’il lui atterrisse à moitié dessus chaque fois qu’il revenait d’un petit tour… ou qu’il ronflait trop fort… ou qu’il prenait toujours la meilleure place : oui, j’ai vu le petit malin bien confortablement installé sur l’enroul
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mon génois cette nuit, protégé de part et d’autre par le balcon. Bref, elle a disparu et lui est resté (j’ai décidé que le plus gros des fous était le « il »).Bref, il va et vient autour du bateau. Se pose. Repart… Ça met un peu d’animation quoi.

Je trouvais qu’une poule sur un petit bateau, c’était pas pratique. Mais un fou, c’est nickel ! Ça te suit. Ça se pose sur un bout de fil et ça tient. Suis sûre que tu peux le dresser pour pêcher pour toi ! Idée à retenir…Bon sinon bah… je tire des bords… de longs bords pas rapides car le courant est contre moi. Mais je me rapproche de plus en plus de la zone où les vents et le courant devraient m’être plus favorables. Alors je prends mon mal en patience. Et je récupère de la nuit avec des longues siestes en compagnie de Mac, mon fidèle ours en peluche. Ça fait du bien un peu de douceur !

Et depuis ce matin, je vois enfin un petit bout de terre c’est le roche de Malpelo qui se dessine à l’horizon. On dirait deux petites montagnes pointues accrochées l’une à l’autre. Ça fait du bien de voir un morceau de terre quand même…

Jour 6 – 29/07/2019 – 19h00 UTC

Position 04°00.549N – 82°54.516W
Jour 6

À y est !!! Normalement je suis enfin sous la ZIC !!! Victoire !!! A partir de maintenant, fini les orages et surtout un peu plus de vent régulier. La vitesse moyenne devrait s’améliorer.

456 NM depuis le départ.
80 NM sur les dernières 24h.

Jusqu’à cette nuit, je n’avais jamais été aussi lentement de ma vie d’un point A à un point B… c’était infernal… j’essayais d’économiser autant que possible le moteur mais parfois, il était impossible d’y échapper si je ne voulais pas passer 2 semaines coincée dans cette foutue ZIC avec toutes ses cellules orageuses..

Y a qu’à voir ma trace sur Garmin… je pense qu’on voit facilement ma trace au moteur et à la voile….

Grosso modo : si je descends tout droit vers le sud , c’est du moteur et si je zig zag comme un alcoolique qui va de gauche à droite pour tenter d’aller tout droit, c’est de la voile.

Heureusement pour m’accompagner, j’ai « Mac » mon ourson équipier et « Fous le camp » mon fidèle fou… enfin fidèle pour 48h seulement parce que depuis ce matin, il a disparu… Alors même que je venais de le baptiser. L’ingrat… Un nom commençant par le son « fou » forcément. J’ai repensé à cette histoire du chien qui s’appelait « Fous le camp » et dont j’imaginais la vie perturbante pour lui et les gens autour :  » Fous le camp, ici »,  » Fous le camp, reviens », « Vous avez vu Fous le camp? »… bref j’ai décidé de copier et de lui attribuer le même nom… vu qu’il fout le camp régulièrement dans la journée pour faire un tour ou quand je vire de bord et que le génois le gêne…
Encore que je le trouve pas mal stoïque l’animal. Toute la nuit, sur le balcon avant, le bateau au près serré dans 15 à 18 nœuds de vent apparent, il s’en ait pris de sacrés douches avec les vagues ! Sans oublier le bateau qui pique du nez parfois entre 2 vagues. C’est comme essayer de dormir debout dans un manège à sensations fortes pendant qu’on vous balance des seaux d’eau salée en pleine face… Au moins ça dégage le guano et les plumes du pont, vous me direz…Ben il a tenu bon toute la nuit ou presque comme insensible à ce qui l’entourait la tête sous son aile en équilibre sur la filière et puis ce matin, il a dû se dire qu’il avait eu son compte…
A un moment où le vent a refusé, mon génois s’est mis à contre et a fait virer le bateau. Le temps que j’intervienne, que je fasse passer le génois du bon côté, et que je revire proprement de bord pour continuer ma route, l’animal n’a pas moufté ! Il était sur la filière bâbord et la bordure du génois lui est passé 10 ou 20 cm par-dessus lui en claquant fortement bien sûr… Impressionnant la stoïcité de l’animal ! ou alors il est sourd et à moitié aveugle ? J’hésite sur l’explication…

Z’avait remarqué que j’ai parlé de vent hein ? Ouuuui ! J’en ai enfin depuis cette nuit. Et là, je fais du près serré au 260° environ (j’arrive pas à faire mieux) pour descendre doucement mais sûrement sous le 4e parallèle où se situe plus ou moins la fin de la ZIC et un vent plus favorable. Chose faite pile poil au moment de mon point journalier. C’est pas beau ça ?

Et je suis bien heureuse d’être enfin sortie de la ZIC. Mon pote Kevin, un sud africain rencontré sur le chantier, vient de partir de Vista Mar il y a 36h environ. A 5 noeuds au moteur par temps calme ou à la voile (voire plus), il est déjà en train de fortement me rattraper comme il me dit dans ses sms. J’en suis verte de jalousie, j’avoue… sauf que lui, s’est pris une sacrée branlée cette nuit à 200 NM de là. Vu son âge et son expérience, ça a dû être méchant pour qu’il parle de tempête. Et là, je suis bien heureuse de pas avoir fait demi-tour quand j’hésitai sinon je me la serais prise aussi…

Je devrais passer plusieurs jours sur le même bord, gité à mort. C’est pas la même pour se déplacer sur le bateau et se faire à manger quand tout est à 30 degrés d’inclinaison… Le sketch pour me faire un café et des tartines ce matin. J’ai mis de tout partout et j’ai manqué de mains. 2 c’est pas assez dans certaines conditions. Déjà que les jambes et les pieds te servent à te caler… Dans une position qu’on ne pourrait pas appeler confortable mais plutôt aussi raisonnablement pratique que possible (pour tenter de te faire ton petit déj sans que la majorité ne finisse par terre)… Bref va falloir être inventive pour éviter de m’ébouillanter ou de tout renverser par terre à chaque fois que je voudrais manger quelque chose…

PS : pour ceux qui s’interrogent, je n’ai pas accès à Facebook en pleine mer. Je galère déjà à envoyer et recevoir de simples mails par mon iridium go… C’est mon p’tit frère qui, gentiment, copie-colle les comptes rendus journaliers que je lui envoie. Et ma maman qui me renvoie de temps en temps certains de vos commentaires par mail pour me booster le moral. Esprit de famille et travail d’équipe
Et c’est top de vous lire ! Merci ! Continuez comme cela, ça m’encourage à mort !
Je ne pourrais bien évidemment répondre aux messages et commentaires FB qu’une fois arrivée à bon port avec un bon Wifi et devant une Hinano fraîche (voire plusieurs)

Jour 7 – 30/07/2019 – 19h00 UTC

Position 03°48.153N – 84°08.559W
Jour 7.jpg

Bon… ZIC ou pas, j’ai toujours une vitesse moyenne de merde… je pense que Neptune ou un de ses sbires doit être accroché à ma quille, bras et/ou jambes écartés pour faire le plus de traînée possible et me faire ralentir tout en étant mort de rire de voir ma mine déconfite devant ma SOG (Speed Over Ground ou vitesse fond, la vitesse indiquée par le GPS quoi…). Et la ZIC redescend vers moi. Je risque d’y être engluée encore 24h sauf miracle… Alors en attendant qu’elle arrive, je tente d’optimiser ma route et mes voiles, le nez collé à mon GPS pour voir si mon nouveau cap ou mon nouveau réglage de voiles fait soudain décoller ma vitesse. Pas facile de se rendre compte avec la houle de travers qui envoie parfois valdinguer le bateau alors qu’il prenait de la vitesse. Je lis sur quelques secondes des chiffres comme : 3.00 noeuds, 4.10 noeuds, 3.90, 4 50 (ça monte !), 5.0 (hourra !) et puis SLHOUURPFRFR (le bruit de la grosse vague qui tape sur le côté de la coque, inonde le cockpit et qui postillonne dans le carré) : 1.90 noeuds. Et merde !!! Le vent n’est pas constant. Ce matin, ma vitesse moyenne était de 2 noeuds à un moment, j’ai craint la pétole mais heureusement ça a repris. Bref, je fais avec les conditions que j’ai…

532 NM depuis le départ.
75.5 NM sur les dernières 24h.
C’est pas fameux fameux. Comptez pas sur moi pour le prochain Vendée Globe…

7 jours sans parler. J’ai l’impression de faire un stage dans une retraite religieuse ou un truc où on s’engage au silence complet pendant le séjour… 1 semaine complète et c’est pas fini. Même pas un petit coucou par VHF… Ceux qui me connaissent doivent halluciner. Moi aussi. Mais ça va. Mac, mon super équipier en peluche, n’a toujours pas commencé à parler. C’est que tout va bien pour le moment.

J’ai tenté de sauver de la mort un calamar (je crois que c’est ça vu que je ne suis pas certaine de savoir à quoi ça ressemble et que je n’en mange pas) : long corps qui se finit pas de mini tentacules, gros oeil ? Bref un truc que j’ai trouvé dans mon cockpit en pleine nuit mais malheureusement déjà trop sec pour espérer une réanimation quelconque une fois retourné à l’eau. Ma question maintenant c’est : comment ça a atterrit ici ? Ça saute ces machins là ? Parce qu’impossible qu’une vague l’ait déposé là où je l’ai trouvé… ou tombé du bec d’un oiseau ? Je me pose de ces questions existentielles parfois… quelqu’un a la réponse ?

Pour la petite histoire : j’ai passé un mois grosso modo à la Marina de Vista Mar pour réparer ma boite de vitesse et ma fuite sous la tube d’étambot. C’est là où j’ai fait la connaissance d’un sud-africain d’une soixantaine d’années, Kevin, mon voisin direct de chantier. Lui bourlingue à travers le monde depuis un sacré bout de temps. Tous les soirs après avoir bossé sur Nautigirl, je m’invitais sur son bateau pour boire une bière ou un verre de vin post journée de travail. C’était mon petit moment de réconfort de la journée. On comparaît l’état d’avancement de nos travaux respectifs.

Son bateau était à sec pour des travaux du même genre que les miens mais provoqués par des raisons différentes. Lui, il s’est pris un tronc d’arbre en route pour les Galapagos. Oui un gros tronc d’une douzaine de mètres de long qui a tapé à l’avant de son bateau et qui a roulé sous sa quille avant d’aller s’encastrer entre son hélice et le skeg (ou saumon ?) de son safran. Vous y croyez vous à cette malchance phénoménale ? Tout ça bien sûr en pleine nuit avec à bord une équipière septuagénaire atteinte de la sclérose en plaque et qui n’a même pas eu la force nécessaire pour gérer la barre pendant que lui, passé par dessus bord, en appui sur son annexe gonflée et mise à l’eau en urgence, cramponné à son rail de fargue, il tentait, frontale au front, à chaque vague soulevant le cul du bateau, de marcher à reculons sur le tronc pour peu à peu repousser la partie la plus courte vers l’autre côté. 12 mètres le machin ! 4 qui dépassait d’un côté et 8 de l’autre ! Faire passer 4 mètres sous son bateau, vague après vague, pas après pas, en pleine nuit, en équilibre instable, c’est pas un warrior ce gars ?
Finalement libéré de cet entrave, il a réalisé que sa boîte de vitesse et son hélice étaient endommagées et qu’il prenait l’eau. Retour vers le continent alors qu’il avait déjà fait 300 milles en direction des Galapagos.
Après mise à sec de son bateau, il a réalisé que la souche avait fait sauté 2 des 3 pales de son hélice repliable + tordu la structure + abîmé son tube d’étambot, d’où la fuite d’eau + abîmé son inverseur.

Son équipière bateau-stoppeuse a préféré finalement prendre l’avion pour traverser le Pacifique vu qu’elle s’est un peu fait peur sur la route…
C’est comme ça qu’on s’est connu : voisins de chantier à partager les mêmes types de galères et les apéros du soir. J’ai entendu grâce à lui des extraits de plusieurs langues qu’il parle couramment : afrikaaner bien sûr mais aussi zulu, swahili et un autre langage dont je n’ai pas retenu le nom mais avec des mots pleins de claquements de langue, imprononçables pour moi.
Il est parti 5 jours après moi et il tente de me rattraper. Plus grand bateau. Moteur plus puissant. Vitesse de pointe plus élevée. Il y arrivera, c’est sûr mais j’espère le plus tard possible. J’ai ma petite fierté quand même, non mais !
La prochaine bière qu’on se boira ensemble, ce sera de la Hinano. Ça changera de la Panama ou de la Balboa

Petite remarque sur le bateau et un truc auquel je n’avais pas pensé… j’ai un évier avec une évacuation excentrée côté bâbord.. ben, vu que je suis bâbord amure, mon bateau penche vers tribord donc du côté opposé à celui du trou. Ce qui veut dire qu’à chaque fois que j’utilise ce foutu évier, je dois le vider à l’éponge sinon l’eau s’accumule sur le côté et menace de déborder à chaque coup de gite.. j’aurai un truc à dire au concepteur de cet évier spécial bateau : le mec, il a jamais fait de voile ou bien il a jamais passé 4 jours gité du mauvais côté à devoir vider son évier à la mano ! Ou c’est sa femme qui le faisait pour lui…

J’aurais des choses à dire aussi sur les chiottes posées travers à la coque… impossible à utiliser… gros risque de débordement ! Vive le seau. Franchement, y a que ça de vrai. Facile, rapide, efficace. Faut juste prévoir le bon diamètre pour les fesses : ni trop grand sinon tu passes à travers, ni trop petit sinon t’es pas bien installé. Après à toi de voir comment faire pour qu’il ne se casse pas la figure pendant que toi- toi-même tu essaies de rester en équilibre sur le bateau gité, tout en faisant tes petites affaires et en te rhabillant. Tout un programme. Finalement la vie, c’est tout un ensemble de petits bonheurs simples comme réussir à vider son seau par dessus bord sans en avoir mis une seule goutte à côté et sans se casser la figure… Les gars, sachez que je vous envie votre ensemble 3 pièces. J’ai personnellement testé le pisse- debout pour les filles et je préfère la technique du seau… plus efficace et moins « accidentogène » haha !

Sur ces réflexions philosophiques, je vous dis à demain en espérant annoncer plus que 75 milles nautiques en 24h. Sinon ça va me prendre encore 4 jours pour rejoindre le niveau des Galapagos…

Jour 8 – 31/07/2019 – 19h00 UTC

Position 03°35.891N – 85°35.988W
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Distance totale depuis le départ = 624 NM dont 91 NM sur les dernières 24h. Largement mieux qu’hier et qu’avant-hier même si ce n’est pas encore la panacée.

Je suis officiellement dans la zone UTC-6. J’ai donc reculé ma montre d’une heure. Y en aura encore quelques-uns des changements d’horaire d’ici mon arrivée…

En tout cas, ça y est, les chevaux sont lâchés depuis le milieu de la nuit. C’était vraiment comme si soudainement la quille, comme enlisée, s’était soudainement libérée ou que ce qui semblait retenir ou peser sur la quille avait soudain lâché prise. Je faisais du 2 à 3 noeuds depuis un bout de temps et soudain, le bateau a commencé à vraiment accélérer. Libération ! Yahooooouuuuu ! J’ai enfin un bateau qui avance à une allure raisonnable entre 4 et 5 noeuds voire un peu plus parfois. J’ai donc creusé l’écart entre Kevin, mon pote de galères sud-africain, et moi. Il est à 215 NM, toujours en pleine ZIC et sans possibilité d’utiliser son moteur car son démarreur a cramé. Du coup, cette nuit, son bateau a dérivé vers le nord quand il tentait pourtant si fort de faire du sud… et ce après une journée complète sous la pluie… Qui est-ce qui a dit que le bateau c’est de tout repos ?
Son nouveau plan d’action est de tenter de rallier les Galapagos pour réparer ou éventuellement d’attendre les Marquises. Il réfléchit encore.

Nuit longue. Réveils toutes les 20 mn puis 30 puis 45 mn… J’avoue que depuis que j’ai traversé le rail de cargos il y a quelques jours, je n’ai croisé que 2 autres cargos de très très loin. Seul mon AIS me l’a signalé. Trop loins pour les voir de visu. Pas un seul bateau de pêche. Pas un seul filet. Pas un seul container perdu flottant entre 2 eaux. Pas un seul tronc d’arbre (quelques branches parfois grosses quand même dans le golfe de Panama). Tant mieux : pourvu que ça dure. Du coup, la motivation pour me réveiller toutes les 20 mn n’est pas vraiment là…

20 mn c’est le temps nécessaire pour un cargo avançant à 20 noeuds d’avancer de 6.33 milles dans ma direction. A 6 NM, de nuit, le feu de tête de mât indiquant un navire faisant route au moteur se voit. Au-delà, on ne le voit pas. Les feux rouges et verts indiquant si l’on voit le côté bâbord ou tribord n’ont, eux, qu’une portée de 2 NM. Vous comprenez donc l’importance de faire très fréquemment des tours d’horizon ? Tu vas te reposer après t’être assurée de ne pas voir de feux indiquant un navire près de toi, tu te réveilles et baaam : la proue d’un énorme cargo juste devant toi !!!

Mais imaginez aussi la fatigue qu’engendre se réveiller toutes les 20 mn. Et se rendormir promptement pour ne gâcher aucune de ces précieuses 20 mn de sommeil… Vous comprenez aussi qu’en l’absence – a priori – d’obstacles, on soit tenté de rallonger ces siestes. AIS en veille, je m’y autorise, je l’avoue de plus en plus pour récupérer. En plus, avec le temps couvert que j’ai depuis le départ, c’est la nuit noire dehors alors même bien éveillée, impossible de repérer un obstacle flottant qui n’aurait pas de feu visible : un tronc ?!? Un filet etc… si je dois passer dessus de nuit, je ne pourrais pas l’éviter de toute manière…

J’avoue que le temps passe doucement. Je découvre seulement – je sais, j’ai du retard – la série « Buck Rogers ». Ça occupe. C’est vieux mais c’est drôle et ça marche même en 2019 ! En tout cas sur moi. En même temps, c’est de ma génération, c’est sûrement pour ça que je trouve ça drôle. Pas sûre que quelqu’un né en 2000 trouve ça super intéressant. Quoique : coincé sur une coquille de noix au milieu du Pacifique, tu trouves tout super intéressant rien que pour t’occuper…

Et sinon je lis pas mal. Je viens de terminer « Le trésor de Jean » de Régis d’Isarn de Villefort, un véritable Indiana Jones des temps modernes, un archéologue à la recherche de trésors engloutis et aussi écrivain, un très bon écrivain ! J’étais à fond dans l’histoire. Et je suis en train de finir de dévorer son deuxième livre « L’affaire Panama ». Trop drôle d’avoir rencontré ce gars à Panama grâce à Bryan, notre pote commun. Lui, Régis me connaissait via le forum Hisse et Oh et moi, Bryan me parlait de son pote, aventurier et chercheur de trésor. Très sympa, lorsqu’on s’est enfin rencontré, il m’a offert ses bouquins pour passer le temps pendant la Transpacifique et bien franchement merci ! Super moment de lecture ! C’est palpitant, ça bouge, c’est plein de rebondissements, ça parle de cartes au trésor, de recherches scientifiques, de criminels, de narcos, de sous-marin, du Panama et de son canal. On apprend plein choses tout en étant hypnotisé par le récit. Bref, j’adore et j’ai de bonnes leçons à prendre de lui pour un jour espérer pouvoir écrire comme lui !

PS : pour répondre à un commentaire précédent qui demandait si on pouvait acheter mon livre au Canada, la réponse est oui sur Amazon.com dans le monde entier en numérique ou en papier, sur Amazon.fr en France et aussi sur Apple books et Kobo. Il suffit de taper mon nom et le nom du bouquin pour le trouver : Diane JULLICH Il était un petit navire.

PS2 : aucune idée de la maison d’édition de Régis d’Isarn de Villefort mais n’hésitez pas à vous y intéresser, ça veut le détour.

Jour 9 – 01/08/2019 – 19h00 UTC

Position 03°19.811N – 087°19.418W
Jour 9

Distance totale depuis le départ = 729 NM dont 105 NM sur les dernières 24h. C’est de mieux en mieux !
Encore 200 milles nautiques et je serais au-dessus des Galapagos. Après, ce sera du tout droit ou presque vers les Marquises.

Hier soir, devinez qui j’ai vu revenir sur le balcon avant ? Mon petit couple de fous ! Oui, oui ! Les fous sont de retour et franchement j’étais juste heureuse de partager mon petit esquif avec d’autres êtres vivants même si on ne parle pas le même langage.

Eux, je les entends parler entre eux. Y en a un qui discute plus que l’autre. Dans le genre « couac-couac, pouet-pouet » (ouais, je sais, j’ai un don pour reproduire à l’écrit le cri des animaux). C’est sûrement pour s’excuser d’avoir encore atterri sur la tête de l’autre en visant une petite place entre lui et mon génois. Faut dire que maintenant que j’avance bien, ça rajoute à la difficulté de l’exercice, c’est sûr… ou alors il est en train de lui dire de la fermer parce qu’il n’a pas fait exprès ? (j’ai que ça à faire d’imaginer leur dialogue… ça m’occupe un peu). Bref, j’espère qu’ils vont rester un peu. A chaque tour d’horizon et check du réglage des voiles, je balance un rapide coup de frontale côté balcon pour vérifier leur présence.

Depuis le milieu de la nuit, y en a plus qu’un. Une nouvelle dispute familiale ? « J’te quitte, j’en ai ras le bol que tu m’atterrisses dessus à chaque fois. T’en fais exprès ! » ou « Ce calamar, il était pour moi, tu m’l’as piqué, je ne te le pardonnerai jamais » ou « J’en ai marre de me faire rincer à chaque vague, ton plan pour voyager sans se fatiguer est vraiment nul, j’me casse ».

Vivement que je puisse parler de vive voix avec quelqu’un parce que bientôt je vais vous pondre des romans sur ce que se racontent les oiseaux qui m’entourent. Vu que, quand je les trouve, les calamars et les poissons volants sont déjà morts, c’est quand même vachement plus dur d’improviser un dialogue avec eux, restons un minimum cohérent

Côté Kevin, mon pote de galères maritimes, cette nuit, c’était la déprime. Le moteur de son démarreur a cramé et il était en pleine pétole. A 2h du matin, il finissait son deuxième 360 degrés à cause des courants et de l’absence de vent… bonjour le moral… Et en dehors de l’utilité du moteur pour se dégager de zone sans vent, lui, il en a régulièrement besoin pour recharger ses batteries. Donc à partir de maintenant il a deux choix : soit s’arrêter aux Galapagos mais il vient d’apprendre qu’un arrêt d’urgence là-bas ça coûte 1.000 dollars (et ensuite il faut réussir à obtenir la pièce rapidement sinon tu rajoutes un billet je pense), soit faire sans jusqu’aux Marquises mais ça suppose revoir sa conso électrique pour réussir à tenir avec ses panneaux solaires et son éolienne essentiellement + recours ponctuel à son générateur pour lequel il a 40 litres d’essence. Et je sais que sur le chantier, il mettait tous les soirs, par nécessité, le générateur en route pendant 1 heure. Ne pas pouvoir recharger ses batteries, ça signifie plus assez d’électricité pour alimenter le frigo, le pilote automatique, les instruments de nav etc…

Perso, ce que je consomme dans la nuit (on parle d’ampères-heure), je le récupère en journée grâce à mes panneaux solaires essentiellement et un tout petit peu grâce à mon éolienne. Suffit d’un peu de soleil. Même un temps gris clair, ça suffit. Heureusement d’ailleurs parce que j’ai eu essentiellement du temps normand depuis le départ !

Cette nuit, je crois que c’est la première fois où j’ai pu voir les étoiles pendant un petit bout de temps avant que ça se recouvre… encore…
J’ai envie de voir du soleil ! Que le jour se lève sur un ciel dégagé. Ça changerait… Même si les paysages avec tous ces nuages de forme et de couleur différentes reste magnifique.

Et j’ai aussi envie d’arrêter de me faire secouer comme un prunier. Pouvoir me faire un café tranquillement sans faire super gaffe à bien renverser l’eau chaude dans mon gobelet et pas sur ma main à cause des mouvements incessants du bateau. Pouvoir faire cuire un truc sans voir le couvercle voler 3 fois dans le bateau.

Depuis ce matin, j’ai l’impression qu’un géant prend le bateau par le mât et le secoue dans tous les sens de manière incontrôlée pour tenter de me faire gerber. Vraiment… et puis une fois de temps en temps, tu as le gros SPLASHHH d’une vague plus traitre que les autres qui éclate sur la coque et inonde tout le cockpit. Comme ça… sans prévenir… j’ai de la chance pour le moment : ça c’est toujours produit quand j’étais à l’intérieur mais je vais m’en prendre une à un moment, y a de bonnes chances… faut être réaliste…

Étonnamment, depuis que je suis partie, je n’ai pas ressentie la moindre nausée. Et pourtant après un mois à terre, j’étais sûre que les premières heures ou journées seraient difficiles. Et bien pas du tout. Sûrement que le fait de se savoir seule à devoir tout gérer quoi qu’il arrive joue dans mon cas : j’ai pas le choix et mon cerveau semble l’avoir bien imprimé. Tant mieux.

C’est vrai que la route est longue…

Jour ‪10 – 02/08/2019‬ – 19h00 UTC

Position 03°08.388N – 88°47.602W
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Distance totale depuis le départ = 859 NM dont 130 NM sur les dernières 24h. Ça a dépoté cette nuit !!! Mais pas sur une ligne droite parfaite du coup j’ai pas avancé d’autant dans la bonne direction. Mais c’est le genre de chiffre qui fait plaisir : 130 NM soit 5.41 noeuds de vitesse moyenne.

Cette nuit, c’était LA nuit durant laquelle Rick m’a gonflée. Vous vous souvenez de Rick ? Mon autopilote ? Surnommé ainsi parce qu’il faut tout le temps « riiiiiiiick – riiiiiiiiick » (oui, je sais, je décris très bien à l’écrit les bruits de grincements, j’ai le même don que pour les bruits d’oiseaux). Rappelez- vous, je vous l’avais présenté durant ma traversée de la mer des Caraïbes….
Ben, ce pauvre Rick – de la famille des SPX5 de chez Raymarine – s’est pris beaucoup de pluie sur la tronche depuis le départ et pas mal de paquets de mer. La houle un peu tordue que j’ai en ce moment et qui me rend folle ainsi que le vent capricieux lui en ont beaucoup demandé également… alors hier soir, il s’est révolté et a tenté de se mettre en grève plusieurs fois…
A chaque fois que l’alarme sonnait, c’était pile poil quand je tentais de m’assoupir un peu. Et baaam ! Alarme. Donc, moi, normal : je bondis de ma couchette pour le mettre en standby, saisir la télécommande et bondir dehors, tout ça en petite culotte forcément parce que j’ai pas pris le temps de m’habiller… alors que 5 mn avant, j’avais la salopette qui va bien avec la petite veste pour rester bien sèche dessous. Résultat des courses : tu remets en route ton autopilote, t’as le cul trempé (vu qu’il pleuviote comme presque chaque soir et que les bancs sont trempés) et tu repars tenter de dormir un peu à l’intérieur. Trois fois hier soir, il me l’a fait…
A un moment, warrior, je me suis dis « Vas y ! Dégaine ta canette de red bull et si Rick ne peut pas le faire, toi, tu vas le faire, et tu vas montrer à la machine que l’homme fera toujours mieux ! ». Ben… en fait non… De nuit, tu ne vois rien de la houle qui t’arrive dessus, le vent est irrégulier en puissance et en direction. Du coup, tu passes ton temps la frontale allumée pour voir si tes voiles sont gonflées ou non. Zéro sensation dans la barre pour t’aider car t’es dans une sorte de bain à remous et ça fausse toute sensation à la barre. Bref, après 20 mn, j’ai décidé que Rick ne faisait pas un si mauvais job après tout. Alors je l’ai réembauché. Et ‪à minuit‬, il a décidé de déclarer forfait… comme ça, tout d’un coup…
Donc re-réveil en sursaut pour saisir mon autopilote de secours, un ST2000+, toujours de chez Raymarine et toujours pas baptisé (vu que lui ne fait pas de bruit mais qu’il est beaucoup moins fiable dans la durée que le SPX5 : on verra s’il m’inspire). Débrancher Rick. Brancher sur une autre prise Jane Doe (en attendant son surnom). Trouver un sac plastique dans lequel l’envelopper car j’en ai vu plusieurs mourir devant mes yeux à cause de l’humidité. Trouver du scotch pour empaqueter le bordel… retrouver le bon cap et aller se recoucher… bref j’ai eu une nuit agitée…

Et ce matin, c’est le GPS de mon IPad Air sur lequel j’ai aussi Navionics, mon programme de navigation et Weather4dpro pour la météo qui refuse de fonctionner… or toutes ces applications fonctionnent notamment grâce à ce GPS. Tout comme l’application qui me permet de savoir quand un satellite passe sur ma zone et m’autorise à envoyer ou charger mes mails via iridium go… sinon je peux passer une heure à appuyer sur les boutons sans que rien ne se passe… bref, j’ai essayé d’éteindre et de rallumer l’iPad sans que cela ne change rien. J’ai tenté de le charger à 100% sur le secteur avant d’éteindre et rallumer, j’ai fait « réinitialiser localisation et confidentialité » et toujours pas de GPS… si quelqu’un a une idée, c’est le moment ! Heureusement que j’ai OpenCpn un autre logiciel de nav sur un ordinateur portable… mais j’aime bien utiliser l’iPad qui est plus pratique et surtout c’était mon seul moyen de télécharger la météo en la superposant à ma
trajectoire…

Vu cette défaite avec l’électronique de bord, j’ai pris toute la matinée pour oser vérifier que c’était juste le fusible qui avait pété pour Rick et heureusement c’était bien le cas. Gros oufffff de soulagement car c’est LE pilote le plus fiable pour moi. Le ST2000+, c’est vraiment pour dépanner ou sur du court trajet.

J’ai donc décidé de passer au régulateur d’allure pour économiser mes pilotes électriques qui prennent cher. Pour ça, il a fallu que je passe par dessus bord pour mettre la pale dans l’eau. J’étais tellement crispée à l’idée de lâcher prise, même attachée, que je me suis bloquée le genou gauche sur un mouvement. J’ai encore un peu mal mais tout va bien maintenant. N’empêche que j’ai réalisé que s’il m’arrive un truc qui m’handicape physiquement, c’est chaud les marrons… je m’impressionne d’être restée la tête froide, à me masser le genou jusqu’à ce que je récupère une amplitude de mouvement suffisante. Ensuite, j’ai fini de mettre en place le reste des éléments nécessaire au bon fonctionnement du régulateur. Idem, suis restée hyper calme quand j’ai cherché dans tout le bateau un de ces petits éléments jusqu’à ce que je me rappelle l’avoir placé dans le sac où je stocke mes manivelles de winch dans le cockpit. Ça m’est revenu en mémoire pendant que, de déception, je grignotais un paquet de chips en réfléchissant. Et enfin ! J’ai pu le mettre en route nickel chrome ! La dernière fois que je l’avais utilisé, ça doit faire plus d’un an je pense… ça marche juste avec le vent, ça consomme zéro électricité et c’est silencieux. Ne reste plus qu’à le baptiser quand j’aurais l’inspiration.

Le fonds de l’air est frais par ici je trouve. J’ai hâte d’avoir du soleil toute la journée et des nuits claires et dégagées. Ça n’a été le cas que quelques heures cette nuit et ce matin. Ça me manque un peu la chaleur.
Pourvu que ça s’améliore vite tout ça… toute la nuit, j’ai eu l’impression d’être dans un gros chaudron avec des bulles qui parfois éclatent contre la coque du bateau créant une explosion d’eau au-dessus, parfois le bateau est comme projeté en l’air et retombe dans le creux d’une vague dans un énorme bruit : baaaaaaam ! C’est horrible. Et je suis coincé dedans depuis plusieurs jours. Vraiment mais vraiment dur pour le moral… et là j’ai pas le choix que de continuer en espérant trouver mieux plus loin… et vite SVP !

Et sinon pour la petite histoire : trahison !! Le couple de fous a réapparu sur le bateau de Kevin 200 milles, soit 371 km, derrière moi. A moins que ce ne soit des cousins à eux ? Je ne maîtrise pas bien la vitesse de déplacement d’un fou volant… En tout cas, mon balcon semble bien vide maintenant…

PS : si quelqu’un a une idée pour mon iPad air wifi+cellular, dites là moi svp ! Comment faire pour que son GPS interne refonctionne sans tout réinitialiser (sinon je perds mes applications) ?

Jour ‪11 – 03/08/2019‬ – 19h00 UTC

Position 02°45.171N – 090°16.069W
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Distance totale depuis le départ = 977 NM dont 118 NM sur les dernières 24h. Ça continue sur un bon rythme et cette fois-ci en ligne droite.

Pour la 2ème nuit consécutive, j’ai enfin pu voir la Voie lactée et les étoiles clairement pendant quelques temps avant que de nouveaux les nuages assombrissent l’horizon. Il paraît que ce temps gris constant ou presque est lié au courant froid de Humboldt en conflit avec l’air chaud tropical. Je découvre !

Les nuits sont fraîches et c’est plutôt vivifiant. Ça aide à se réveiller plus rapidement à chaque tour d’horizon et de réglage de voiles. Parce que parfois, j’ai quand même du mal à décoller les deux paupières. Ma dernière nuit de 8h ininterrompues de sommeil date !

Mon régulateur d’allure tient parfaitement bien son rôle. Les petits ajustements faits sur Panama portent leurs fruits. Merci pour ton aide Bryan !

Cette nuit, je franchirai le cap symbolique de 1.000 milles nautiques parcourus d’une traite et en solo (1.852 kilomètres). Auparavant, ma plus longue expérience solo, c’était 45 heures entre Grenade et la Martinique. Finalement, le plus dur, c’est de prendre la décision de se lancer. Il faut se sentir prête dans sa tête, sentir qu’on connaît suffisamment son bateau pour pallier à la plupart des difficultés qu’on pourrait rencontrer et se faire confiance. Le reste suit, a priori…

Il ne me reste « plus » que 3 fois cette distance à faire, soit 3.000 milles, c’est-à-dire 5.556 kilomètres, pour atteindre les Marquises. Une pécadille !

Jour 12 – 04/08/2019 – 19h00 UTC

Position 01°58.365 N – 091°58.033 W
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Distance totale depuis le départ = 1.101 NM dont 124 NM sur les dernières 24h soit 5.17 noeuds en moyenne. Pas mal !

J’ai franchi le palier de mes 1.000 premiers milles nautiques solo à 00h56 UTC soit 18h56 en heure locale, en pleine nuit. Rien de spécial pour l’occasion. J’ai juste fini mon plat riz-sauce tomate-petites saucisses coupées en morceau-fromage arrosé d’un coup d’eau du robinet de Panama. Et tout ça dans la casserole pour avoir moins de vaisselle, la frontale sur la tête… oui, je sais ma vie fait rêver…

Je n’ai rien bu à l’occasion car je préfère ne pas boire d’alcool en nav mais je ferai une petite exception pour le passage de l’Equateur, c’est certain ! Enfin à voir à quel heure je le passe… c’est sûr qu’une gorgée de rhum comme ça à 5h du matin, ça peut être un peu dur à faire passer.

Le vent a tourné de presque 30 degrés au cours de la nuit m’autorisant à gagner un peu de terrain vers le sud. Depuis la levée du jour, j’ai repris une route au 240 histoire, normale notamment de passer bien au dessus des minuscules îles (ou bouts de rochers ?) de Darwin et de Wolf. Bien au nord et très éloignées des principales îles des Galapagos. Franchement, si tu n’utilises pas de carte papier pour préparer ta nav et que tu ne zoomes pas assez sur ta carte électronique, tu ne les vois pas et tu es susceptible de te faire une grosse frayeur en passant trop près.

Depuis les 2 cargos croisés peu après que j’ai dépassé le rail de cargos à la sortie de la baie de Panama, c’est la première fois que j’ai des cibles AIS sur l’écran. Toutes autour des îles principales des Galapagos sauf une sur la minuscule île de Darwin : « Jesus del gran poder » un navire de passagers. C’est donc qu’il doit y avoir des trucs à voir là bas malgré la petitesse de l’île… curieuse de regarder sur Google earth à quoi ça ressemble…

Avec le courant favorable qui me pousse, je me fais des pointes à 6-7 noeuds ! Ça dépote !

Effectivement pour ma route, je dispose des meilleurs conseils possibles, ne vous inquiétez pas. Et ça fait du bien de se savoir bien épaulée. Ça soulage d’un gros poids. Je n’ai plus qu’à faire avancer le bateau en tentant de ne rien casser.

Par contre, du côté de Kevin, mon pote de galères comme je m’appelle, encore 175 milles derrière moi, il hésite toujours à s’arrêter ou non aux Galapagos.
S’il s’arrête, ça lui coûte 1.018 dollars qu’il devra débourser avant même de mettre pied à terre et de savoir si le mécano local pourra l’aider ou non. Sinon il devra faire venir la pièce d’Equateur – si elle est disponible. Et s’il doit attendre plus de 15 jours pour l’avoir, ce sera un nouveau billet à poser pour rester aux Galapagos. Pas donné hein les Galapagos ? Et ça, c’est le prix pour 15 jours sur une seule des îles. Si vous voulez en faire plusieurs, c’est plus cher.
S’il continue, il doit trouver une solution pour trouver un nouveau démarreur en Polynésie ou ailleurs et le faire livrer aux Marquises.
Le problème, c’est qu’il a besoin de son moteur normalement pour avoir assez d’énergie à bord de son voilier tous les jours. Donc, s’il prend la décision de continuer sans s’arrêter aux Galapagos, il devra jongler entre son frigo, son pilote automatique et ses instruments de bord pour ne pas consommer plus d’ampères-heure que ses panneaux solaires et son éolienne ne peuvent reconstituer.
Bref… choix cornélien…
Mon frère aura posté avant celui-ci un autre message sur mon profil mentionnant le numéro de la pièce recherchée ainsi qu’une pièce similaire. S’il y a un distributeur à Tahiti que vous pouvez appeler pour moi (enfin pour Kevin) pour savoir combien coûte la pièce, si elle est disponible et fournir une adresse mail qu’il serait possible d’utiliser pour contacter ce fournisseur, commentez l’autre message svp !
Pour info, la pièce recherchée est la suivante : Bosch Starter part number Bosch 1107078 OU la pièce équivalente suivante : Volvo penta D@-40 B part number 3803904 Starter motor.

Quant à mon IPad, le GPS refuse toujours de fonctionner. Je tenterai une restauration une fois aux Marquises. J’ai trop peur de perdre des applications importantes durant le procédé si je le fais en pleine mer…

Jour 13 – 05/08/2019 – 19h00 UTC

Position 01°03.005 N – 093°49.609 W
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Distance totale depuis le départ = 1.252 NM dont 151 NM sur les dernières 24h soit 6.29 noeuds en moyenne. Pas mal du tout ! Pas sûre d’avoir déjà fait autant de distance sur 24h jusqu’à présent (depuis l’achat de Nautigirl je veux dire)… Merci le courant ultra favorable ! On va essayer d’en profiter le plus longtemps possible.

Mon régulateur d’allure assure trop ! Il mérite un nom. Ce sera Hercule ! Hercule le régul (vous voyez mon petit côté poète) ? Parce ce qu’il est aussi fort qu’Hercule face à ses travaux.

Au moment du point d’hier, je franchissais la longitude la plus à l’ouest des Galapagos. J’ai vu de loin l’île Darwin. Bien plus grosse que ce que j’imaginais à voir sa taille sur la carte papier ! Finalement, même en pleine nuit, pas de souci, tu peux pas foncer dessus sans la voir. Impossible !

Désormais, le but, c’est de rejoindre le plus vite possible l’Equateur puis les alizés.

Et justement concernant le passage de l’équateur, pour ceux qui l’ont fait, comment avez- vous fêté l’événement ? Avez-vous suivi la tradition ?

Depuis quelques jours, le fond de l’air est frais, très frais : j’ai froid. La nuit, c’est pantalon et sweat obligatoires. J’aurais bien rajouté les chaussettes mais c’est un truc à se vautrer par terre à chaque quart. Déjà que pieds nus, je glisse sur mes planchers, je n’ose même pas imaginer en chaussettes. A quand des planchers – jolis certes – mais surtout antidérapants ? Histoire d’éviter de se la jouer à la Mickaël Jackson à chaque coup de gite, debout dans le bateau ?

Cette nuit, enfin, j’ai eu le droit à un champ d’étoiles au dessus de ma tête. C’est la première fois depuis que je suis partie que le ciel était presque complètement dégagé. Jusqu’à présent, je n’avais le droit qu’à de petites percées. Ça a duré quelques heures et le temps grisâtre et nuageux a repris sa place. J’en oublierai presque ce qu’est un grand ciel bleu…

J’ai cru avoir un nouveau visiteur cette nuit quand allongée dans le carré, regardant vers l’arrière du bateau, j’ai soudain vu un mouvement près de mon panneau solaire. Frontale allumée, j’ai réalisé que c’était un oiseau blanc qui a semblé hésiter un long moment à se poser sur les panneaux avant de s’éloigner gêné par la lumière sans doute. Je l’ai revu plus tard volant devant le génois, un oeil sur le balcon avant me semblait-il. Et puis finalement il a disparu. Pour de bon. Dommage. J’aurais bien partagé un bout de trajet.

Hier après midi, j’ai épongé pour la 2e fois l’eau à l’avant liée à l’infiltration d’eau par les vis de mon rail de fargue ou par ma baille à mouillage. J’hésite en fait sur la cause. Sur un 28 pieds, va trouver de la place pour déplacer et stocker des affaires mouillées de la pointe avant vers euh… ailleurs… tout en ayant encore assez de place pour te déplacer et t’allonger quelque part……
Bref, de l’eau avait coulé à l’intérieur du coffre avant. Forcément, à chaque virement de bord, l’eau qu’il y avait sur le côté a glissé tranquillement vers l’autre côté et sur sa route, y avait la trappe de visite non étanche… A l’intérieur un vieux spi symétrique qu’on m’a donné + 2 ou 3 autres petites affaires étaient bien trempées. Mes ailes de kite, elles, ne sont que légèrement humides ouffff… bref, j’ai tout sorti. Tout épongé. J’ai laissé respirer le coffre ouvert toute la nuit. Et j’essaie de trouver comment faire sécher les affaires mouillées sur un bateau constamment gité et déjà bien encombré…
Une vraie partie de plaisir ce Tétris grandeur nature…

A me voir m’agiter comme ça dans la pointe avant, avec le bateau qui tape, sans ressentir la moindre envie de gerber, je m’impressionne. Normalement je suis sensible à ce genre de chose. J’ai le mal des transports facilement si je ne conduis pas. Bah a priori en bateau, le fait d’être seule à bord pour une longue période semble plutôt avoir une influence très bénéfique sur mon oreille interne. Surprenant ! Mais c’est tant mieux et je ne vais pas me plaindre ! Pourvu que ça dure !

Depuis ce matin, je pense à m’ouvrir une de mes conserves faites maison. Genre mon petit boeuf bourguignon cuisiné avec amour en Martinique avant de partir. Normalement, j’ai respecté tout le protocole pour ne pas mourir emprisonnée mais depuis que j’ai lu un article sur la toxine botullique, j’hésite… Elle est sans goût, sans odeur et elle n’a pas besoin d’air pour se développer. Les symptômes ? Oh rien de méchant : elle te paralyse ?!?!! Bon… je crois que je vais quand même me l’ouvrir ma conserve… et tenter de me faire confiance… Franchement, ce serait trop con de mourir seule en pleine mer à cause d’un boeuf bourguignon mal préparé hein ? A quelques milles de l’Equateur en plus…

PS : merci à tous pour votre aide concernant le démarreur de Kevin. Je lui ai transmis vos propositions et contacts par iridium. A priori, il a décidé de continuer vers les Marquises sans moteur en se débrouillant pour réduire drastiquement sa consommation électrique.

Jour 14 – 06/08/2019 – 19h00 UTC

Position 00°12.929 S – 095°27.095 W
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Vous avez remarqué le S au lieu du N dans ma latitude ? Oui, oui j’ai traversé l’Equateur ce matin ! Hourra ! Encore une grosse étape franchie !

Distance totale depuis le départ = 1.409 NM dont 158 NM sur les dernières 24h soit 6.55 nœuds en moyenne. C’est encore mieux d’hier. Incroyable ! J’ai presque l’impression d’être sur un bateau de compétition ! C’est mon record personnel sur Nautigirl. Merci le courant ultra favorable encore une fois ! Là, on sent bien qu’il est moins présent et le vent est plus faible, mais on va tenter de tirer le meilleur des conditions !

En tout cas, hier après-midi, je me suis fait un petit plaisir avec une conserve faite maison. Tout va bien. Suis encore vivante. Pas de toxine botullique dans celle-ci. Ou alors ça a un effet à retardement.
Mon boeuf aux oignons étant – a priori – rangé tout au fond, j’ai reporté mon choix sur une conserve accessible. Ce fut « boeuf aux oignons ». Le seul plat pour lequel j’ai triché car celui là vient d’un restau chinois. Le 999 au Marin en Martinique. D’ailleurs si quelqu’un peut les rassurer et leur dire que oui le processus de conserve en bocal de verre permet bien de déguster leur plat plusieurs mois après, ce serait sympa. La nana de la caisse a halluciné lorsqu’elle m’a vu débarquer avec ma cocotte minute au mois de mars pour embarquer du boeuf aux oignons à mettre en conserve. Je lui ai expliqué le principe et elle ne m’a pas cru. Mais le résultat est là : son plat cuisiné courant mars a été mangé en août et la cliente est toujours en bonne santé (a priori).

Boeuf aux oignons et riz : un délice pour le déjeuner, le dîner et le déjeuner suivant… ben oui, en mer on ne gâche pas et vu que j’avais préparé des conserves pour 2, ben ça me fait plusieurs repas de suite… un peu monotone mais vu la galère que c’est de cuisiner sur un bateau en mouvement, c’est aussi bien.

Toute la nuit, j’ai eu le droit à un magnifique ciel étoilé digne d’un planétarium. Enfin, un ciel dégagé de tout nuages !

A 4h42, mon alarme AIS me signale le 1er cargo depuis plus de 10 jours. Il passera à 5NM de moi. J’ai veillé le temps qu’il passe et qu’il s’éloigne. Un gros bébé de 300 mètres. Là, t’es bien contente d’avoir l’AIS qui te transmet toutes les infos nécessaires : sa vitesse, son cap, à quelle distance minimum il passera de toi… Parce que je sais pas si c’est ma vie qui baisse, la presbytie ou je ne sais quoi d’autres, mais qu’est ce que j’ai du mal de loin à distinguer clairement si c’est rouge (côté bâbord) ou vert (côté tribord)…

Ensuite, j’ai téléchargé mes mails sur mon iridium go tout ça pour lire un message urgent d’un pote disant que je suis tout proche de la zone où se situe d’une bouée météo type Atlas n°32321 qui fait plusieurs tonnes… je regarde sur Open Cpn, sur Navionics et sur ma carte papier : rien de signalé ! Ben là, du coup ça finit de te réveiller… Surtout quand tu apprends qu’elle fait 6 ou 7 m de haut… j’ai compté les minutes croyez moi qui me séparaient du lever du soleil… j’allais à 5 noeuds et plus et franchement, de nuit, j’avais beau scruter l’horizon, pas sûre que j’aurais pu l’éviter si j’avais été sur sa trajectoire… bref, me suis fait une petite frayeur ce matin…

Et à 7h56 heure locale, soit 13h56 UTC, je passais l’Equateur ! Pour l’occasion, Mac mon équipier en peluche s’est fait le porte-parole de Neptune. Vu qu’il ne peut pas parler, il avait rédigé un petit courrier à lire à haute voix expliquant ce qu’il attendait de moi. C’est ainsi que je me suis vue baptisée par Neptune après avoir vidé un seau d’eau de mer sur moi par une température extérieure de 21 degrés SVP ! Imaginez la température de l’eau… Forcément, quitte à être mouillée, j’en ai profité pour prendre une douche. J’avais quand même prévu une bouteille d’eau chaude pour me rincer et me réchauffer. Faudrait pas que je tombe malade non plus…
Et à 8h10 du matin, j’ai donc trinqué au rhum avec Neptune et Mac… Ça, c’est fait !! Ça aurait pu être pire… ça aurait pu être à 5h du matin… là, de nuit, ça aurait eu encore plus de mal à passer… quoique avec du sucre et du citron façon ti-punch, c’était pas dégueu !

Toute la journée : temps superbe, ciel bleu, houle calme et longue, vent faible mais courant favorable : j’en ai profité pour bricoler un truc à l’avant pour mon infiltration d’eau. On verra si c’est mieux ou non

Désormais, c’est presque une ligne droite vers les Marquises. Je descends encore une chouilla vers le 2°S et ensuite plein ouest !

PS : au fait, merci Jacopo pour les biscuits ! J’ai ouvert la boîte aujourd’hui pour le passage de l’Equateur, comme tu me l’avais demandé. Très bons !! Miam-miammmmm !

Jour 15 – 07/08/2019 – 19h00 UTC

Position 01°08.612 S – 097°01.054 W
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Distance totale depuis le départ = 1.520 NM dont 111 NM sur les dernières 24h soit 4.63 noeuds en moyenne. Fini la moyenne de fou des dernières jours. Retour à des vitesses « normales ». Dommage. Je commençais à m’habituer à filer comme une fusée !

Après avoir passé l’Equateur, j’ai pu profiter d’une vraie bonne journée de « pause » dans ce voyage. Ciel bleu et dégagé. Grand soleil. Un fond d’air un peu frais mais vivifiant. Vent faible mais vitesse satisfaisante grâce au petit courant favorable. Une mer calme : de grosses ondulations qui se remarquaient à peine. Bref une journée à faire aimer le bateau même aux plus réticents ! J’en ai profité pour me reposer à fond.

Depuis cette nuit, c’est reparti avec une houle un peu désordonnée parfois. De nouveau, je dois m’accrocher à tout ce qui m’entoure pour garder l’équilibre. Ça, ça ne me manquait pas.

Kevin, mon pote sud-africain, est sur mes talons et me rattrape un peu plus tous les jours. On s’envoie régulièrement nos positions et j’avoue être un peu verte de voir que tranquillement il se rapproche. Je m’y attendais. Je sais que son bateau est plus rapide que le mien mais quand même… Je fais ce que je peux pour avancer aussi vite que possible mais quand il m’annonce faire 8.5 noeuds depuis 2 jours grâce au vent et au courant dont il bénéficie, je vois bien qu’on ne joue pas dans la même catégorie. Jamais de la vie, la carène de Nautigirl ne fera ça ! Sa vitesse max est de 6 noeuds environ, allez 6.5 noeuds pourquoi pas. Mais pas au-delà…. sniffffff. Ça donne envie ces chiffres quand même…

Direction 2°30S 100W et ensuite, un tout droit sur Hiva Oa où j’espère trouver un bon mécano pour mon moteur. Suffit de trouver la perle rare : le gars (ou la nana) avec le bon savoir faire. Si vous avez un nom, faites m’en profiter svp !

Environ 2.600 milles nautiques encore à parcourir. J’ai fait un tiers du trajet jusqu’à présent. Vous pouvez commencer à ouvrir les paris pour la date d’arrivée !

Jour 16 – 08/08/2019 – 19h00 UTC

Position 01°56.859 S – 098°54.480 W
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Distance totale depuis le départ = 1.647 NM dont 127 NM sur les dernières 24h, soit 5.3 nœuds en moyenne ce qui n’est vraiment pas mal du tout vu les conditions que j’ai eues. Merci le courant encore une fois.

La nuit a été tout simplement la pire que j’ai vécu jusqu’à présent. A chaque fois que je touchais aux voiles ou au régulateur d’allure, les conditions changeaient dans les 3 minutes qui suivaient. Incroyable ! J’avais à peine le temps de me peletonner sous ma couverture en essayant de couvrir mes petits pieds vu qu’il fait toujours super frais ici, qu’il fallait que je me relève… Ce petit jeu a duré jusqu’à 2h30 du matin… A cela, vous pouvez rajouter une houle de merde en plus du vent changeant et en direction, et en force. Bref, je suis fatiguée…

Ce matin, Kevin a, lui aussi, passé l’Equateur. Il a bénéficié de 2 jours avec une moyenne de 8 nœuds. Il est maintenant à 115 milles environ au-dessus de moi. On est quasiment sur la même longitude. Lui a pris une option de route plus Nord et plus directe. A priori, il a bénéficié de meilleurs courants mais il a subi aussi du plus mauvais temps que moi. Il semble maintenant qu’il soit pris dans une bulle sans vent qui va durer quelques jours, ce qui devrait le ralentir.
Quant à moi, j’ai eu du vent très faible toute la matinée et ça vient seulement de monter. Et je devrais bénéficier de bonnes conditions pour les prochains jours. A moi d’essayer d’en profiter le plus possible pour tenter de retarder le plus possible le moment où Kevin me dépassera. Un vague remake de David contre Goliath. Que les éléments me soient favorables pour compenser la taille de mon petit bateau et le profil de ma carène

PS : je n’ai pas reçu Fous le camp et sa compagne. Juste une petite visite ce matin d’un de leur cousin qui a fait une petite pause sur le panneau solaire.

Jour ‪17 – 09/08/2019‬ – 19h00 UTC

Position 02°43.399 S – 100°45.969 W
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Distance totale depuis le départ = 1.793 NM dont 146 NM sur les dernières 24h, soit 6.08 noeuds en moyenne.
Encore 2.350 milles nautiques avant les Marquises ! 40% d’effectués, 60% à parcourir encore…

Hier après-midi, après mon point journalier, j’ai eu le droit ‪à 1h‬ de bon vent, environ 15 noeuds, avant que ça ne se recasse la figure… malgré tout, la vitesse est restée bonne grâce au courant favorable. Ah ce courant… ce ne serait pas la même sans sa présence. Normalement entre 8 et 10 noeuds de vent, je suis très loin des 5 noeuds de vitesse…
Le vent n’est remonté que le lendemain dans la matinée. Toujours irrégulier… généralement 8-10 noeuds et puis ça monte jusqu’à 17-18 et ça redescend subitement. Pas facile les réglages de voiles dans ces conditions…

Toute la journée d’hier, j’ai attendu patiemment que mes batteries se rechargent à 100%. Mais rien n’y a fait… sur 35 Ampères heure qu’il me manquait, j’en ai récupéré seulement 10 environ… ok, le temps était grisâtre une bonne partie de la journée, mais quand même, ça me paraissait surprenant. ‪Vers 16h‬ heures locales, le soleil brillait enfin et j’ai décidé d’orienter un peu les panneaux vers lui et là ô horreur, ô damnation : je réalise qu’il y a un connard d’oiseau qui a chié tout ce qu’il pouvait sur l’intégralité des panneaux !!! Y en avait sur toute la surface !!!
Alors va te mettre sur la pointe des pieds sur le tableau arrière de ton bateau arrière qui gite, lui, pendant ce temps là, une main agrippée au portique, l’autre en train d’essayer de nettoyer le massacre avec un chiffon en microfibre…. en plus c’est que ça pue à mort le guano !!! M’en suit foutu partout… Obligée d’improviser pour nettoyer l’arrière des panneaux solaires beaucoup trop loin pour que je puisse passer la main. Je m’impressionne d’ailleurs de plus en plus quand je vois ma capacité à trouver des solutions de plus en plus rapidement : elle est loin la petite comptable qui ne savait rien faire de ses 10 doigts. J’ai attrapé la gaffe, attaché le chiffon mouillé dessus et m’en suis servie pour nettoyer la partie inatteignable autrement.
Après, va balancer un seau d’eau par dessus sans perdre l’équilibre : ben non, j’ai pas perdu l’équilibre, j’ai juste pas été assez rapide pour me mettre à l’abri des projections. Résultat : mes panneaux sont redevenus propres mais moi j’ai pué le poisson… L’occasion d’une nouvelle douche à l’eau propre cette fois-ci…
En tout cas maintenant : je les chasse moi les fous qui tentent de profiter de mes panneaux solaires !!! Ou je leur enfile un bouchon bien profond là où je pense, non mais !!!

Hier soir par contre, au coucher du soleil, magnifique moment avec un bon groupe de dauphins qui ont entouré le bateau. C’était pas des fans de gym genre « Je t’envoie des grosses pirouettes en l’air », plutôt des fans de glisse. On voyait juste leur dos rond apparaître dans la houle avec le bruit caractéristique de leur respiration, genre un tube qui se débouche « schloupppp » (voyez ce talent d’imitation des sons haha !). Bref un moment magique comme je les aime !!!

Au courant de la nuit, j’ai récupéré un énorme poisson volant sur le pont. Le plus balèze que j’ai vu sur mon bateau jusqu’à présent. Il aurait été parfait au BBQ je pense mais je l’ai remis à l’eau… ‪à 3h du matin‬, j’avais pas envie d’écailler du poiscaille…

Et sinon, petite frayeur ce matin avec mon iridium Go qui ne fonctionnait plus… ça signifiait rupture de contacts avec le continent hormis les 50 sms que je peux envoyer et/ou recevoir via mon In reach Garmin… c’était marqué « insérer carte SIM ». Ok, pas de panique : démonter la batterie, retirer et remettre la carte SIM qui pourtant fonctionnait très bien jusqu’à présent et rallumer le bordel… même message d’erreur…. ok je recommence. Rien d’anormal de visible sur la carte SIM. Alors, je me dis que ça ne doit pas faire assez « contact » donc, au dessus de la carte SIM et sous la batterie, j’ai glissé un petit morceau de papier plié en 4 comme j’ai déjà vu un pote le faire sur mon ancien téléphone satellite et ô miracle, ça a remarché ! Je me sens dans le peau de Mac Gyver… et ultra rassurée quand même de pouvoir recevoir ET donner des nouvelles. Seule petite inquiétude : l’appareil a buggé et il a fallu que je l’éteigne et le rallume pour qu’il
accepte de fonctionner normalement. Je croise les doigts pour, qu’à compter de maintenant, je n’ai plus de soucis…

PS : Au fait, j’ai oublié de préciser que je suis dans la zone UTC-7 depuis hier déjà. Du coup, j’ai repoussé à nouveau d’une heure tous les appareils de bord mentionnent l’heure locale. Wouhou ! Activité super passionnante : je suis sûre de faire des jaloux hein ! …

Jour ‪18 – 10/08/2019‬ – 19h00 UTC

Position 03°16.5490 S – 102°18.3140 W
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Distance totale depuis le départ = 1.893 NM dont 100 NM sur les dernières 24h, soit 4.18 noeuds en moyenne, ce qui est presque miraculeux compte tenu des conditions rencontrées sur cette période…

Grosse pétole hier après-midi et une bonne partie de la nuit avec 5 à 7 noeuds de vent. Du coup, j’ai sorti mon nouveau code D, un sorte de spi asymétrique, équipé d’un emmagasineur pour qu’il soit plus facile à gérer solo. Ça m’a permis de garder une vitesse raisonnable on va dire, mais pas formidable.
A la tombée de la nuit, j’ai préféré l’affaler et le ranger pour privilégier le génois tangonné bien plus facile à gérer en cas de coup de vent pour moi…
Déjà, je suis assez lente pour installer le tangon : y a toujours un « bout » (corde) qui ne passe pas là où il devrait au premier essai, entre la balancine, le hale-bas et l’écoute que je rajoute sur le génois et qui est reliée au winch par une poulie à l’arrière du bateau pour pouvoir border le génois sans que l’écoute n’appuie sur la filière… bref, c’est tout un bordel !
Et aucune envie en pleine nuit d’avoir à jouer l’acrobate à l’avant pour ranger le code D enroulé : contrairement au génois sur enrouleur, lui ne peut pas rester à poste, il y a trop de chances qu’il se déploie seul partiellement… donc je le range après chaque utilisation…

J’ai bien fait car ‪à minuit‬, je me suis pris un petit grain rapide. Bon coup de vent et sous la pluie SVP pour bien se réveiller.

Après, plus de vent… j’en ai profité pour dormir avec AIS et Mer-veille en veille. A mon réveil, j’ai trouvé une hécatombe de poissons volants sur tout le pont : 14 au total dont un qui a manqué de justesse l’entrée du carré. A 10 centimètres près, je le retrouvais sur ma table à carte… Du coup, ça a été nettoyage du pont ‪après le petit déjeuner‬ pour faire disparaître les écailles qu’ils avaient laissé un peu partout. Ce faisant, j’ai trouvé la source de la mauvaise odeur à l’arrière du bateau… je ne comprenais pas… j’en arrivais à me dire que décidément, l’odeur de fiente de fou était tenace. Ben non, en fait, c’était un bon gros calamar qui s’était fichu entre ma bouée fer à cheval et mon portique arrière sur lequel elle est accrochée. Fallait le trouver celui-là !

Comme tous les matins, j’ai fait le point avec Kevin sur nos positions respectives. Il est à 140 milles au nord de ma position. Lui, cette nuit, c’était l’attaque des calamars ! Il en a compté 20 ce matin mais pas un seul poisson volant.

Il semble qu’on ait à peu près les mêmes conditions de vent malgré la distance qui nous sépare : calme hier et cette nuit, un peu plus fort depuis ce matin.

J’espère que je vais récupérer une bonne vitesse ces prochains jours. J’avoue que le temps commence à se faire long… Encore 2.235 milles me séparent d’Hiva Oa…

Art. 14 – Le Canal de Panama

Le Canal de Panama, c’est une traversée mythique – pour moi – de 77 kilomètres qui séparent la mer des Caraïbes de l’Océan Pacifique. C’était un rêve de le franchir un jour avec mon voilier et c’est finalement arrivé !

Pour se faire, chaque voilier doit avoir au moins 4 équipiers qui joueront le rôle de « line-handlers », c’est-à-dire une personne qui gérera l’amarre qui reliera le bateau au sommet de l’écluse aux 4 principaux taquets : 2 à l’avant, 2 à l’arrière.

Si le skipper n’a pas assez d’équipiers, il doit faire appel à des line-handlers professionnels ou des bénévoles (avec le risque de faire appel à des gens qui ne savent pas y faire…). Etant seule sur le bateau (mon précédent coéquipier est descendu à la marina de Panamarina où un autre bateau l’attendait), j’ai donc du trouver 4 personnes. Après une petite annonce passée sur le net, j’ai ainsi trouvé James, un australien, Agathe, une française, tous deux semi-expérimentés (plusieurs transits réalisés) et que j’ai donc rémunéré, Yann, un français globetrotteur en camion et Adelina, une argentine en voyage également.

Sur Nautigirl, nous nous sommes donc retrouvés à 5. A cela, il faut aussi rajouter le « pilote » envoyé par le Port. Ce « pilote » ne pilote rien du tout en fait. Il est juste là pour nous donner quelques indications sur où aller et il gère le passage des écluses via sa VHF. Chaque jour, 1 pilote et comme mon transit a pris 2 jours, j’ai eu le droit à 2 pilotes différents. De beaux bébés à chaque fois !! 2 mètres de haut et pas des brindilles. Non, non, du 120-130 kilogrammes, je dirais.

Lorsqu’on était tous à l’arrière, Nautigirl prenait de l’eau par les vide-vites !

Parfois, une vidéo vaut tous les mots, alors voici celle du ma traversée du Canal de Panama :

 

 

Art. 13 – Ma traversée de la mer des Caraïbes

Depuis mon passage à Grenade pour obtenir la certification de Yachtmaster Offshore fin 2017, j’ai continué à naviguer solo. Toujours des petites navigations courtes entre les îles de l’arc antillais, de Grenade à Saint-Martin. Plus vraiment l’envie d’alimenter mon blog car avec la maîtrise croissante de mon voilier, j’avais moins de choses intéressantes à raconter. Ce qui m’étonnait ou m’apeurait au début est devenu peu à peu familier.

Au bout d’une année supplémentaire dans les Antilles, et à ma 2ème saison cyclonique là-bas, je me suis dit que je ne voudrais pas en subir une 3ème. Trop de stress et de pression. A chaque nouvelle formation dans l’océan Atlantique, c’est le jeu du « ça se transformera en cyclone ou pas » et du « sur qui ça va tomber, cette fois-ci ». Cela m’a décidé à enfin commencer mon périple vers la Polynésie.

Pour cela, la première étape a, bien sûr, été de franchir la mer des Caraïbes pour rallier le Canal de Panama.

J’ai fait le choix de sélectionner un équipier expérimenté pour ce trajet car j’ai toujours eu peu de ce fameux « Cabo de La Vela », un cap au nord de la Colombie réputé pour le vent fort qu’on y trouve et des vagues mauvaises qui ont fait sancir plusieurs bateaux. Certains l’appellent le « mini Cap Horn » : c’est dire la mauvaise réputation de l’endroit. Et l’impact de ce cap se fait ressentir à plus d’une centaine de milles.

J’ai aussi fait le choix de faire un direct Martinique – Panama. D’une part, pour tester le bateau sur un trajet un peu long, me tester moi aussi. D’autre part, pour avoir le temps de passer le Canal de Panama et d’enchaîner sur une Transpacifique à la bonne période, c’est-à-dire avril – mai. Si j’avais su…

Quelques jours avant le grande traversée, je fais changer tous les haubans du bateau chez Caraïbes Gréement au Marin. Ouch… Belle facture à plus de 2.000 euros… Ça fait bien mal mais vu mon projet de Transpacifique, je ne veux prendre aucun risque avec la sécurité. Et je ne sais pas ce que je trouverai au Panama comme professionnels compétents, du coup, j’utilise ceux que je connais. Et j’ai bien fait.

Et puis finalement, nous voilà partis mon coéquipier et moi. Les premiers jours sont un peu difficiles pour moi car la houle est forte et croisée ce qui me rend sensible au mal de mer. Hors de question de faire la cuisine à l’intérieur. Du coup, c’est mon coéquipier qui s’en charge pour moi ! Je reste apte aux manœuvres heureusement mais les odeurs de bouffe chaude, non, vraiment, je ne peux pas…

L’œil aguerri de mon coéquipier me permet également d’identifier certains petits points d’amélioration sur le bateau dont je m’occuperai à Panama.

11 jours de navigation au total pour rallier Panama. 11 jours durant lesquels je vais enfin apprendre à tangonner et dé-tangonner mon génois, ce que je ne savais pas encore faire. Non pas que je ne connaisse pas la théorie : je ne voyais juste pas comment l’appliquer sur mon bateau, comment fixer le hale-bas de tangon, où, à quoi etc…

Bref, une belle navigation au portant en passant pile-poil entre des zones de vents forts. Une belle courbe pour éviter la zone que je redoutais et nous voilà arrivés au Panama.

 


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Art. 13 – Retour vers le Marin

(Tous les mots suivis d’un * sont expliqués dans le glossaire figurant au bas de l’article)

Désormais diplômée de mon Yachtmaster Offshore(*), je compte désormais tranquillement remonter vers la Martinique mais pas avant d’avoir donné un coup de main à Vincent qui veut changer ses haubans(*). C’est un travail plus facile à réaliser à deux. Malheureusement, dans la foulée, il se fait un lumbago qui repousse d’une bonne semaine son projet et, par conséquence, mon départ…

Dès que son dos lui permet, nous prenons la direction de Prickly Bay(*) où se trouve un shipchandler(*) chez lequel il pourra se fournir en haubans neufs. Arrivés à bon port, je le rejoins sur son voilier pour commencer le démontage. Chacun en charge d’un côté, nous commençons à dévisser les ridoirs(*) en comptant les tours. Le mât est sécurisé avec des drisses(*) pour éviter tout risque de chute. Dès que c’est fini, Vincent file avec au magasin tout proche pour en obtenir de nouveaux.

Dans l’après-midi, je le rejoins seulement pour apprendre qu’il n’a pas pu se procurer de matériel neuf. Impossible d’avoir le bon modèle de sertissage. Argggghhhh !!! Il n’y a donc plus qu’à remonter les anciens. Je grommelle dans mon coin. C’était bien la peine de tout démonter pour rien après avoir attendu plus d’une semaine. Bon, en même temps, je n’avais pas de délai spécifique à respecter, alors nul mal n’a été fait…

Dès le lendemain, je suis enfin libre de remonter en Martinique. Mon but est de faire un trajet non-stop jusqu’au Marin. Cela représente grosso modo 180 milles nautiques (333 kilomètres). A 5 nœuds de moyenne, cela représente 36 heures de navigation dont 2 nuits complètes. Ce sera mon plus long trajet sur Nautigirl en solitaire. Jusqu’à présent ma plus longue navigation seule à bord, c’est un jour et une nuit consécutive. Cela représente donc un vrai challenge pour moi. D’autant plus que j’appréhende toujours autant l’obscurité en bateau.

Je vais pouvoir tester l’autopilote(*) que Vincent m’a récemment aidé à réparer, un Autohelm ST2000+. L’un des pignons du mécanisme s’était libéré de son emplacement, empêchant le vérin de fonctionner. Je comptais initialement le faire réparer chez un professionnel mais Vincent s’était proposé de jeter un coup d’œil et il avait tout de suite compris le problème. Il avait donc remis en place le pignon sur l’axe du moteur et tout remonté en m’expliquant comment faire si ça devait encore une fois arriver. Je vais pouvoir tester son bon fonctionnement désormais !

Le temps de ranger le bateau, de remonter le moteur hors-bord et de stocker l’annexe sur le pont, je ne pars que tard dans l’après-midi de Prickly Bay. Au moment même où je hisse la grand-voile sous pilote, je me rends compte qu’il y a déjà un problème : ce dernier fait des grincements horribles avant de s’immobiliser après quelques derniers soubresauts. Je suis obligée de le déconnecter pour barrer à la main. Et ce n’est pas tout ! En remontant vers la pointe sud de l’île de Grenade(*), je me rapproche du vent et je dois donc border mon génois(*) : je me rends compte alors que mon winch(*) bâbord(*) vient de se bloquer. Et quand je dis bloqué, c’est totalement bloqué, oui ! Il ne bouge plus d’un millimètre. C’est pourtant celui qui me sera utile tout le long de la traversée jusqu’en Martinique car avec un vent d’Est, cela signifie un unique long bord avec la voile toujours du même côté, à bâbord justement…

Et les mauvaises nouvelles ne s’arrêtent pas là… Après avoir mis en place mon deuxième pilote, un Raymarine SPX 5, je me rends compte que lui aussi fait des sienne. Le vérin semble réagir puisque passant du mode « Stand by » (Off) ou mode « Auto » (On), il ajuste la barre de quelques millimètres à gauche et à droite pour conserver le bon cap mais si je tente d’ajuster la route de quelques degrés en appuyant sur + ou – 1 ou sur + ou – 10, le pilote semble vivre sa vie comme s’il ne recevait pas mes indications… Super… Comment vais-je faire ?

Je m’énerve toute seule sur le bateau. Le stress monte. Je m’arrête à la première baie possible, celle de George’s Bay(*) où j’ai passé le plus clair de mon temps durant ma formation de Yachtmaster la semaine précédente. L’obscurité s’est déjà installée. Par sécurité, vu le nombre de bateaux qui oublient de mettre leur feu de mouillage pour se signaler, je jette l’ancre dès que la profondeur me paraît raisonnable.

Nautigirl est à l’arrêt attendant les décisions de son skipper. Les voiles sont affalées. Et moi, frontale sur le front, je suis en train d’essayer désespérément de faire tourner ce maudit winch qui me résiste. Rien n’y fait. Le démontage commence alors, rapidement interrompu quand je réalise qu’à peine la poupée(*) retirée, je suis coincée… Je vois bien que les deux pignons censés pivoter sur eux-mêmes sont totalement figés. Mais pour pouvoir les nettoyer, il faudrait que j’arrive à retirer l’axe central. Or, ce n’est pas une vis qu’il me suffirait de dévisser. C’est un truc creux. J’ai l’impression qu’il faut justement y mettre une vis du bon diamètre et tirer dessus pour pouvoir le retirer. Dans ma boite à vis fourre-tout, j’en ai une du bon diamètre. Je tente de l’insérer et avec une pince de faire levier. Rien ne bouge. J’essaie de bricoler un truc avec un écrou mais sans succès encore une fois. Et j’ai peur de foirer le pas de vis, de la péter ou de créer un problème encore pire. Si je ne peux rien faire par le dessus, je vais tenter par le dessous !

Le coffre bâbord est vidé en quelques secondes et je me saute dedans pour commencer à dévisser les 6 boulons qui retiennent le winch. Bientôt, ils sont tous dans ma main. Le temps de les poser dans un petit container et d’éviter d’en perdre à cause des mouvements du bateau, je m’arc-boute sur le winch pour le faire basculer mais il semble être scotché au pont. Pourtant, plus rien ne le retient. Hormis peut-être du sika ? Je tente d’insérer une lame de cutter entre la base du winch et le pont. Sans succès… Il n’y a même pas assez d’espace pour me le permettre. J’entoure le winch d’un cordage, fait un nœud et à l’aide de l’autre winch, je le tends au maximum pour tenter de faire basculer ce foutu winch. Aucun résultat…

C’est le moment que choisit un très bon ami de Martinique pour m’appeler, un marin. Je lui explique mes difficultés et quand il me lance subitement un « ça a pas l’air d’aller ! », je ne retiens plus mes larmes… Il m’achève (sans le vouloir, je le sais) lorsqu’il rajoute « Ah bah dis donc, t’as pas le mental pour traverser le Pacifique… ». De fierté, je ravale le reste de mes larmes, lui pose quelques questions et raccroche le téléphone. De dépit, ensuite, je pars dans la cabine avant où j’ai stockée une cartouche de cigarettes que je réserve pour ce même ami. Moi qui ai arrêté pour une énième fois de fumer il y a 3 semaines à peine, j’ai besoin d’une petite aide psychologique !

J’ouvre un paquet, allume une cigarette qui me file à moitié la nausée et regarde mon winch désabusée. Je décide finalement de cesser de lutter et de remonter le winch récalcitrant tout en l’arrosant copieusement de WD40(*), ça ne pourra pas lui faire de mal. Et puis, je décide d’aller dormir après un rapide dîner et une nouvelle cigarette. Je suis juste profondément dépitée…

Le lendemain, mon mug de café à la main, je manipule nonchalamment le winch. Miracle !!! il bouge !!! Il semblerait que le WD40 ait agi pendant la nuit ! Je ne veux pas savoir, ni comment. J’espère juste que ça va fonctionner jusqu’à mon retour en Martinique. Côté autopilote, pas d’évolution. Je vais faire avec le SPX 5 en veillant à lui donner le moins possible d’instructions et on verra bien ce que ça donnera. Il aura peut-être meilleur caractère aujourd’hui.

Un peu plus tard, la grand-voile est hissée, le génois déployé, je prends enfin la direction de la Martinique. Mon autopilote (le seul viable), malgré son manque de réactivité, me permet tout de même de me reposer de temps à autre. De toute manière, rien n’y fait, impossible de fermer les yeux plus de 5 minutes. Je me suis pourtant fabriqué un petit coin bien confortable dans le cockpit grâce à quelques coussins waterproof. Mais la moindre vague éclatant un peu fortement sur la coque, le moindre écart du bateau met tous mes sens en émoi. Et je serais sûrement mieux à l’intérieur pour me reposer si je n’avais pas un sentiment constant de nausée à chaque fois que je passe trop de temps en bas… Donc pas le choix… C’est dehors ou rien…

La journée s’écoule sans souci. Mon trajet suivant les côtes des îles, je capte internet tout le long du trajet et c’est comme ça que j’apprends que durant cette nuit du 13 au 14 décembre 2017, j’assisterai aux premières loges à une pluie de météores. Et les conditions d’observation seront plus que favorables avec l’absence de la Lune la majeure partie de la nuit !

images2Effectivement, j’assiste à un superbe spectacle. Seule au milieu de la mer, j’ai l’impression d’avoir réservé un Planétarium juste pour moi. Le spectacle m’en fait oublier mon appréhension habituelle de la nuit. Allongée sur un bout de matelas dans le cockpit, je compte les étoiles filantes sans oublier de me lever régulièrement pour faire un tour d’horizon et vérifier qu’il n’y a aucun bateau dans les environs. Un beau croissant de lune fait son apparition à la fin du spectacle bientôt suivi d’un beau lever de soleil. Ces magnifiques images qui se sont succéder durant la nuit me font regretter de ne pas avoir d’appareil photo digne de ce nom pour partager ces couleurs uniques. J’en oublierai presque ma fatigue alors que j’ai à peine dormi depuis mon départ.

Il est l’heure du café lorsque, sous le vent d’une île, je me fais surprendre par deux sauts énormes d’un tout petit dauphin. On aurait dit un mini-dauphin, presque un jouet !!! C’est la première fois que j’en vois un si minuscule. Les adultes, eux, se contentent de me dépasser en nageant sagement. Décidément, cette navigation est pleine de surprises !

La seconde journée s’écoule doucement. Bientôt le soleil est haut dans le ciel et tape de plus en plus fort. Malgré la chaleur, je me couvre le plus possible le corps et le visage pour éviter de vilains coups de soleil.

La fatigue se fait de plus en plus sentir. D’une manière presque militaire, je m’oblige à me relever toutes les 20 minutes pour contrôler les alentours. Entre temps, j’essaie de me reposer mais entre le soleil, le bruit et le mouvements des vagues, rien n’y fait, j’ai vraiment du mal à dormir quelques minutes.

IMG_0829La nuit tombe alors que je longe la côte sous le vent de l’île de Sainte-Lucie(*). J’ai tellement hâte d’arriver à bon port pour pouvoir réellement dormir ! En attendant, pour me tenir éveillée, j’ai la musique à fond dans le cockpit grâce à mon iPod et un haut-parleur étanche. Et je n’oublie pas de scruter régulièrement les alentours à la recherche de feux de navigation qui signifieraient des bateaux à proximité. Mais rien. Tout va bien.

Soudain, j’aperçois pour la première fois une lumière blanche haute dans le ciel. Mon imagination et mon cœur s’emballent ! Je suis certaine qu’un énorme cargo est prêt à me passer dessus tellement il est proche ! Mais comment ai-je pu ne pas l’apercevoir avant ? J’éteins subitement la musique, certaine d’entendre le bruit d’un moteur, d’un déplacement d’eau. Rien ! J’essaie d’éclairer les alentours avec ma frontale mais dans la nuit noire, forcément, je ne vois pas grand chose. J’éclaire ma grand-voile avec ma frontale pour me signaler ne sachant pas quoi faire d’autre mais je vois toujours cette lumière qui semble se rapprocher. Une lumière blanche unique. Aucune autre. Pas de feux de navigation rouges ou verts, juste une lumière blanche. Je commence à paniquer. Je ne peux compter que sur moi pour identifier ce que je vois puisque je suis seule à bord et je ne comprends pas ce que c’est. Mon ipad sur lequel apparaît la trace de ma navigation n’est pas lié à mon AIS du coup, je fonce à l’intérieur pour allumer mon ordinateur que je peux, lui, connecter à l’AIS par un port USB. Forcément, quand je tente de l’allumer, je réalise qu’il n’a plus de batterie. Vite, trouver le bon câble, vite, le brancher, vite, réanimer l’ordi. Rapidement, je vois la position des autres bateaux ayant un émetteur AIS autour de moi. J’ai les mains qui tremblent de précipitation et de tension. Rien. Aucun bateau identifié à proximité. Ça ne me calme pas pour autant. Je ne comprends rien de ce que je vois et la nuit est sombre, si sombre !!!

Je ressors et oriente une nouvelle fois la lumière de ma frontale sur ma grand-voile tout en regardant anxieusement en direction de cette lumière qui me semble si proche et si menaçante. Soudain, elle semble s’éloigner à toute allure avant de disparaître et que deux petites lumières rouges et vertes apparaissent à sa place. Je réalise soudainement, à la manière donc l’ensemble se déplace, qu’il s’agit d’un hélicoptère. Mais étonnamment, je n’entends pas le bruit de ses pales !!! Pourtant ça devrait faire un bruit de dingue ce genre de machine normalement ! Dans le cas présent, je n’entends que le bruit du vent. Rassurée d’avoir compris ce que c’était, même si je n’arrive pas à saisir comment il est possible que je n’entende pas son moteur, je peux éteindre ma frontale, refermer mon ordinateur et sentir la course effrénée de mon cœur ralentir. L’avantage de cette mésaventure, en tout cas, c’est que j’en ai subitement oublié ma fatigue !

J’entame enfin la traversée du canal séparant Sainte-Lucie et la Martinique. Comme d’habitude, je remonte le plus au Nord possible d’île en m’aidant au moteur pour espérer ne faire qu’un seul bord malgré le courant qui me repousse vers l’Ouest. Malheureusement, je réalise rapidement que, pour cette fois, l’orientation du vent et le courant vont m’obliger à tirer des bords… Je râle à voix haute. Ça signifie une route rallongée et forcément quelques heures de plus de navigation…

Tout au long de la traversée du canal, j’ai beau serrer le vent au plus près, la pointe sud de la Martinique s’éloigne de plus en plus. J’ai presque peur de finir au niveau de Fort-de-France !!! Finalement, à 3 heures du matin, j’atteins le Diamant(*). Je vois Saint-Anne(*), où plutôt je devine l’emplacement du mouillage a à peine à 9 milles de là ! J’ai tellement hâte d’arriver et de fermer les yeux…

Je vire de bord avant d’atteindre les hauts-fonds du Diamant indiqués clairement sur Navionics. Je sais que mon tirant d’eau me permettrait de passer dessus mais je crains surtout les casiers de pêcheurs.

Je tire ensuite bords sur bords mais entre la houle que j’ai presque de face et le vent qui forcit, la vitesse de croisière tombe drastiquement. Et malgré le jour qui pointe, la luminosité peine à poindre en raison du grain qui s’apprête à me tomber dessus. D’épais nuages gris et noirs semblent m’attendre au-dessus du mouillage de Saint-Anne sur lequel je comptais m’arrêter. Et comme je suis trop lente à me déplacer, ils décident de venir à ma rencontre ! Je file récupérer une veste à l’intérieur pour me couvrir et referme par précaution la porte du carré(*). De larges trainées dans le ciel laissent, en effet, déjà deviner l’épaisseur du rideau de pluie sous lequel je vais bientôt me retrouver…

Il est presque 6 heures du matin et au rythme auquel je me déplace, en raison des bords incessants que je suis obligée de tirer, je n’ai couvert que 6 milles depuis le Diamant, soit une vitesse de déplacement (en ligne droite) de 2 nœuds environ. Il est temps d’allumer le moteur pour soutenir un peu la vitesse sinon, j’en ai encore pour un bon bout de temps…

Le vent monte. Les premières rafales se font ressentir juste avant que la pluie n’arrive. Les gouttes tombent drues pendant plusieurs minutes. Je réalise rapidement d’ailleurs que ma veste de quart Décathlon n’est pas aussi waterproof qu’elle devrait ! Heureusement, la pluie n’est que passagère.

Je renonce à m’ancrer dans le mouillage de Saint-Anne. Désormais, je veux juste me poser quelque part, dormir et ne pas à avoir à re-bouger dans les heures qui suivent pour faire ma clearance(*). Je décide donc de viser directement la baie du Marin que je finis par atteindre à 7 heures du matin. Il était temps ! Mais ce n’est pas fini, il faut encore que je trouve un endroit où poser mon ancre. Et avec les 25 nœuds de vent qui soufflent à l’heure actuelle, il faut être attentive. Hors de question de mal gérer le mouillage et de devoir remonter l’ancre et de recommencer. Je tente de trouver une petite place près des pontons et de la capitainerie mais c’est peine perdue. Trop de bateaux, trop peu d’espace de libre… Du coup, je sélectionne un endroit près d’un trou à cyclone relativement bien protégé du vent.

Il est 8 heures quand je peux enfin me jeter sur la banquette pour faire une petite sieste. Sieste qui durera finalement 6 heures après 44 heures de navigation solo, 2 jours en mer et 171 milles nautiques, ce qui représente une moyenne de 3,88 nœuds au lieu des 5 prévus… Trop optimiste, j’avais oublié de prendre en considération les bords nécessaires si la direction du vent n’était pas favorable et le temps passé sous le vent des îles où le vent est généralement très faible. Peu importe, l’essentiel, c’est de l’avoir fait et d’être bien arrivée. Mon record personnel à ce jour ! Et visiblement, je ne suis pas encore prête pour la mini-transat… Comment font-ils pour gérer leur sommeil ?!? Un aspect à améliorer chez moi…


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A très vite !


PS : Cette histoire raconte ce que j’ai vécu mais afin de respecter l’anonymat des personnes qui ont croisées ma route, j’utilise des prénoms d’emprunt – sauf autorisation expresse obtenue de leur part.


GLOSSAIRE :

Autopilote ou pilote automatique : dispositif de guidage automatique d’un bateau sans intervention humaine.

Bâbord : en bateau, on ne dit pas gauche, on dit « bâbord », c’est la gauche du bateau lorsque se situe à l’arrière et qu’on regarde vers l’avant.

 

 

Carré : pièce intérieure du bateau où l’on peut se réunir.

Clearance : faire sa clearance, c’est faire les démarches douanières nécessaires pour entrer ou sortir d’un pays.

Diamant : célèbre rocher à 4 kilomètres de la côte sud/sud-ouest de la Martinique. Abrupt et haut de 175 m, celui-ci fut conquit, fortifié et habité pendant 17 mois par les Anglais au début du 19è siècle avant d’être repris par les Français.

Drisse : « corde » que l’on voit courir le long du mat et qui sert à hisser ou affaler une voile.

George’s Bay : port et mouillage au sud-ouest de l’île de Grenade.

Génois : voile d’avant avec un recouvrement important de la grand-voile (i.e, le point d’attache des écoutes est bien en arrière du mât).

Grenade : principale île de l’État de Grenade dans le sud des Antilles. La population est d’environ 100.000 habitants.La Grenade est surnommée « l’île aux épices » (Island of Spice) pour sa cannelle, ses clous de girofle, son curcuma et surtout le macis et la noix de muscade.

Haubans : câbles qui soutiennent latéralement le mât, reliant les hauts du mât au pont du bateau.

Poupée : c’est le corps externe du winch, ce sur quoi on enroule le cordage.

Prickly Bay : mouillage au sud de l’île de Grenade.

Ridoir : dispositif permettant de fixer un câble à une partie fixe avec la possibilité de régler la tension dudit câble.

Sainte-Anne : mouillage / commune au Sud de la Martinique à la sortie du chenal menant au port du Marin (autre commune du Sud de la Martinique).

Sainte-Lucie (Saint Lucia en anglais) : état insulaire des Antilles situé entre, au sud, les îles de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, au sud-est, la Barbade et au nord, la Martinique.

Shipchandler : commerce de fournitures pour bateaux.

WD 40 : produit magique que tout le monde ou presque a à bord d’un bateau. Il protège le métal de la rouille et de la corrosion, il décoince des pièces coincées, il repousse l’humidité et il lubrifie quasiment tout. Il élimine même la graisse, la saleté de la plupart des surfaces. Magique, je vous dis !!!

Winch : avec sa manivelle, sorte de gros moulin à café sur lequel vient s’enrouler la « corde » qu’on cherche à tendre. Il permet de démultiplier les efforts.

Yachtmaster Offshore : formation de skipper anglo-saxonne.

 

Art. 12e – Yachtmaster Offshore (cinquième partie)

(Tous les mots suivis d’un * sont expliqués dans le glossaire figurant au bas de l’article)

JOUR 5

Nous nous levons tous stressés, je pense. Arrivés sur Chao Lay, nous rencontrons Ian l’examinateur qui va nous suivre pendant ces deux derniers jours. Autour du thé matinal, il se présente, nous parle de son cursus, de son expérience dans la voile et nous fait remplir les formulaires nécessaires au passage de l’examen.

Il contrôle que nous avons validé la théorie du Yachmaster ainsi que l’examen VHF et que nous avons tous suivi avec succès la journée de formation aux premiers secours. Ensuite, il nous demande, à tour de rôle, de parler de notre passé en voile et du nombre de milles nautiques réalisés. Je lui parle de mon expérience de 7 mois dans les Tuamotu en Polynésie française sur le 28 pieds de mon ex, de ma transatlantique réalisée en tant qu’équipière sur un 47 pieds, de l’achat de Nautigirl début 2017 et des milles réalisés en solo avec. Nul besoin de lui présenter les attestations que j’ai récupéré des différents skippers, il se contente de me poser des questions précises pour s’assurer que je ne pipote pas. Il procède de même avec les autres. Vincent passe haut la main le test également. Les choses se corsent un peu pour Emilio qui a effectué, d’après ses dires, près de 40.000 milles, ce qui est énorme, dont les deux tiers sur des yachts motorisés. Son expérience à la voile date de plus d’une dizaine d’années. Cela explique les difficultés que Vincent et moi avons perçues lorsqu’il prenait la barre : avoir du mal à conserver une allure au vent arrière sans risquer un empannage(*) intempestif, confondre les mots « empannage » et « virement de bord(*) »… L’instructeur creuse un peu l’expérience dont il parle et finit par valider son inscription à l’examen du Yachtmaster.

Une fois les papiers remplis et le thé avalé, Ian nous pose des questions sur l’emplacement des éléments de sécurité. Chaque question est adressé spécifiquement à l’un d’entre nous et lui seul est autorisé à répondre. Les autres se contentent de l’encourager sans prononcer un mot.

Il demande à Vincent et Emilio où se trouvent les gilets de sauvetage, où sont les vannes importantes du bateau, à quoi elles servent. Ils décortiquent ensemble le classeur qui rassemblent les différents schémas de l’intérieur du bateau. Les choses se compliquent lorsqu’il demande à voir la grosse trousse à pharmacie. Nous séchons tous sur son emplacement… C’est sûr, Alex nous l’a présentée. Mais où est-elle passée ? Impossible de mettre la main dessus. Nous commençons à retourner l’intérieur du bateau… Sans succès… Ian finit par passer à autre chose. Il sait qu’on en a fait l’inventaire, il y a juste eu un petit bug sur l’endroit où la trousse est placée et il n’a pas envie de perdre trop de temps là-dessus…

Il se tourne ensuite vers moi pour que je lui présente le « grab bag » et son contenu. C’est le sac de survie, celui qu’on jette dans le radeau en cas d’avarie et qui est censé contenir tout le matériel utile en cas d’abandon du navire. Lors de la première journée du stage, nous en avions fait le tour rapidement. Du coup, j’en sors les articles un par un en expliquant la fonction de chacun d’entre eux. Les choses se compliquent lorsque Ian me demande comment les fusées qui s’y trouvent fonctionnent et quel type est utilisé dans quelle situation. Il me faut relire les indications sur les étiquettes ne m’en rappelant plus et n’en ayant jamais actionné de ma vie : les fumigènes flottants (à utiliser de jour, une tirette pour déclencher, balancer à l’eau sous le vent du bateau), les fusées parachute (à utiliser de jour comme de nuit, tenir à 2 mains avec des gants et utiliser sous le vent, visible à 50 km max) et les fusées à main (à utiliser de jour comme de nuit, tenir à une main avec un gants lorsque les secours sont proches). Bref, j’hésite un peu mais je m’en sors. Je vois bien que Ian est là pour nous aider plutôt que pour nous enfoncer. Quand il nous sent hésiter, il nous rassure et nous pose des questions visant à nous orienter.

Il nous demande ensuite de lui montrer le moteur. Et à nouveau, c’est la ronde des questions. Chacun son tour. Il commence par Emilio, qui connaît par cœur ce domaine, ayant travaillé pendant des années sur des yachts motorisés. Ensuite, c’est le tour de Vincent qui, lui aussi, a pas mal travaillé dans l’entretien de bateaux. C’est facile pour eux ! Arrive mon tour. Il me demande d’identifier 2 ou 3 trucs sur le moteur. Puis il veut savoir ce que signifie une fumée noire à la sortie de l’échappement. Facile : « Ça signifie une mauvaise combustion du carburant ! ». Ian valide d’un hochement de tête et me lance un : « Et ? ». « Et, quoi ? »… Arghhhh ! le seul truc qu’on a appris, c’est ce que signifiait les couleurs des fumées : bleue = de l’huile dans les gaz d’échappement, blanche = de l’eau… Mais les raisons de la présence de gasoil, d’huile ou d’eau, euh… je n’en ai aucune idée, on n’en a pas parlé ! Ian tente de m’orienter :
– « Pour brûler du gasoil, on a besoin de quoi ? »
Euh… d’air ?
Ok, et donc, s’il n’y a pas assez d’air pour brûler le gasoil, c’est peut être un problème au niveau du filtre à air, non ?
– Euh… oui !
– Ok, montre-moi le filtre à air. »
Arggghhhh !!! On n’a pas vu ça non plus pendant le stage… Ok, ok, à quoi ressemble un filtre à air ? Je regarde le moteur de face… Non, ça a pas l’air d’être là… Je passe sur le côté… Ah, là !!! C’est ça ! Ian valide d’un hochement de tête. Il voit bien que je ne suis pas une spécialiste, il se tourne alors vers les autres pour demander ce qui pourrait également créer cette fumée noire. Emilio fournit la réponse : « Problème d’injecteurs ». Je transpire à l’idée qu’il revienne vers moi. Mais, non ! On va passer aux manœuvres !

C’est Vincent qui s’y colle en premier. Il sort Chao Lay de son emplacement sans problème et Ian lui demande d’accoster(*) au ponton sous le vent en marche avant, puis la même au ponton au vent. Il réussit ces premiers tests haut la main. Mon tour ensuite ! Je prends la main sur la barre et exécute les manœuvres demandées en faisant un sans faute, vitesse d’approche parfaite, je suis trop heureuse ! Ça me rassure pour la suite. Au tour d’Emilio. Il approche le ponton un peu vite je trouve, trop vite !!! J’ai juste le temps de lui crier qu’il est beaucoup trop rapide et « booooooouuum ! ». La pointe avant tape fortement le ponton, la coque glisse ensuite le long du ponton, les pare-battages(*) sont compressés à bloc, l’un d’entre-eux se bloque sous le rail supérieur du ponton et « crrrrrrrrrracccc ! », il est arraché ! Mauvais point pour Emilio… Très mauvais point, nous savons tous que c’est UN des trucs à éviter en examen… Je saute sur le ponton, récupère le pare-battage qui flotte tout prêt et remonte à bord. Emilio est stressé à mort… Le temps de remettre en place le pare-battage, il refait l’appontage(*), qu’il réussit cette fois-ci. Au tour de la deuxième manœuvre, l’approche du ponton au vent cette fois-ci. La tension est tellement forte qu’il rate son premier essai : le bateau est bien trop loin du ponton pour nous autoriser, Vincent et moi, à sauter dessus pour l’amarrer. Deuxième essai, réussi… Enfin à peu près, je dois faire du saut en longueur pour atteindre le ponton, ainsi que Vincent. Mais on réussit à attacher le bateau…

Direction le large ensuite. Je reprends le poste de pilotage avec instruction d’aller vers Prickly Bay pendant que Vincent disparaît dans le carré(*) avec Ian. J’essaie de tendre l’oreille mais sans succès. Je n’entends rien de ce qui se dit… Une demi-heure après, les deux réapparaissent. Vincent m’informe gentiment qu’il a subi toute une batterie de questions sur les feux, balisages et signaux sonores divers ainsi que sur la météo et même sur le fonctionnement d’un radar. Un radar ? Mince ! Je n’ai jamais utilisé de radar de ma vie. C’était prévu à l’examen ? Première nouvelle… En tout cas, Vincent est content de lui, même concernant les questions sur le radar : normal puisqu’il sait comment ça marche, lui, et qu’il en a déjà utilisé ! Ian discute un moment avec le reste du groupe pendant que je continue de barrer jusqu’à dépasser Glover Island(*). Puis, il demande à Vincent de prendre ma place et l’informe que l’on va s’arrêter pour le déjeuner dans Prickly Bay. Ce dernier y mène donc Chao Lay et nous effectuons une belle arrivée à la voile sous la commande de ce dernier. Une fois ancré, nous nous lançons dans la préparation du déjeuner, encore une fois préparé par la femme de Ian qui nous a particulièrement gâtés pour ce jour d’examen.

Au cours du déjeuner, la conversation porte pas mal sur la situation d’Emilio, son éviction du Vénézuela, ses diplômes annulés et son impérieuse nécessité de réussir son Yachtmaster pour pouvoir travailler et refaire sa vie. A la fin du déjeuner, Ian nous avertit que la journée va être particulièrement longue puisque nous finirons bien après la tombée de la nuit mais sans pour autant avoir à dormir sur le bateau. Nous rentrerons à la marina. Youpiiii !

Au début de l’après-midi, c’est Emilio qui prend la barre. Après un départ à la voile, il remonte vers Glover Island, plein vent arrière(*) et encore une fois, je le vois approcher dangereusement le point où il risque de faire empanner le bateau. Et je sais que ce n’est pas passé inaperçu auprès de Ian…

De retour du côté de George’s Bay, nous commençons les manœuvres d’homme à la mer, la bête noire de Vincent. Heureusement, pour lui, c’est Emilio qui s’y colle en premier. Je balance l’espèce de bouée qui est censée représenter le malheureux et nous suivons les ordres. Tout se déroule correctement et Vincent récupère sans encombre l’objet flottant avec la gaffe. A son tour maintenant. Visiblement, il est nerveux. Cela se ressent à travers le ton un peu sec avec lequel il s’adresse à nous. Je jette à nouveau la bouée par dessus bord et Vincent entame la manœuvre. Il vire de bord, met le bateau à la cape, repasse près de l’homme à la mer comme convenu avant de s’en éloigner un peu et d’entamer le dernier virement de bord qui nous permettra d’aborder l’objet du côté sous le vent de la coque. Et là, mauvaise gestion de sa part, on arrive bien trop loin de lui pour autoriser quiconque à le ramener à bord. La tension monte d’un cran. Ian lui offre un deuxième essai. Il se veut rassurant et nous explique qu’il ne recherche pas la perfection du premier coup, il veut juste s’assurer qu’on sait le faire. Du coup, Vincent repart pour un deuxième tour. Et cette fois-ci, il réussit. Je passe en dernier avec le bénéfice d’avoir vu les bonnes et mauvaises pratiques des autres et je valide l’exercice.

Vincent reprend la barre et nous emmène le long de la côté sous le vent de Grenade(*). Pendant ce temps, Ian m’entraîne à l’intérieur. C’est à mon tour de passer la batterie de questions qu’il a préparé. Il commence par me montrer son iPad sur lequel défile des images représentant des feux qu’il faut que je reconnaisse : le même type d’exercice que celui des cartes à jouer d’Alex. Heureusement que j’ai bossé intensivement sur les cartes même les plus compliquées, sans faire d’impasse, parce que je tombe notamment sur le feu jaune scintillant signalant… un aéroglisseur… oui, le genre de truc qu’on ne voit pas tous les jours… Ensuite, on passe aux signaux sonores représentés par des tirets courts ou longs et aux balises et leurs couleurs. Tout se déroule parfaitement. Je connais les cartes par cœur. Ça se complique quand il sort une carte isobarique(*). Il me demande d’identifier un anticyclone, une dépression, me demande dans quel sens circule le vent, la puissance du vent sur une zone donnée. On parle de front chaud, de front froid, de brise de mer, de brise de terre. Je sèche sur « comment se forme les nuages ? ». Une histoire d’humidité et de température forcément mais j’ai du mal à sortir l’explication… Ian tente de me guider avec des sortes de questions fermées auxquelles je peux répondre par oui ou par non. Finalement, c’est lui qui me donne un cours sur ces foutus nuages ! Ensuite, il sort plusieurs photos d’un écran de radar. Aïe ! Je préfère lui dire la vérité : je n’ai jamais approché un radar de ma vie et je suis une complète néophyte sur le sujet… Gentiment, il m’explique comment cela fonctionne. Et suite à ses éclaircissements, je dois lui indiquer sur les photos qu’il me présente successivement si le point que je vois sur l’écran est un bateau qui est en ligne de collision avec moi ou non. Enfin, mon entretien prend fin. Ian se veut rassurant : tout s’est bien passé. Même si mon score n’est pas parfait, il est largement suffisant.

Nous ressortons dans le cockpit. Chao Lay est maintenant proche d’un mouillage avec des bouées disponibles. Ian demande à Vincent de prendre un coffre(*) à la voile. Celui-ci effectue la manœuvre et je suis chargée d’accrocher la bouée avec la gaffe pendant qu’Emilio jouera sur la bôme et la grand-voile pour freiner le bateau si besoin est. Je suis à l’avant, gaffe tendue dans la direction où Vincent doit faire pointer le nez du bateau. Il suit mes indications et je choppe la bouée sans problème. Ian me demande de la relâcher aussitôt et de prendre la place de Vincent pour réaliser la même manœuvre. Nous échangeons nos postes. Je relance le voilier en bordant la grand-voile(*) et en donnant un peu de génois(*). Je vire ensuite de bord et commence à me rapprocher de la bouée. Tout se déroule à la perfection : génois roulé, grand-voile faseyante(*) à son approche. Je vois Vincent se pencher pour attraper la bouée avec la gaffe, l’accrocher et… la lâcher !!!! Quoi ??? J’en crois pas mes yeux. Il l’a fait exprès ou quoi ? Je regarde Ian pour savoir si c’est validé ou non. Franchement, tout était nickel, scrogneugneu !!! Et maintenant le vent, assez fort, nous a déjà repoussé loin de la bouée… Hé bien, non, il faut que je recommence. Je grommelle dans ma barbe… Franchement, Vincent, tu as fait exprès ou quoi ??? Vincent s’excuse auprès de moi et informe Ian qu’il a juste lâché maladroitement la bouée. Mais rien n’y fait : il faut que je recommence. Allez, rebelote ! Et cette fois-ci, Vincent assure. Au tour d’Emilio, cette fois-ci qui me réaffecte la gaffe. Il valide l’épreuve du premier coup. Et cette fois-ci, nous attachons le bateau au corps-mort.

Nouvelle pause thé. Ian en profite pour nous attribuer différentes coordonnées géographiques dans une zone proche qu’il nous faudra atteindre de nuit grâce à des points de repères qu’il nous appartient de choisir. En attendant que la nuit s’installe, nous nous installons dans le carré pour prendre les notes nécessaires sur les cartes de navigation. Ayant déjà arpenté la région en long et en large au cours des précédentes journées, je veille à bien sélectionner des balises ou des phares visibles depuis le point que je suis censée atteindre (histoire de ne pas répéter l’erreur faite en entraînement quelques temps plus tôt). L’obscurité commençant à s’installer, nous partons et chacun d’entre-nous prend tour à tour la direction des opérations pour trouver le point géographique qui nous a été affecté. Tout se déroule parfaitement. Nous validons l’épreuve avec succès, la marge d’erreur acceptable étant généreuse. Puis nous rentrons à la Marina vers 20h30. Plus qu’une journée d’épreuve…

JOUR 6

En ce dernier jour d’examen, nous avons l’autorisation exceptionnelle de n’arriver qu’à 9h00 pour compenser la grosse journée de la veille. Autour du thé du matin, Ian nous affecte de nouveau des coordonnées précises à atteindre en prenant comme repères des lignes de sonde et tout autres amers utiles. Après avoir travaillé un moment sur les cartes et rédigé nos notes, nous larguons les amarres à la recherche de ces fameux points. Nous validons tous l’épreuve avec succès.

Après avoir navigué pendant un moment, chacun à notre tour, Ian part s’isoler avec Emilio à l’intérieur du bateau. C’est l’heure des fameuses questions. Vincent étant à la barre et moi en charge des écoutes et donc près de la descente(*), je surprends des bribes de conversation. Ça n’a pas l’air de se passer idéalement… Visiblement Emilio a des trous de mémoire importants, sûrement le stress. Ils finissent par réapparaître et Emilio n’a pas l’air confiant.

Nous déjeunons dans une baie toute proche. A la fin du repas, après avoir débarrassé la table, Ian nous demande sur quelles routes Alex nous a fait travailler (pour rappel, la mienne était Portsmouth/UK à Cherboug/France). Nous lui présentons l’un après l’autre ce que nous avons préparé. Il veut savoir comment nous avons calculé l’heure de départ, quels sont les courants subis au cours de la navigation, le cap compas(*) retenu versus le cap réel, les obstacles éventuels auxquels il faut s’attendre… Bref, il s’assure que nous avons lu toutes les informations contenues sur la carte et dans les instructions nautiques et que nous sommes conscients également de ce qu’il faut avoir à bord pour accueillir un équipage et naviguer en toute sécurité. Il nous donne également des petits exercices de calcul de cap réel versus cap magnétique(*) versus cap compas en fonction de certaines hypothèses de vent et de courant. Encore une fois, Emilio montre quelques difficultés à résoudre certains problèmes et Ian doit le guider quelque peu. Nous finissons par reposer cartes, règle de cras(*) et compas pour rentrer à la base. Aujourd’hui, nous finissons tôt !

De retour au ponton, Ian part s’isoler avec Alex dans une petite guérite tout près du bateau. Vincent, Emilio et moi, nous sommes tous anxieux. Nous attendons avec impatience le retour de Ian pour savoir si nous sommes certifiés ou non. Finalement, c’est Alex qui revient vers nous. Il s’adresse de suite à Victor, lui demandant d’aller rejoindre Ian. Victor s’éloigne. Pendant ce temps-là, c’est silence radio sur Chao Lay. J’en profite pour me fumer une cigarette sur le ponton. Je vois enfin Victor revenir vers nous. Il est souriant : il a son Yachtmaster !!! Il envoie Emilio rejoindre Ian à son tour. Pendant ce temps-là, Victor et moi, nous nous lançons dans une discussion animée. Il est tellement heureux d’avoir décroché l’examen ! C’est alors que nous voyons Emilio revenir vers nous à grands pas, visiblement énervé. Il a les larmes aux yeux. Ian lui a refusé le sésame. Il est furieux, les larmes ne tardent pas à couler. Je suis estomaquée… Je sais ce que cela signifiait pour lui… Je ne sais pas quoi dire pour le réconforter… Alex est obligée de me secouer pour me rappeler qu’Ian m’attend maintenant… Je me dirige vers la petit cahute où il se trouve. Là, il m’accueille avec un grand sourire et me gratifie de toutes ses félicitations. Il n’a que des mots positifs à mon égard. Je suis aux anges ! Mais, j’imaginais pouvoir fêter ça dignement avec le reste de l’équipage et compte tenu de l’échec d’Emilio, ça me semble difficile. Je salue Ian en le remerciant et je rejoins les autres.

Alex tente de rassurer Emilio mais sans succès. Il lui propose de s’inscrire à la prochaine session pour enfin valider l’examen. Mais Emilio refuse : il n’a pas l’argent nécessaire, il faut qu’il travaille mais sans Yachtmaster, c’est impossible… Il est toujours en pleurs. Il finit par récupérer ses affaires et quitte le bateau après un rapide au revoir. Sur le ponton, il croise Ian qu’il refuse de saluer.

L’ambiance est mitigée à bord. Victor et moi, nous sommes déçus pour notre ami, Alex reste neutre tandis que Ian paraît guilleret. Nous décidons tout de même d’aller boire une bière ensemble au Yacht-Club tout proche. Arrivé sur place, pas de chance : l’endroit est réservé pour un évènement privé. Dommage : pas de bière, du coup, nous nous quittons définitivement sur le parking. Alex et Ian partent ensemble en voiture nous laissant, Victor et moi, discuter sur place. Nous apercevons un peu plus loin Emilio près d’une voiture stationnée. Nous le rejoignons pour tenter de lui remonter le moral. C’est peine perdue. Il est persuadée qu’il n’a pas eu son Yachtmaster parce qu’il a un passeport vénézuélien et que c’est l’unique raison de son échec. Nous sommes un peu sous le choc de le voir réagir comme ça. Nous tentons, aussi diplomatiquement que possible, de lui rappeler que tout ne s’est pas passé parfaitement et que notamment, heurter le ponton avec le bateau pendant les manœuvres au moteur était un des rares évènements éliminatoires. Alex nous avait bien prévenus… Mais il ne veut rien entendre. Je tente de le persuader de garder contact avec Alex. Je suis certaine que ce dernier trouvera une solution pour lui faire repasser l’examen moyennant un minimum de frais… Rien n’y fait, Emilio est toujours en pleurs et surtout tellement en colère. L’un de ses amis vient le chercher en voiture. Nous échangeons un dernier adieu avant de le voir s’éloigner. Puis Victor et moi regagnons nos voiliers respectifs. Nous apprendrons ultérieurement qu’Alex a trouvé une solution qui convenait à Emilio pour lui faire repasser l’examen après quelques jours supplémentaires de pratique.

Je suis désormais officiellement Yachtmaster Offshore !!!

Nota bene :
Des pages utile pour réviser les feux, le balisage maritime et autres informations utiles :

Cliquer pour accéder à Doc_FR_SHOM_Signalisation_3.pdf


http://seb.france.free.fr/iut/projet_tutore/feux/


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PS : Cette histoire raconte ce que j’ai vécu mais afin de respecter l’anonymat des personnes qui ont croisées ma route, j’utilise des prénoms d’emprunt – sauf autorisation expresse obtenue de leur part.


GLOSSAIRE :

Accoster : se mettre contre le quai ou un autre bateau.

Appontage : s’arrêter au ponton.

Carré : pièce intérieure du bateau où l’on peut se réunir.

Cap compas : le cap compas (Cc) : c’est le cap indiqué par le compas, c’est-à-dire l’angle entre le nord du compas (Nc) et la ligne de foi.

Cap magnétique (Cm) : angle entre le nord magnétique (Nm) et la ligne de foi, une fois corrigé de la déviation (d) (différence angulaire entre le nord du compas (Nc) et le nord magnétique (Nm).

Carte isobarique : carte météorologique sur laquelle la pression est représentée par les isobares. Les isobares sont des lignes qui relient les points de même pression atmosphérique à un instant donné. Ces lignes sont dessinées à partir des données d’observations météorologiques fournies par les stations de mesure.

Carré : pièce intérieure du bateau où l’on peut se réunir.

Coffre : objet pesant, comme une dalle de béton par exemple, posé au fond de l’eau et qui est relié par un filin ou une chaîne à une bouée, afin que les bateaux puissent s’y amarrer.

Descente : petit ensemble de marches qui mène à l’intérieur du voilier.

Empannage : action de faire tourner le bateau en passant par le vent arrière.

Empanner : faire tourner le bateau en passant par le vent arrière.

Faseyer : flotter, battre au vent.

Génois : voile d’avant avec un recouvrement important de la grand-voile (i.e, le point d’attache des écoutes est bien en arrière du mât).

Glover Island : minuscule îlot sous la péninsule sud de Grenade.

Grand-voile : voile principale du navire, hissée sur le mât.

Grenade : principale île de l’État de Grenade dans le sud des Antilles. La population est d’environ 100.000 habitants.La Grenade est surnommée « l’île aux épices » (Island of Spice) pour sa cannelle, ses clous de girofle, son curcuma et surtout le macis et la noix de muscade.

Pare-battage : sorte de bouée gonflée d’air servant à amortir et à protéger la coque face à d’éventuels chocs sur un quai ou un autre bateau (on parle également de « défense »).

Règle de Cras : règle à double rapporteur utilisée pour tracer des routes et des relèvements sur une carte de navigation et y porter des points.

Vent arrière : allure d’un navire avançant avec le vent provenant de son arrière.

Virement de bord : manœuvre consistant à faire tourner le bateau face au vent de manière à changer le côté du bateau qui reçoit le vent.

Art. 12d – Yachtmaster Offshore (quatrième partie)

(Tous les mots suivis d’un * sont expliqués dans le glossaire figurant au bas de l’article)

JOUR 2

A mon réveil, je relis encore une fois mes notes. Une fois sur Chao Lay, nous prenons tout ensemble un thé pour commencer cette nouvelle journée d’entraînement. De nouveau, Alex sort les jeux de cartes sur les balises(*), signaux sonores et lumineux que nous devons connaître par cœur ! A force de répétition, ça commence à venir doucement. Mais il va falloir que je révise sérieusement tout de même… Ensuite, Alex affecte à chacun de nous les coordonnées (latitude, longitude) d’un point précis qu’il va falloir retrouver grâce à un compas de relèvement(*) en prenant plusieurs repères de notre choix. J’apprends en même temps à utiliser ce type d’instrument. J’avoue que j’en avais acheté un pour Nautigirl sans vraiment chercher à comprendre comment ça fonctionne. Emilio, Vincent et moi, nous passons ainsi une bonne heure à travailler sur les cartes marines locales pour trouver les amers(*) idéaux qui nous permettront de mener l’équipage complet au point précis qui nous a été affecté. Ensuite, nous partons.

Cette fois-ci, j’assure parfaitement la manœuvre pour quitter le ponton. J’ai bien veillé à ce qu’Emilio accompagne la pendille au vent(*) du bateau cette fois-ci ! J’enchaîne ensuite sur les manœuvres d’appontage(*) que les autres ont réalisé la veille. J’ai le cœur qui bat en les réalisant. On me sent hésitante bien sûr mais j’assure jusqu’au bout. Alex, rassurant, me promet que j’aurais d’autres occasions de m’entraîner avant de passer l’examen.

Vincent prend ma suite à la barre à roue(*). Il nous emmène au large. Et c’est lui qui, le premier, va devoir emmener le bateau au point géographique qui lui a été affecté. Alex nous indique qu’on peut soit demander à nos coéquipiers de repérer les trois amers et angles nécessaires pendant qu’on barre, soit décider d’affecter une autre personne à la barre et utiliser soi-même le compas de relèvement vu qu’il est difficile de faire les deux en même temps. Vincent décide de garder le contrôle du voilier pendant qu’il nous indique, à Emilio et à moi, les points de repère qu’il a choisi. Première étape : repérer les amers sur terre ou sur mer (un phare, le bout d’un cap ou une balise par exemple). Puis, placer le compas de relèvement devant son œil en fixant ce point et indiquer le cap observé pour préciser à Vincent dans quel direction il doit aller pour atteindre l’angle souhaité. Emilio et moi lui indiquons à haute voix les mesures obtenues au fur et à mesure que le voilier avance dans la bonne direction. Ça demande un peu de gymnastique intellectuelle pour orienter le bateau dans le bon sens, surtout qu’on y va à la voile et pas au moteur, du coup, on ne peut pas suivre forcément la route idéale. A force d’efforts et de patience, Vincent finit par nous emmener à l’endroit souhaité. « C’est ici ! » (en anglais bien sûr). Il met un instant le bateau à la cape(*) le temps qu’Alex confirme la position grâce au GPS. Pas mal ! Il est à 50 mètres du point fixé.

Mon tour maintenant. Personnellement, je préfère laisser Vincent à la barre (j’ai plus confiance en ces capacités de voileux qu’en celles d’Emilio, dois-je avouer). Et Emilio et moi reprenons nos postes et nos compas de relèvement. Je relis mes notes et réalise rapidement qu’un des amers que j’ai choisi ne se voit pas d’où nous sommes. Retour à l’intérieur du carré pour consulter de nouveau la carte et en choisir un meilleur. Je ressors et guide graduellement Chao Lay à l’endroit souhaité. « C’est ici ! ». Mise à la cape et confirmation du point avec le GPS… Je suis à 200 mètres… Pas génial mais acceptable. Au tour d’Emilio. Cette fois-ci, je passe à la barre. Il arrive à un meilleur score que moi.

Ensuite direction, une petite baie un peu plus loin sous le vent de Grenade(*) où nous nous entraînons à prendre un coffre(*) à la voile selon le même principe qu’ancrer à la voile sauf que là, il faut réussir à s’arrêter suffisamment près de la bouée pour qu’un des membres de l’équipage puisse la saisir avec la gaffe. A nouveau, nous faisons plusieurs essais à tour de rôle.

Nous nous y arrêtons pour déjeuner et Alex en profite pour nous parler du programme de l’après-midi : cette fois-ci, nous devrons rejoindre différentes zones affectées à chacun d’entre-nous le long de la côte en prenant des repères visuels et en nous servant des compas e relèvement au besoin. Le déjeuner est détendu et pendant le café, nous étudions les cartes pour prendre les notes nécessaires à atteindre le point qui nous a été attribué (nous avons interdiction de sortir les cartes dans le cockpit de peur qu’elles s’envolent ou soient mouillés).

Ensuite, c’est Vincent qui s’y colle. Il nous emmène sans problème sur le premier mouillage. Ensuite, c’est le tour d’Emilio. Nous sommes tous décontractés et discutons ensemble pendant qu’il barre. Résultat, il dépasse sans s’en rendre compte le point qu’il devait atteindre… C’est au bout d’une demi-heure qu’Alex lui en fait la remarque. Nous nous lançons un regard contrit Vincent et moi. Avec les discussions animées à bord, nous avons peut être perturbé sans le vouloir Emilio qui, distrait, a dépassé la zone qui lui était affectée sans faire attention à ses points de repère. Du coup, Alex me file la barre. Cette fois-ci, l’ambiance est un peu plus tendue à bord. Je regarde dix fois mes notes pour m’assurer de ne pas faire la même erreur qu’Emilio. Finalement j’atteins sans problème le mouillage qui m’a été affecté.

Nous finissons la journée d’entraînement de nuit afin de retravailler des exercices de repérages d’amer dans l’obscurité : en effet de nuit, il s’agit de pouvoir repérer les balises d’après leurs signaux lumineux cette fois-ci ! D’où l’utilité des cartes à jouer qu’on revoit un peu tous les jours. Et après cette très très longue journée, c’est retour au port.

JOUR 3

Le lendemain, nous avons le droit de venir un peu plus tard qu’en temps normal et rebelote : thé, cartes à jouer, planning du jour. Cette fois-ci, c’est : manœuvres d’homme à la mer. Une fois au large, nous passons chacun à notre tour : Alex balance une bouée à laquelle un bout est attaché à la mer, celui qui est à la barre doit crier « Homme à la mer ! » (« Man over board ! » en anglais) pour avertir tout le monde et doit affecter les tâches nécessaires aux autres membres de l’équipage :

  • appuyer sur le bouton « MOB » sur le GPS(*),
  • désigner un membre de l’équipage qui doit pointer avec le bras l’homme à la mer sans jamais le perdre de vue,
  • faire envoyer par un autre membre d’équipage une alerte via l’ASN(*) et un Mayday(*),
  • sans attendre de s’éloigner de trop, border la grand-voile et mettre le bateau à la cape de manière à faire faire demi-tour au bateau et qu’il repasse non loin de l’homme à la mer,
  • lancer la bouée fer à cheval accompagnée d’un fanion perché sur un manche à balai (afin de la voir de loin) près de la victime,
  • démarrer le moteur,
  • rouler le génois,
  • préparer la corde à lancer,
  • virer sous grand-voile seule et manœuvrer le bateau sous le vent de l’homme à la mer tout en le gardant en vue,
  • approcher l’homme à la mer, nez au vent de manière à faire faseyer(*) la grand-voile,
  • récupérer l’homme à la mer du côté sous le vent du bateau en arrière du mât,

Nous passons l’épreuve les uns derrière les autres avec plus ou moins de succès. A chaque échec, Alex nous fait recommencer jusqu’à la réussite complète.

Nous nous arrêtons ensuite déjeuner dans la baie de Saint-Georges. Au programme de l’après-midi, il s’agit ensuite de trouver un point précis grâce aux lignes de sonde(*). De nouveau, Alex affecte à chacun d’entre nous un point précis et nous avons le temps nécessaire pour observer les cartes et repérer les amers et les profondeurs utiles pour mener le bateau à l’endroit visé. Une fois prêts, nous passons chacun à notre tour à la barre et nous suivons les repères que nous avons noté pour espérer réussir du premier coup. Cet exercice est chaud ! Le nez collé sur le sondeur, on tente de suivre les lignes de sonde qu’on a repéré sur la carte en espérant ne pas s’écarter de notre route idéale. On s’aide des balises éventuelles qui se trouvent non loin pour éviter de s’en éloigner… Finalement, on s’en tire tous mais difficilement quand même. A chaque fois qu’on pense être arrivé à notre cible, Alex vérifie sur le GPS à quelle distance nous en sommes réellement : 50, 100 ou 300 mètres… J’ai eu le pire des scores…

Nous repartons ensuite au ponton. Le reste de l’après-midi est consacré à la préparation de « passages ». Sur des cartes marines représentant le sud de l’Angleterre, la Manche et le Nord-Ouest de la France (Normandie), Alex affecte à chacun de nous une route à préparer entre un port français et un port anglais et les données utiles du bateau « fictif » que nous utilisons (vitesse moyenne, tirant d’eau(*)). Nous avons les instructions nautiques(*) à notre disposition pour connaître les marées, très fortes dans la zone et qui peuvent mettre à sec certaines zones parfois, les courants, dangers et balisages des différents ports. Nous avons quelques heures pour commencer à nous imprégner des informations. Je me vois affecter un passage entre Portsmouth et Cherbourg. A moi de choisir la date de départ dans l’année, ce qui conditionnera les coefficients de marée(*) à retenir. Je commence à faire de savants calculs pour pouvoir partir de mon port de départ lorsque la marée le permet et arriver de la même manière à mon port d’arrivée. En fonction de ces heures, il faut compulser les guides nautiques afin de savoir quels courants vont affecter la navigation heure par heure et ainsi définir un cap compas(*) à retenir. J’utilise les connaissances acquises durant la préparation de la théorie avec Navathome. C’est long à préparer cette route ! On est tellement mieux dans les Caraïbes où la notion de marée est quasiment inexistante et les courants, existants certes, mais tellement moins conséquents !!! En plus, Alex nous met la pression en nous disant que l’examinateur pourra, au choix, nous demander de lui présenter cette route ou décider d’une autre qu’il faudra préparer devant lui… A la fin de la journée, Alex nous laisse à bord afin qu’on puisse continuer nos devoirs et il nous précise où se trouve la clef du bateau si on désire venir un peu plus tôt le lendemain pour continuer. J’arrive sur Nautigirl la tête pleine de toutes les informations emmagasinées pour la préparation de la route. Je compte bien me lever tôt le lendemain pour continuer à préparer mon passage. En attendant, je finis la soirée avec des révisions des cartes à jouer dont j’ai recopié les plus difficiles sur des feuilles de papier.

JOUR 4

Le lendemain, conformément à ma résolution de la veille, je me lève à l’aube pour aller à bord de Chao Lay en avance et continuer à dresser ma route entre Portsmouth et Cherbourg. Je ne suis pas la seule à avoir eu la même idée, les autres, Emilio et Vincent, sont aussi là ! Et c’est avec plusieurs questions et de grands sourires que nous accueillons Alex une heure après. Pendant notre rituel « thé » quotidien, il passe en revue nos passages, les uns derrière les autres et nous fournit conseils et réponses à nos questions. Puis, nous partons en manœuvre.

Cette fois-ci, nous revoyons celle de l’homme à la mer avec l’aide du moteur puis sans, juste à la voile ! La procédure, sous voiles, varie un peu. Après avoir suivi les premières étapes et balancé la bouée accompagnée du drapeau à l’homme à la mer, s’en éloigner travers(*) au vent ou grand largue(*) sur cinq ou six longueurs de coque sans jamais perdre le contact visuel, puis virer de bord en visant la victime tout en la laissant du côté sous le vent, s’en approcher au près serré(*) de manière à pouvoir avancer à la voile mais aussi pouvoir choquer les voiles pour ralentir l’allure, enrouler la voile d’avant pour ne finir qu’à la grand-voile et contrôler l’allure pour avancer doucement sur l’homme à la mer jusqu’à l’atteindre et stopper le bateau en faisant faseyer la grand-voile, voire en repoussant la bôme au vent pour s’en servir comme d’un frein. Ne reste ensuite qu’à récupérer l’homme à la mer. De nouveau, nous passons chacun à notre tour plusieurs fois jusqu’à réussir la manœuvre à la perfection. Étonnamment, c’est Vincent qui s’en tire le plus mal. Il se met tellement de pression qu’il en fait des erreurs qu’il n’aurait jamais fait en temps normal, j’en suis sûre. Cette épreuve est sa bête noire semble-t-il.

Nous enchaînons l’après midi avec des prises de bouées à la voile et quelques manœuvres de ponton au moteur et sous voile puis nous rentrons au port. Demain, c’est le grand jour ! Nous avons comme instructions de venir avec tout le nécessaire pour dormir à bord le lendemain soir…

Demain, l’examen final commence !


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PS : Cette histoire raconte ce que j’ai vécu mais afin de respecter l’anonymat des personnes qui ont croisées ma route, j’utilise des prénoms d’emprunt – sauf autorisation expresse obtenue de leur part.


GLOSSAIRE :

Amer : point de repère fixe et identifiable sans ambiguïté utilisé pour la navigation maritime.

Appontage : s’arrêter au ponton.

ASN (Appel Sélectif Numérique) ou DSC en anglais (Digital Selective Calling) : mode de communication utilisant une technique de transmission automatique des appels codés en format numérique. L’ASN permet d’appeler sélectivement une station de navire ou une station terrestre et, de lancer un appel de détresse automatique.

Au vent (de) : expression s’utilisant pour situer un objet dans l’espace en indiquant qu’il se trouve du côté d’où souffle le vent.

Balise : marque latérale fixe ou flottante indiquant un chenal ou un danger par exemple. Elles ont toutes une couleur bien déterminée fonction des rôles qu’elles jouent.

Barre à roue : grand volant vertical actionnant le gouvernail du bateau.

Cap compas : le cap compas (Cc) : c’est le cap indiqué par le compas, c’est-à-dire l’angle entre le nord du compas (Nc) et la ligne de foi.

Cape (à la) : sur un voilier, la cape peut se prendre avec les voiles hissées en laissant la voile d’avant bordée à contre et en choquant la grand-voile. C’est la cape courante. Lorsque le navire est à la cape, le vent et la mer arrivent généralement par le travers avant, la vitesse est réduite ou limitée à la dérive due au vent ; le navire ne lutte plus contre les mouvements de la mer mais se laisse porter par elle. Cette allure est utilisée essentiellement dans le mauvais temps, pour permettre à l’équipage de se reposer.

Coefficient de marée : grandeur indiquant l’importance des marées en fonction de l’époque.

Coffre : objet pesant, comme une dalle de béton par exemple, posé au fond de l’eau et qui est relié par un filin ou une chaîne à une bouée, afin que les bateaux puissent s’y amarrer.

Compas de relèvement : compas de navigation sur lequel se superpose une réglette mobile (appelée « alidade »), qui permet de mesurer la direction d’un objet ou d’un astre, sur le plan horizontal, par rapport au nord. La mesure obtenue s’appelle un azimut.

Faseyer : flotter, battre au vent.

GPS (Global Positioning System en anglais) : système de géolocalisation mondial qui permet, grâce aux satellites, de savoir où on se trouve de façon très précise et qui permet également trouver son chemin pour aller à un endroit.

Grand largue : le vent arrive pratiquement par l’arrière du bateau. Le largue est une allure très simple à maîtriser : il suffit de se laisser pousser par le vent.

Grenade : principale île de l’État de Grenade dans le sud des Antilles. La population est d’environ 100.000 habitants.La Grenade est surnommée « l’île aux épices » (Island of Spice) pour sa cannelle, ses clous de girofle, son curcuma et surtout le macis et la noix de muscade.

Instructions nautiques : documents officiels, publiés par les services hydrographiques (appelés SHOM pour la France), à destination des navigateurs qui fréquentent les zones maritimes et les ports sous la responsabilité de ces services. Ils contiennent en principe toutes les informations nécessaires au navigateur et doivent être utilisées en complément des cartes marines.

Ligne de sonde : une sonde indique la profondeur minimale en un lieu donné et une ligne de sonde rejoint toutes les profondeurs identiques dans la zone.

Mayday : expression utilisée internationalement dans les communications radio-téléphoniques pour signaler qu’un bateau est en détresse et que la vie humaine est immédiatement menacée, par exemple en cas d’incendie à bord, ou de naufrage.

Près serré : allure à laquelle on avance vers le vent avec un angle de remontée maximum qui peut varier entre 30 et 45° selon les performances du bateau.

Tirant d’eau : distance verticale entre la ligne de flottaison et le bas de la quille.

Travers (au vent) : à cette allure, le vent arrive sur le côté du bateau. C’est généralement l’allure la plus rapide.

 

 

Art. 12c – Yachtmaster Offshore (troisième partie)

(Tous les mots suivis d’un * sont expliqués dans le glossaire figurant au bas de l’article)

C’est enfin le premier jour de la formation pratique !

JOUR 1

Nous consacrons le début de la matinée à la découverte du bateau : un Oceanis 461 de chez Beneteau répondant au doux nom de Chao Lay. Alex, l’instructeur, commence par nous faire faire l’inventaire des principaux équipets(*) et coffres afin de repérer notamment où sont tous les éléments de sécurité (trousse à pharmacie, gilets de sauvetage, radeau de survie etc…). Il nous détaille ensuite le rôle de chacune des vannes et manettes importantes ainsi que chaque bouton du tableau électrique. Et bien sûr, il nous montre succinctement le moteur, comment le démarrer et les principales raisons de son dysfonctionnement (fumées blanches, bleues ou noires).

Nous profitons d’une pause thé (Alex est anglais, je vous le rappelle) pour lui poser toutes les questions qui nous viennent à l’esprit à la fois sur ce qu’il vient de nous montrer et sur le programme qui nous attend. Les choses sérieuses vont commencer dès la fin de la pause : nous allons partir naviguer !!! En attendant, petite révision des balises(*) / signaux sonores / feux à travers des jeux de cartes spéciaux. Alex montre une carte et désigne l’un d’entre nous qui doit donner la bonne réponse. Interdiction de souffler ! Cela fait partie des choses à connaître pour l’examen. Arghhhhh ! J’ai tout oublié ou presque !!! Vous savez vous à quoi on reconnaît de nuit un navire en train de pêcher avec un filet déployé sur une surface inférieure ou égale à 150 mètres ? Un navire de plus de 50 mètres ? La différence entre un navire non maître de sa manoeuvre et un navire à capacité de manoeuvre restreinte ? Hé bien, il faut savoir les reconnaître grâce à leurs marques de jour et de nuit. Dans la zone IALA(*) A, les balises bâbord sont rouge ou verte ? Dans le brouillard, 2 sons brefs signifient quoi ? Emilio et Vincent répondent du tac au tac. Pendant leur apprentissage de la théorie, ils ont déjà vu ces cartes à de nombreuses reprises et ce sera au programme de l’examen final ! Haaa la la !!! Je suis mal barrée… Je dois avoir le cerveau en deux parties : une partie avec une mémoire longue durée et l’autre avec une mémoire tampon… Il a dû avoir besoin de place parce que visiblement, ce que j’ai appris en ligne sur le sujet, j’en ai zappé une grosse partie… Il va falloir bachoter pour rattraper le niveau des autres !!!

Un peu dépitée, à la fin de la pause, je rejoins les autres sur le pont. Nous allons enfin quitter le ponton(*) pour commencer à nous amuser avec le bateau. A l’heure actuelle, celui-ci est amarré(*) « cul au ponton » et retenu à l’avant par un bout(*) accroché à une pendille(*). Alex nous explique point par point ce qu’il attend de nous : l’un d’entre-nous sera à la barre et gérera le moteur et la manœuvre en général, un autre à côté de lui sera en charge des amarres artères et le dernier sera à l’avant pour gérer la pendille. Le procédé est le suivant : d’abord vérifier que les amarres arrières sont bien doublées(*), démarrer le moteur, libérer l’une des amarres arrières et enclencher une marche avant légère tout en laissant filer la dernière amarre arrière (en la contrôlant bien sûr), de manière à s’assurer que le bateau ne parte pas en biais à cause du vent, puis synchroniser le mouvement avec la personne à l’avant qui doit libérer le bout de la pendille en veillant à l’accompagner le bout au vent(*) du bateau jusqu’à ce que l’on dépasse le moteur et que l’on soit sûr qu’il ne puisse pas se prendre dans l’hélice.

Et c’est parti ! Il désigne le premier « skipper »… Moi… Merde… J’ai dû approcher deux fois un ponton de ma vie avec Nautigirl et encore, c’était des pontons à prendre de côté, avec plein d’espace. Autant dire que je n’en mène pas large. A moi de décider de l’organisation. J’affecte Vincent aux amarres arrières et Emilio à la pendille à l’avant. Nous passons un bref moment à nous concerter pour répéter les étapes, surtout plus pour moi que pour eux car, eux, ils ont l’habitude avec leur bateau. Je répète ce que j’ai compris mais Emilio m’interrompt sur la manière de gérer la pendille. Lui, il m’assure qu’on doit la faire passer sous le vent(*) du bateau, alors que moi, il me semble avoir entendu le contraire, Vincent, lui, ne sait plus. Étant la petite débutante en manœuvres de port, je décide de suivre les conseils d’Emilio qui a plus de 25 ans d’expérience dans le nautisme. Tout le monde se met en place. Je démarre le moteur, Vincent libère la première amarre arrière. Puis, j’entame la marche avant. Tout va bien : Chao Lay avance en ligne droite malgré le vent qui le pousse légèrement vers la droite. Vincent libère progressivement la seconde amarre pendant qu’Emilio libère des taquets la pendille et commence à revenir vers nous le bout dans les mains, du côté tribord(*) comme il le voulait, en veillant à ce qu’il ne se prenne pas dans les chandeliers. Le vent commence à pousser le bateau sur le côté, le bout commence à passer sous le bateau et Emilio n’arrive pas à le retenir et il lui glisse des doigts. Et c’est la catastrophe ! Le bout s’emmêle dans les pare-battages(*) sans qu’Emilio ne puisse faire quoi que ce soit. Pendant ce temps là, je gère le bateau comme je peux avec cette foutue barre à roue(*) qui fonctionne à l’inverse de la barre franche(*) que j’ai sur Nautigirl mais je ne peux pas éviter ce qui va suivre : je vois l’attache d’un des pare-battages se tendre, puis la filière(*) à laquelle il est lié se tordre sous la pression. Et soudain, CLAAAAC !!!, le bout emmène le pare-battage à l’eau en même temps que le bateau lui passe par dessus. J’entends au même instant Alex m’engueuler : « Ce n’est pas digne d’un skipper ! Qu’est-ce que tu fais ? C’est du n’importe quoi ! » (tout ça en anglais forcément). Il me rappelle qu’il fallait faire passer le bout de la pendille au vent du bateau et pas sous le vent, justement pour éviter de lui passer dessus avec l’effet du vent… Je me mords la langue. Je le savais !!! Comme d’habitude, comme je manque de confiance en moi, j’ai préféré écouter quelqu’un d’autre qui, lui, montrait de la confiance. Mais bon, ça ne sert à rien, c’est fait, c’est fait… Emilio échange un regard contrit avec moi. Alex me demande alors de me débrouiller pour récupérer le pare-battage. Ah ? Euh… avec ce gros bateau ? Au milieu de toutes les pendilles auxquelles sont amarrées les autres bateaux du ponton ? Heureusement, le pare-battage, avec le mouvement du bateau et le vent, a été emmené légèrement devant les pendilles des autres bateaux, j’arrive donc à les longer, sans y emmêler l’hélice, jusqu’à toucher le pare-battage avec la coque. Vincent n’a plus qu’à le récupérer à la main par l’arrière de Chao Lay. Je suis assez fière de moi sur ce coup-là mais Alex, lui, reste de marbre. Il décide de donner les commandes à Vincent. Je quitte la barre et m’occupe de remettre le pare-battage en place sur son filin. Je me sens un peu penaude sur le coup…

Vincent, lui, apparaît relativement confiant : il a l’habitude de faire des manœuvres avec son voilier. En face de nous, il y a les pontons des méga-yachts de luxe et deux d’entre-eux, qui se font face, sont libres. Alex, connaissant l’expérience de Vincent, lui demande d’accoster(*) le ponton sous le vent tout en commentant la manière de faire (ça, j’en suis sûre, c’est plus pour moi que pour les autres) : s’approcher du ponton à un angle de 45 degrés tout en réduisant l’allure puis le longer parallèlement, laisser ensuite le vent pousser la coque vers lui et stopper le mouvement avec un petit coup de marche arrière. Vincent gère la manœuvre comme un pro. Les pares-battages touchent gentiment le ponton et Emilio et moi, nous nous apprêtons à sauter dessus pour amarrer le bateau quant Alex nous interrompt pour nous dire que ce n’est pas nécessaire car on repart de suite !

Il demande ensuite à Vincent de faire faire au bateau un 360° entre les deux pontons. Un 360° ? Sur une largeur de moins 80 mètres ? Vraiment ? Vincent le regarde un peu interloqué. Alex reprend donc les commandes le temps de nous montrer ce qu’il attend de nous : barre à bâbord toute avec un bon coup de marche avant, puis un bon coup de marche arrière sans toucher à la barre et à nouveau un coup de marche avant. On répète la manœuvre jusqu’à ce que le bateau ait fait une rotation complète. Vincent reprend son poste et exécute la manœuvre sans problème. De mon côté, j’ai vraiment du mal à comprendre pourquoi en marche arrière on ne touche pas à la barre. Dans mon esprit, si en marche avant, on met la barre d’un côté, en marche arrière, pour aller dans la même direction, on devrait faire l’inverse… Alors comme j’en avais l’habitude à l’école, je pose des questions et j’insiste parce que je « bugge »… Vous savez, le genre d’élève un peu énervante qui lève toujours la main et qui pose des dizaines de questions jusqu’à ce qu’elle comprenne alors que les autres, même s’ils n’ont pas compris, vont juste attendre la fin du cours tranquillement ? Bref, je sens les deux autres un peu agacés par mon comportement mais je n’ai pas le choix ! Il va falloir que je réussisse à faire la même chose qu’eux avec quasiment aucune expérience… Alex, lui, répond patiemment à mes questions et finit, à bout d’arguments, par me recommander de lire un bouquin du RYA sur la gestion des manœuvres à bord d’un voilier ou d’un bateau à moteur.

Alex demande ensuite à Vincent d’accoster sur le ponton en face du premier, celui au vent, ce qui signifie cette fois-ci, qu’il faut s’approcher au maximum de celui-ci pour éviter que le vent ne repousse trop rapidement la coque et qu’Emilio et moi, nous ayons le temps de sauter dessus pour pouvoir amarrer le bateau. En même temps que Vincent s’exécute, Alex le guide à haute voix pour expliquer à tous ce qu’il attend de nous : marche avant toute puis réduction des gaz, s’approcher du ponton à un angle de 45° et attendre le dernier moment pour tourner la barre à roue et amener la coque parallèle au ponton. Au premier essai, Vincent se rate un peu : le bateau est bien parallèle au ponton mais trop loin pour autoriser quiconque à l’atteindre à part un champion de saut en longueur. Au deuxième essai, il attend un peu plus avant de modifier l’angle de barre et sa manœuvre est parfaite.

Au tour d’Emilio maintenant ! J’appréhende déjà de reprendre le poste de pilotage. Je le regarde suivre les instructions d’Alex. Il réussit les trois manœuvres mais, je dois l’avouer, pas aussi bien que ce que j’aurais attendu étant donné son expérience…

Je passe ensuite à la barre mais Alex me demande alors de mettre le cap au large : aujourd’hui, pas de manœuvres au ponton pour moi. Je demande quand même si je peux m’entraîner un peu au pilotage du bateau en tentant le 360 mais loin des pontons hein ! Il me laisse faire de manière à ce que je me familiarise un peu avec le moteur de ce gros bateau. Ça change du Nanni 15 CV que j’ai à bord de Nautigirl : lui, il pousse bien !

Direction le chenal pour sortir de la marina après avoir hissé les voiles. Alex me donne des instructions sur la route à suivre. Pas de carte électronique, juste le compas magnétique et une carte papier à consulter à l’intérieur. Nous contournons la pointe Sud de Grenade(*) et passons entre la côte et Glover Island(*). Le but est de se familiariser avec les différentes zones où l’examinateur – qui nous délivrera ou non notre certificat – risque de nous emmener. Les fonds par là-bas sont peu profonds, le courant peut être fort. Il faut savoir observer les signes : des petites vaguelettes signalant un récif, la trace du bateau pour le courant, les petits moutons indiquant les risées de vent… Alex me demande ensuite de rentrer dans Prickly Bay à la voile. Moi qui est l’habitude, à l’entrée d’un mouillage, d’y rentrer au moteur, toutes voiles affalées, ça me change ! Alex veut que je fasse des bords entre les bateaux. Heureusement, j’ai un équipage pour faciliter la manoeuvre ! Emilio et Vincent sont à mes ordres pour gérer le génois(*) : l’un choque(*) l’écoute et l’autre borde(*). C’est super agréable de naviguer ainsi en équipe. Le jeu est de réussir les plus beaux virements de bord(*) possibles quitte à passer au raz de la chaîne de certains bateaux au mouillage poussé par Alex. J’avoue qu’à une occasion notamment Vincent et moi avons eu un peu chaud… Nous n’aurions jamais osé faire ça avec nos bateaux… Le petit jeu prend fin lorsqu’Alex me demande de mouiller(*) sous voile uniquement.

Gros stress sur le moment. C’est ma première fois à la voile ! Je serre(*) le vent et ordonne à Emilio d’enrouler le génois. Puis, je demande à Vincent d’aller à l’avant pour gérer l’ancre. Je me rapproche de plus en plus du vent jusqu’à avoir la grand-voile fasseyante(*) et pour stopper le bateau, je demande à Emilio de repousser la bôme(*) contre le vent que la grand-voile serve de frein jusqu’à arrêter notre course. La technique fonctionne et Vincent n’a plus qu’à libérer l’ancre et laisser filer la chaîne pendant qu’Emilio affale(*) la grand-voile.

Nous déjeunons à bord. Alex a tout prévu : sa femme nous a préparé un repas local que nous n’avons plus qu’à réchauffer. Emilio, qui a l’habitude de gérer la cuisine sur les bateaux sur lesquels il travaillait, prend les commandes. En échange, Vincent et moi, nous feront la plonge. Au cours du repas, nous prenons le temps de faire plus connaissance. Chacun parle de son expérience personnelle et de son vécu. L’histoire d’Emilio est particulièrement émouvante. Il a sincèrement l’air d’être un bon gars. Il fait tout ce qu’il peut pour repartir à zéro et continuer à assumer financièrement pour sa famille. Décrocher le Yachtmaster est primordial pour lui…

Au début de l’après-midi, après avoir passé un peu de temps à étudier les cartes et à prendre des notes, nous repartons en mer. Cette fois-ci, c’est Vincent qui passe à la barre et qui nous donne des ordres à Emilio et à moi. Le départ se fait à la voile, sous génois seul tout d’abord. La grand-voile est hissée dans la foulée au près serré pendant que nous slalomons entre les bateaux du mouillage. Alex nous emmène dans la baie d’à côté, « Mont Hartman Bay », et son « Secret Harbour ». L’approche est bien plus technique car des bouées délimitent une sorte de chenal entre les récifs mais les vents des dernières semaines ont pu en déplacer certaines. C’est une navigation à vue avec des bords courts au près serré. A nouveau c’est du slalom dans le mouillage et un ancrage à la voile.

Au tour d’Emilio désormais. Nous ressortons, toujours à la voile et redescendons en direction de Glover Island. Je suis assez surprise de voir la manière dont Emilio gère la navigation. En dehors du fait qu’il mélange les mots « virement de bord » et « empannage(*) » en anglais, ce qui peut être un peu gênant, il semble ne pas réaliser qu’il est parfois tellement proche du vent arrière(*) qu’il risque de faire empanner le bateau à tout moment. Et ça, c’est la sanction immédiate dans l’examen. Un empannage non maîtrisé peut entraîner de la casse au niveau du gréement(*). Ça donne vraiment l’impression qu’il n’a pas été sur un voilier depuis des années, étonnant. Je ne suis pas la seule à le remarquer. Vincent aussi… Et Alex…

De retour à la marina de départ, Emilio laisse la barre à Alex pour qu’il nous montre la manœuvre finale : accoster « cul au quai ». Préparer les deux amarres arrières. Sortir la gaffe(*) pour attraper le bout attaché à la pendille. Affecter les rôles à chacun de l’équipage : Vincent et moi en charge des amarres, Emilio en charge de la pendille. Longer les pendilles des autres bateaux en marche avant lente, s’écarter d’environ deux longueurs de coque, stopper l’erre, engager une marche arrière puis tourner la barre de manière à entrer entre notre pendille et celle du voisin. Au moment où l’arrière du bateau passe à côté de la pendille et de la bouée soutenant le bout, la personne en charge de la pendille doit choper la bouée puis le bout avec la gaffe puis saisir le bout à la main et l’accompagner jusqu’à la proue(*) pendant que le bateau manœuvre. Continuer à virer jusqu’à ce que le bateau se retrouve parallèle à son voisin. Contrôler la vitesse afin de maîtriser la trajectoire. Ralentir. Stopper le bateau avec un coup de marche avant à l’approche du ponton après s’être assuré que la personne à l’avant a eu le temps d’attacher le bout de la pendille aux taquets. La personne en charge des amarres arrières doit être prête à sauter sur le ponton afin de sécuriser le bateau avec l’une des amarres. Une fois que le voilier est attaché au ponton avec l’une des amarres, finir le travail avec la deuxième amarre.

Nous réalisons la manœuvre entière sous le contrôle d’Alex. Je suis déjà sur le ponton prête à attacher la deuxième amarre au ponton quand Alex m’interrompt : « Pas la peine, on repart ! ». Hein ???? Je ressaute sur la plage arrière. Cette fois, c’est Vincent qui prend les commandes. Je gère la pendille et Emilio les amarres à l’arrière, afin que chacun tourne sur les différents postes. Le bateau avance, je libère la pendille et accompagne le bout sous le vent et gentiment jusqu’à l’arrière du bateau. Aucun pare-battages arraché durant l’opération ! Vincent assure. Je le sens concentré mais pas vraiment tendu. De mon côté, je le regarde faire anxieuse de voir mon tour arriver. Il entame la marche arrière. J’attrape la gaffe et vise la bouée de la pendille. Ça me fait penser au jeu de la pêche au canard auquel on a tous joué petit. Notre trio fonctionne bien, Chao Lay apponte tranquillement. Et c’est reparti pour un tour ! Cette fois-ci, c’est Emilio à la barre et Vincent le remplace côté amarre. Hop ! Vite fait, bien fait, le bateau sort et retourne dans sa place sans souci. Mon cœur s’emballe un instant, ça va être à mon tour ! Et bien non, Alex sonne la fin de la journée. Finalement, c’est aussi bien, ça va me permettre de me laisser la soirée pour réviser ma « technique moteur ». Nous partageons tous une bière pour fêter la fin de cette première journée au Yacht-Club d’à côté avant de repartir chacun chez soi.

Nous en profitons pour admirer le spectacle que nous offre un voilier sous pavillon allemand qui tente d’accoster le ponton à essence tout proche du Yacht Club. Toute fraiche des connaissances acquises le matin même, je me permets de commenter à haute voix les multiples tentatives du skipper qui, objectivement, devrait revoir quelques principes de base ! Il arrive à pleine balle en direction du ponton qui se trouve au vent du bateau mais il n’attend pas assez longtemps avant de modifier l’angle d’approche, du coup il se retrouve trop loin du ponton. Et sa femme debout, amarre en main, prête à sauter sur le ponton, se fait engueuler… Attitude déjà observée à plusieurs reprises sur différents mouillages : le gars foire son approche et se venge sur sa femme, comme si elle y pouvait quelque chose, la pauvre… Énervé, il fait une marche avant toute et enlise sa quille dans la caye(*) toute proche et pourtant bien visible. Résultat, il tente de forcer encore plus sur la marche avant, moteur à fond, pour s’en dégager en tentant de passer par-dessus !!! C’est du grand n’importe quoi : ça remue du sable et du sable… Finalement, il finit par comprendre que sa technique n’est pas la bonne et il finit par enclencher la marche arrière. A force d’insistance, il arrive à se dégager. Il effectue un demi-tour et re-tente sa chance, toujours sans changer de mode opératoire… Forcément, il obtient le même résultat ou presque… sauf que cette fois, la pointe avant s’approche suffisamment près du ponton pour autoriser sa femme à sauter à terre mais le voilier – enfin son arrière, je veux dire – s’éloigne aussitôt du ponton sans qu’elle puisse faire quoi que ce soit. Son mari commence à gesticuler. Heureusement, un gars vient à leur rescousse et réussit à récupérer l’amarre arrière que lui lance le skipper dans un geste furieux. Et que tu tires et que tu tires sur le bout enroulé autour des taquets du ponton… A force d’efforts mutuels, ils finissent par accoupler le bateau au ponton à essence… Nous retournons à notre bière, morts de rire.

De retour sur Nautigirl, je profite du Wifi local pour télécharger sur l’application RYA le fameux bouquin que m’a conseillé Alex sur les manœuvres au moteur « Boat handling for sail & power ». Je le dévore tout en me faisant des petites notes et schémas pour réussir à comprendre l’effet de cette foutue marche arrière sur le safran(*)… Mais c’est difficile pour moi… J’ai trop tendance à comparer le pilotage d’un bateau à celui d’une voiture : si on tourne le volant à fond à droite et qu’on va un coup en marche avant puis un coup en marche arrière, hé bien on revient à notre point de départ non ? Je lis et relis les passages importants. Je finis par saisir quelques points importants.

Tout d’abord, il faut connaître le pas(*) de son hélice. Chao Lay a un pas d’hélice à droite. Cela signifie que l’hélice, en marche avant, tourne dans le sens des aiguilles d’une montre. Du coup, en marche avant, même si on ne touche pas à la barre, il a une tendance naturelle à pointer son nez vers bâbord(*) et forcément son cul s’oriente naturellement vers tribord(*) : il va donc tourner dans le sens anti-horaire et on l’aide avec un franc coup de barre et de marche avant. Ce qui contrôle la direction du bateau, c’est son safran et pour qu’il est une réelle action, il faut un flux d’eau dessus, donc de la vitesse. Plus le flux d’eau est important, plus l’action du safran sera ressenti et en utilisant le moteur, on accélère l’hélice et donc le flux d’eau. Le bateau va pivoter sur sa quille. Pour pivoter sur place, il faut donc alterner des coups de marche avant, marche arrière sans attendre que le bateau ne prenne de la vitesse et en veillant bien par passer par le point mort quelques secondes entre chaque pour ne pas faire souffrir la boîte de vitesse. En marche avant, c’est le flux de l’hélice sur le safran qui oriente le nez du bateau. En marche arrière, c’est le couple d’hélice qui oriente le bateau.

Bref, je me sens un peu plus prête à aborder la journée du lendemain.


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A très vite !


PS : Cette histoire raconte ce que j’ai vécu mais afin de respecter l’anonymat des personnes qui ont croisées ma route, j’utilise des prénoms d’emprunt – sauf autorisation expresse obtenue de leur part.


GLOSSAIRE :

Accoster : se mettre contre le quai ou un autre bateau.

Affaler : faire descendre un cordage ou une voile.

Amarre : grosse « corde » utilisée par les bateaux pour se « garer » le long d’un quai ou d’un autre bateau ou pour s’attacher à un corps-mort.

Amarrer : comme dirait le dictionnaire Larousse, c’est attacher un navire au moyen d’amarres.

Au vent (de) : expression s’utilisant pour situer un objet dans l’espace en indiquant qu’il se trouve du côté d’où souffle le vent.

Bâbord : en bateau, on ne dit pas gauche, on dit « bâbord », c’est la gauche du bateau lorsqu’on se situe à l’arrière et qu’on regarde vers l’avant.

Balise : marque latérale fixe ou flottante indiquant un chenal ou un danger par exemple. Elles ont toutes une couleur bien déterminée fonction des rôles qu’elles jouent.

Barre à roue : grand volant vertical actionnant le gouvernail du bateau.

Barre franche : tige de bois ou de métal directement reliée à la mèche du safran et actionnant le gouvernail du bateau.

Bôme : barre rigide à la perpendiculaire du mât d’un voilier sur laquelle est fixée la partie inférieure de la grand-voile et qui permet de l’orienter.

Border : sur un voilier, border signifie ramener une voile plus près du bordé, c’est-à-dire la coque du bateau. On se sert pour cela de l’écoute de la voile concerné (le cordage attaché au bout de la voile) sur laquelle on tire pour rapprocher la voile.

Bout : (se prononce « boute ») cela désigne, de façon générale, un cordage sur le navire car le mot « cordage » n’est jamais utilisé par les navigateurs.

Caye : zone proche d’une côte, caractérisée par une faible profondeur, souvent en sable ou composée de corail faisant penser à une petite île basse.

Choquer (une voile) : opération consistant à détendre, donner du mou, à un cordage permettant ainsi de relâcher la pression dans la voile.

Doubler une amarre : faire faire un aller-retour à l’amarre autour de la bitte d’amarrage au ponton (sans faire de noeud) de manière à pouvoir libérer le navire depuis son pont sans avoir à descendre à terre.

Empannage : action de faire tourner le bateau en passant par le vent arrière.

Equipet : terme marin désignant un petit rangement qu’on trouve dans les cloisons des voiliers.

Faseyer : flotter, battre au vent.

Filières : câbles, généralement métalliques, courant tout autour du pont à travers les chandeliers afin de servir de garde-corps ou de bastingage.

Gaffe : perche munie d’un croc en plastique ou en fer au bout.

Génois : voile d’avant avec un recouvrement important de la grand-voile (i.e, le point d’attache des écoutes est bien en arrière du mât).
Gréement : ensemble de la voilure et de tout ce qui sert à l’établir : mât, bôme, haubans etc.

Glover Island : minuscule îlot sous la péninsule sud de Grenade.

Grenade : principale île de l’État de Grenade dans le sud des Antilles. La population est d’environ 100.000 habitants.La Grenade est surnommée « l’île aux épices » (Island of Spice) pour sa cannelle, ses clous de girofle, son curcuma et surtout le macis et la noix de muscade.

IALA (International Association of Marine Aids) : il s’agit de l’association internationale de signalisation maritime qui a définit deux régions différentes dans le monde : IALA A et IALA B. La région A comprend l’Europe, l’Afrique et la majeure partie de l’Asie et de l’Océanie, ainsi que le Groenland. La région B comprend les Amériques (sauf le Groenland), le Japan, la Corée, les Philippines, Taiwan, Hawaii et l’île de Pâques. Le balisage est différent dans ces deux zones.

Mouiller : immobiliser un bateau en mer au moyen d’une ancre.

Pare-battage : sorte de bouée gonflée d’air servant à amortir et à protéger la coque face à d’éventuels chocs sur un quai ou un autre bateau (on parle également de « défense »).

Pas d’hélice : une hélice est dite « pas à droite » ou « à gauche » selon que les pâles vues depuis l’arrière du bateau (en regardant vers l’avant) sont inclinées à droite ou à gauche.

Pendille : Une pendille, c’est une bouée attachée à un corps-mort(*) coulé au fond du port à laquelle on attache généralement un bout qu’on laisse par facilité sur cette bouée quand on quitte la place de port.

Ponton : construction flottante formant une plate-forme.

Proue : avant d’un navire (opposé à la « poupe »).

Safran : partie du gouvernail d’un navire constitué d’un pan vertical immergé pouvant pivoter pour dévier le flux d’eau sous la coque pour changer la direction du navire.

Serrer (le vent) : rapprocher le nez du navire du vent.

Sous le vent : expression s’utilisant pour situer un objet dans l’espace en indiquant qu’il se trouve du côté d’où souffle le vent.

Tribord : en bateau, on ne dit pas droite, on dit « tribord », c’est la droite du bateau lorsque se situe à l’arrière et qu’on regarde vers l’avant.

Vent arrière : allure d’un navire avançant avec le vent provenant de son arrière.

Virement de bord : manœuvre consistant à faire tourner le bateau face au vent de manière à changer le côté du bateau qui reçoit le vent.

Art. 12b – Yachtmaster Offshore (deuxième partie)

(Tous les mots suivis d’un * sont expliqués dans le glossaire figurant au bas de l’article)

J’arrive ainsi au mouillage de la baie St Georges, à Grenade(*), où je fais la connaissance de Vincent, un autre français qui s’est inscrit à la même formation que moi. Il a un Melody 34 et il navigue depuis déjà 3 ans essentiellement en solo. Au cours de cette période, il a régulièrement alimenté sa caisse de bord en travaillant comme technicien pour différentes boites de charter. Il a donc bien plus d’expérience que moi, à la fois en navigation et en entretien du bateau. Il est ici depuis plusieurs semaines. Il va passer la théorie et la pratique via le centre de formation et, voulant être le plus prêt possible avant même le début des cours, il s’est déjà rapproché du centre de formation qui lui a fourni bouquins et CD de formation pour l’aider à se préparer.

L’école m’envoie par mail les documents et renseignements à donner pour l’inscription. Il faut justifier, entre autres, d’au moins 50 jours de navigation et 2.500 miles dont au moins 5 traversées de plus de 60 miles dont au moins 2 ont été faites en tant que skipper. Le tout bien sûr doit inclure des heures de navigation de nuit.

Je me lance donc dans un petit tableau excel (déformation professionnelle de mon passé d’expert-comptable sûrement !) pour calculer si j’ai bien ce qu’il faut. Grâce à la transatlantique que j’ai faite il y a presqu’un an en tant qu’équipière, j’ai déjà le nombre de miles nécessaire ainsi que la moitié du nombre de jours requis. A cela, je rajoute les principales traversées que j’ai faite sur le bateau de mon ex en Polynésie française ainsi que les navigations faites en solo sur Nautigirl et je valide ainsi haut la main le minimum requis. Ne me reste plus qu’à obtenir des attestations signées des différents skippers pour les transférer à l’école. Vive internet ! Quelques mails et jours plus tard, je les reçois toutes. Y compris celle de mon ex qui est pourtant au fond d’une île perdue dans les Tuamotu : heureusement que là-bas, il y a toujours au moins une poste qui permet d’utiliser le Wifi !

crr3A ma grande surprise, je réalise que je vais devoir repasser un examen pour la VHF, le « Short Range Certificate » (SCR), l’équivalent anglais du « Certificat Restreint de Radiotélécommunication » (CRR) français que j’ai passé à Tahiti. Malgré mes recherches sur internet et mon insistance, l’organisme RYA refuse de considérer une quelconque équivalence alors qu’a priori, c’est la même chose… Il est même marqué « Short Range Certificate » sous le nom français en lettres capitales sur les nouveaux certificats format carte bancaire…Grrr, ces anglais… Allez 200 USD à investir dans la formation…

Je vais devoir aussi passer un cours de premier secours. Encore une fois, en 2016 (donc c’est récent), j’ai passé une certification PADI, le « Emergency First Response Instructor » à Tahiti lorsque je suis devenue « Open Water Scuba Instructor » ( instructeur de plongée en français) et le RYA ne reconnaît pas cette formation ! Allez, baaaam : encore 150 USD !

Le planning de l’école prévoit 5 jours consacrés à la théorie et son examen, suivis d’une journée pour la VHF, d’une autre pour les premiers secours, et les 6 derniers sont consacrés à la pratique et à l’examen final. Et cette dernière étape coûte encore 1.495 USD (dont 295 USD de frais d’examen et 100 USD de frais d’examinateur). Autant dire que vu l’investiment global, ça motive à réussir l’examen !

Arrive le premier jour de cours sur la théorie pour Vincent. Moi, l’ayant déjà validé via Navathome, j’en suis dispensée. J’en profite donc pour préparer mon SRC grâce à un petit livret et un cours en ligne fournis par l’école. A vrai dire j’apprends pas mal de choses. Une préparation totalement différente de celle que j’avais faite à Tahiti pour mon « Certificat Restreint de Radiotéléphonie » (CRR).

Le CRR : une journée de classe avec un formateur qui, grosso modo, s’est contenté de nous préparer à passer un questionnaire à choix multiples et qui nous a fait apprendre par cœur les réponses aux questions les plus fréquemment posées. Résultat, nous avons totalement occulté certains points. Je me rappelle, par exemple, que dans le questionnaire de l’examen, il y avait une question sur les BLU… Et bien, je ne savais absolument pas ce que signifie ce terme « Bande Latérale Unique ». Et surtout, aucune manipulation physique d’une vraie VHF, juste une photo représentant la facade avant d’une VHF…

Le SRC : une préparation beaucoup plus complète avec notamment des démonstrations en ligne de l’utilisation d’une VHF pour passer un Appel Sélectif Numérique(*) (ASN) et plein d’exemples de Mayday, de Pan-Pan et d’appels de routine et des simulations, toujours en ligne, dans lesquelles on doit manipuler une radio comme si on était en face d’elle.

Tous les soirs, Vincent s’arrête au bateau pour me raconter comment se passe la formation. Je peux donc comparer avec la mienne. Ils sont 3 en formation : lui et deux espagnols dont un qui parle très peu d’anglais. Celui-ci abandonnera d’ailleurs dès le 2ème jour de la formation.

Il apparaît que la formation dans ce centre RYA insiste particulièrement sur les feux des bateaux, les sons notamment à travers des jeux de cartes spécifiques, genre cartes à jouer. Dire que moi, j’ai tout appris il y a quelques semaines et que j’ai déjà tout oublié… De toute manière, j’ai acheté le livre des feux du SHOM et j’ai déjà passé la théorie, alors je ne m’en inquiète pas.

Le jour de son examen arrive. Le soir venu, je lui saute dessus lorsqu’il arrive pour savoir comment ça s’est passé. De manière étonnante, l’examen théorique qu’il a passé est complètement différent du mien. Le sien a duré 2 ou 3 heures maximum, contre 8 pour moi. Pas de préparation de passage car « ce sera travaillé » lors de la pratique ?!? Quoi ?? Ah non, je me suis tapé les 8 heures d’examen de Navathome, c’est pas pour recommencer partiellement dans quelques jours ! Notamment ce foutu « passage planning » qui m’a tant fait transpirer précédemment !!! Bon, on verra bien…

Arrive donc mon premier jour d’école, celui au cours duquel je dois passer le « Short Range Certificate » (CRR) avec Vincent qui ne l’a pas non plus. Je rencontre ainsi Emilio, l’espagnol qui a passé la théorie du Yachtmaster avec lui et Alex, l’instructeur du centre. Alex est anglais, il navigue depuis plus de 35 ans et plus de 100.000 miles nautiques au compteur ! Emilio, lui, a 50 balais. Il est espagnol d’origine mais il détient un passeport vénézuélien. En raison des problèmes politiques au Vénézuela, il a été gentiment poussé à la porte du pays en devant abandonner tous ses biens. Lui qui s’était construit une jolie vie, ayant investi tout son argent là-bas, il s’est donc retrouvé du jour au lendemain sans rien. Et le pire, c’est que les diplômes qui lui permettaient de vendre ses services de skipper ont tout simplement été annulés… Lui qui a passé une bonne partie de sa vie sur des bateaux se retrouve ainsi dans le même bain que Vincent et moi, pourtant bien moins expérimentés que lui.

La première partie de l’examen consiste en un questionnaire avec à la fois avec des choix multiples et des réponses ouvertes. La seconde partie nous demande de manipuler une vraie radio VHF pour passer différents messages de détresse ou de routine, ASN ou classique, relayer un appel de détresse ou encore y répondre. L’instructeur nous pose  ensuite quelques questions subsidiaires.

Nous passons tous les trois le certificat haut la main. Finalement, aucun regret d’avoir passé une formation qui, dans mon esprit, initialement, était un doublon. Au contraire, j’ai réellement, cette fois-ci, appris à manipuler ma VHF. Je la maîtrise parfaitement désormais !

Le lendemain, nous passons tous les trois le cours de premier secours. Que dire ? Une formation classique où l’on parle des principaux types de blessures ou de traumatismes auxquels on peut être confrontés et les bonnes pratiques à suivre. Nous revoyons le massage cardiaque sur un mannequin. Pas d’examen à passer en fin de journée. Il s’agit juste d’une attestation validant les connaissances acquises ou revues durant cette formation.

Demain, les choses sérieuses commencent avec la vraie pratique à bord du voilier de l’école !


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PS : Cette histoire raconte ce que j’ai vécu mais afin de respecter l’anonymat des personnes qui ont croisées ma route, j’utilise des prénoms d’emprunt – sauf autorisation expresse obtenue de leur part.


GLOSSAIRE :

Grenade : principale île de l’État de Grenade dans le sud des Antilles. La population est d’environ 100.000 habitants.La Grenade est surnommée « l’île aux épices » (Island of Spice) pour sa cannelle, ses clous de girofle, son curcuma et surtout le macis et la noix de muscade.

Art. 12a – Yachtmaster Offshore (première partie)

(Tous les mots suivis d’un * sont expliqués dans le glossaire figurant au bas de l’article)

Cela fait presque une année que je vis sur mon bateau. Les premiers mois ont été difficiles avec la prise de confiance nécessaire pour oser naviguer seule dessus.

Je me rappelle encore du stress que j’ai ressenti lorsque j’ai dû relever l’ancre pour la première fois toute seule : c’était juste pour me déplacer d’un point A à un point B dans la Marina du Marin. Nautigirl n’ayant pas de guindeau(*), tout se fait à la main. J’avais peur de ne pas être assez rapide et de voir le bateau, poussé par le vent, finir dans la coque de l’un de ses voisins. J’imaginais déjà devoir gérer les questions d’assurance qu’une belle balafre sur la peinture d’un bateau – ou pire – aurait pu occasionner… A force de m’entraîner, j’ai pu prendre conscience de l’erre(*) qu’a le bateau en fonction du vent sur le mouillage. Maintenant, je ne cours plus comme une dératée de l’avant à l’arrière, le coeur battant, pour mettre la marche avant à fond et m’éloigner le plus vite possible des potentiels obstacles comme je le faisais avant. Désormais, je sais comment Nautigirl se comporte. Je sais de combien de temps je dispose avant d’approcher dangereusement d’un autre bateau. Je sais dans quelle direction je vais être entraînée et je sais que j’ai largement le temps de tout gérer et de sécuriser l’ancre avant de bondir sur la manette des gaz.

J’ai, depuis peu, commencé à naviguer seule, de jour comme de nuit, même si au fond de moi, j’ai toujours un peu peur quand la nuit s’installe. Certains aiment l’obscurité en navigation, moi non. J’appréhende toujours le coucher du soleil. Après quelques heures dans le noir, je finis par me détendre mais je pense toujours à un incident possible, toujours plus gérable de jour que de nuit dans mon esprit.

J’ai toujours ce projet de ramener Nautigirl en Polynésie mais je ne me sens pas encore prête. Je manque encore d’expérience et pour la développer, la meilleure manière de faire, dans mon esprit, est de me trouver une formation avec une école de croisière.

Je commence ainsi à me renseigner sur les différents stages et formations proposés dans les Caraïbes. Après pas mal de recherches, je finis par m’intéresser au programme du Yachtmaster proposée par la RYA (Royal Yachting Association), la fédération nationale des sports nautiques du Royaume-Uni représentée un peu partout dans le monde.

J’hésite entre « Yachtmaster Coastal » et le « Yachtmaster Offshore ». Le premier est destiné aux navigateurs qui comptent rester près des côtes, le second, à ceux qui souhaitent naviguer jusqu’à 150 miles d’un abri. Au-delà, on parle de « Ocean Yachtmaster » et une très grosse partie de la formation porte sur l’utilisation du sextant. J’opte donc pour le « Yachtmaster Offshore » qui me paraît un bon compromis vu que, pour le moment, apprendre à manipuler le sextant, c’est un peu prématuré dans mon esprit…

En continuant ma recherche sur le net, j’apprends que, dans les Caraïbes, la formation peut se faire sur l’île d’Antigua(*) ou sur celle de Grenade(*). Elle est destinée à un public anglophone. Ça tombe bien, je parle couramment l’anglais. Par contre, j’avoue que sur le vocabulaire technique, je suis faiblarde. J’ai peur d’être un peu larguée pendant les cours…

Une copine américaine m’envoie un petit message sur Facebook pour m’encourager dans mes démarches et me parle d’un site qui permet de valider la partie théorique de la formation en ligne sur le site www.navathome.com. Elle-même a validé la théorie de son Yachtmaster via ce site et elle a passé la pratique dans un des centres RYA des Etats-Unis. Je décide de suivre son exemple. Le « Fastrack to Coastal / Yachtmaster Theory » coûte 475 GBP. J’hésite un peu avant de m’engager dans ce type de dépense mais vu toute formation a un coût, n’est-ce pas ? Je clique sur le lien Paypal et valide l’achat…

Préparer ce cours en ligne me permettra de prendre le temps nécessaire pour apprendre et retenir tous les mots de vocabulaire qu’il me manque. Je me dis que ce sera sûrement plus facile que de passer la théorie et la pratique dans la même semaine dans l’un des centres RYA des Caraïbes.

Quelques jours après, je reçois par Fedex les supports du cours : un compas, une règle de cras, des cartes spécifiques et divers livrets utiles à l’examen final.

Finalement, je vais passer près de deux mois à préparer cette théorie en ligne à raison de quelques heures par jour (mais pas tous les jours, je le reconnais !) : 1 mois en Martinique en profitant du Wifi haut débit d’un ami habitant au Marin (impossible de travailler correctement dans l’un des bars de la Marina…) et puis, chassée du mouillage par l’approche du cyclone Maria(*), 1 mois à Bequia, île anglophone, dans le fameux Maria’s café. C’est là, à cette occasion d’ailleurs, que j’ai rencontré John et qu’avec lui et trois pasteurs, je suis montée en Dominique pour y apporter des vivres quelques jours après le passage dévastateur du cyclone.

Le fait de continuer à préparer ma théorie dans une île anglophone m’aura beaucoup aidé puisque, du coup, j’avais sous la main des gens pour m’expliquer quelques mots techniques dont je ne trouvais pas la définition française sur internet. Tous les mots sauf un : « Bolt hole »… Cette expression était un mystère pour les marins à qui j’ai demandé des explications, John tout d’abord et quelques américains de passage au café. John traduisait ce mot par grosso modo « trou de vis », ce qui dans le contexte – préparer une navigation entre un point de départ et un point d’arrivée – ne voulait rien dire. Les autres n’avaient aucune autre idée. J’ai donc envoyé un mail à mon contact de Navathome, Victor, pour lui demander de m’éclaircir. J’avoue que la réponse m’a un peu surprise. Visiblement les anglais peuvent être un peu susceptibles… Lui, en tout cas… Il semblerait qu’il ait compris de mon mail que je lui disais que ce mot n’était pas anglais et donc que moi – une française – l’accusait de ne pas parler correctement anglais ?!? J’avais juste indiqué dans mon mail, qu’étant française, je n’arrivais pas à comprendre cette expression. Comment pourrais-je me targuer d’expliquer à un anglais qu’il ne parle pas sa propre langue correctement ?!? Bref, après avoir calmé le jeu avec ce personnage hautement susceptible, j’ai fini par avoir l’explication : « bolt hole » = « trou à cyclone » et c’est une expression purement « british », c’est pour ça que de ce côté du monde, les marins anglophones ne la connaissaient pas. Pour la petite histoire, il m’a quand même narguée en disant que c’était une expression parfaitement anglophone et il a fallu que je fasse une impression écran d’un dictionnaire technique en ligne (trouvé après coup) indiquant que c’était une expression purement britannique pour qu’il s’excuse du ton sec qu’il avait utilisé précédement… Haaaa, ces anglais !!! En dehors de ce petit malentendu, je dois tout de même reconnaître que Victor s’est toujours montré efficace et j’ai pu échanger à plusieurs reprises par mail avec lui lorsque j’avais des questions sur la formation.

A la fin de ces deux mois de préparations, je m’inscris enfin à l’examen final, toujours en ligne. Le principe est simple : on envoie un mail pour signaler qu’on est prêt à passer l’examen, on reçoit un lien par mail avec un mot de passe valable 24 heures et on a 8 heures maximum pour compléter les questions. Hé bien, croyez-moi, 8 heures, c’est sport !!! Une série de questions diverses et variées sur l’ensemble du programme et surtout un long cas pratique dans lequel il faut préparer une navigation dans une zone concernée par des marées importantes, un fort courant et des obstacles divers (forcément, sinon ce ne serait pas drôle !). Bref, une journée bien remplie pour finir par valider l’examen avec un score satisfaisant. Heureusement que John m’avait gentiment proposé de passer l’examen chez lui au calme avec un bon Wifi et surtout loin du brouhaha constant du Maria’s Café.

Entre-temps, je me suis rapprochée de l’un des centres RYA de l’arc antillais et j’ai choisi Grenada Bluewater Sailing (www.grenadabluesailingwatersailing.com), le centre RYA de Grenade, l’ile la plus proche de Bequia. Nous sommes mi-novembre et la prochaine formation pratique se déroule en décembre. Je descends donc tranquillement sur Grenade sur Nautigirl.

Bientôt la pratique du Yachtmaster Offshore !


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A très vite !


PS : Cette histoire raconte ce que j’ai vécu mais afin de respecter l’anonymat des personnes qui ont croisées ma route, j’utilise des prénoms d’emprunt – sauf autorisation expresse obtenue de leur part.


GLOSSAIRE :

Antigua : la plus grande des deux îles principales de l’Etat d’Antigua-et-Barbuda dans les Caraïbes. Elle est située à une cinquantaine de kilomètres au nord de la Guadeloupe et au nord-est de l’île des Antilles britanniques de Montserrat. La population est d’environ 80.000 habitants.

Erre : élan, vitesse du navire lorsqu’il n’est pas propulsé.

Grenade : principale île de l’Etat de Grenade dans le sud des Antilles. La population est d’environ 100.000 habitants. La Grenade est surnommé « l’île aux épices » (Island of Spice) pour sa cannelle, ses clous de girofle, son curcuma et surtout le macis et la noix de muscade.

Guindeau : treuil placé à l’avant du bateau dans lequel passe la chaîne et qui permet de relever l’ancre. Il est soit manuel (on actionne un levier qui ressemble vaguement à celui d’un bandit manchot pour faire fonctionner le treuil), soit électrique.

Maria : L’ouragan Maria est le quatorzième cyclone tropical, le septième ouragan dont le quatrième ouragan majeur de la saison cyclonique 2017 et le deuxième ouragan de catégorie 5 après l’ouragan Irma survenu une semaine auparavant. Formé à partir d’une onde tropicale ayant traversé l’Atlantique tropical depuis l’Afrique de l’ouest, il a pris beaucoup de temps à devenir une dépression tropicale mais s’est intensifié ensuite rapidement près des Petites Antilles qu’il a traversé à la catégorie 5. Ses vents soutenus ont atteint à son apogée 280 km/h et sa pression centrale était inférieure à 908 hPa, faisant de Maria le dixième plus intense des cyclones de l’Atlantique depuis la création d’archives fiables. Il est responsable d’une dévastation totale de la Dominique, des îles Vierges des États-Unis et surtout de Porto-Rico.